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République numérique ? Georges Vincents - 91

Une consultation nationale (via l'internet) a eu lieu en 2015, initiée par la secrétaire d'état Axelle LEMAIRE pour participer à la rédaction de la loi « Pour une République Numérique ». Quels en étaient les buts, quel en est le résultat... et quelles en sont les insuffisances ?

Critique du procédé

Cette consultation n'a pas fait l'objet d'une publicité suffisante, les acteurs du numérique n'en ont été informés que « par hasard ». Par ailleurs les seules personnes qui pouvaient participer étaient celles qui ont un accès à l'internet, qui savent s'en servir... et qui s'en servent ; ce qui exclu déjà plus de la moitié de la population. Malgré tout, on peut constater en lisant le dossier de presse accessible sur  https://www.republique-numerique.fr/ que ce sont au total, 21 330 contributeurs qui ont voté près de 150 000 fois et déposé plus de 8500 arguments, amendements et propositions de nouveaux articles !

Trois nouveaux articles parmi les dix les plus soutenus, totalisant à eux seuls plus de 6000 votes, demandent un développement de l’usage des logiciels libres dans la sphère publique (administrations centrales, collectivités, écoles et universités) et une politique de soutien financier au développement de ces logiciels libres. Les mesures proposées vont jusqu’à imposer aux acteurs publics l’utilisation de logiciels libres.

Les participants se sont vus « représentés » par quelques-uns d'entre eux – moins d'une vingtaine et choisis selon des critères qui n'ont jamais été discutés – au cours de deux entrevues avec la secrétaire d'état.

Les avis émis par les internautes participants semblent n'avoir été repris que lorsqu'ils correspondent à des choix pré-établis, par exemple les internautes demandaient majoritairement que les logiciels utilisés dans les écoles soient des logiciels libres, que les formats des documents échangés soient des formats libres... et ces avis ont disparu dans la synthèse.

Le choix des formats libres oublié

Un format libre est un format dont les spécifications sont publiées et publiques : on sait comment est fait le codage, ce codage est accessible à toute personne souhaitant le connaître et on est assuré qu'il n'y a pas d'information cachée dans un document qui utilise un format libre. A contrario, les formats « propriétaires » sont protégés par des brevets qui empêchent de savoir comment ils sont codés, qui empêchent de savoir si des informations sont insérées dans le document à l'insu de l'utilisateur... et il y en a toujours dans les documents créés sous format propriétaire comme le montre http://www.chambet.com/publications/fuite-infos/.

Le 12 janvier 2016 on peut lire dans « Le Monde » : Le projet de loi d’Axelle LEMAIRE entend accompagner la révolution numérique en rendant accessible aux acteurs citoyens et économiques la matière première du numérique : les données. Si l’intention est bonne, le texte manque d’ambition.

C'est le moins qu'on puisse dire ! En effet, comment rendre accessibles des documents fournis sous des formats propriétaires... qui ne peuvent donc être lisibles avec certitude que par des logiciels que chacun n'est pas sensé posséder. Il aurait au moins fallu préciser que ces documents devaient être fournis dans des formats libres, lisibles par tous les logiciels susceptibles de le faire qu'ils soient commerciaux ou non.

Le choix des logiciels libres oublié

Il existe des logiciels libres pour à peu près toutes les activités usuelles : pour écrire des textes, pour faire des calculs, pour gérer des collections de photos, pour modifier ces photos, pour faire des présentations, pour gérer son courrier électronique... Ces logiciels ont de multiples avantages dont l'un des plus  intéressants est qu'ils sont très sûrs et soutenus par une communauté d'utilisateurs très réactive.

Certains d'entre eux sont très connus et très utilisés... souvent sans qu'ils soient reconnus comme des logiciels libres : Firefox, Thunderbird, LibreOffice, VLC, Gimp, GeoGebra, Stellarium...

D'autres sont moins connus : DigiKam, Inkscape, Audacity...
Connus ou inconnus, ces logiciels ne bénéficient d'aucune publicité dans les médias et sont en général
gratuits !

Pendant plusieurs années l’État, par ses directives, poussait les administrations à utiliser les logiciels libres (la Gendarmerie, l’Éducation Nationale, l'Enseignement Supérieur...) et il semble que nous assistons là à un net recul avec en particulier la signature d'un accord avec Microsoft (firme condamnée en justice de multiples fois) pour équiper les écoles, collèges et lycées moyennant un chèque de 13 millions d'euros !

Le cas des systèmes d'exploitation

Tout ordinateur doit, pour fonctionner, utiliser un système d'exploitation parfois appelé OS pour « Operating System ». Il existe de très nombreux OS dont les inévitables Windows mais aussi tous les Unix, Linux, FreeBsd, Solaris, HP-UX, VMS, AS-400, Androïd , MacOS et bien d'autres.

Parmi ces systèmes très peu sont des logiciels libres, en fait seulement Linux et FreeBSD, tous les autres sont au moins en partie « propriétaires ». La maintenance des systèmes libres est plus facile que celle des systèmes propriétaires et, en cas de panne grave, ils permettent la réinstallation gratuite avec conservation des données personnelles. Un de leurs gros avantages est qu'ils peuvent être installés sur des machines vieillissantes qui ne fonctionnent plus (ou mal) avec les versions récentes des systèmes propriétaires.

Et les « Wiki »?

Chacun connaît l'encyclopédie libre Wikipédia : c'est l'exemple type de ce que peut produire une coopération désintéressée : si Wikipédia a au départ été critiquée elle l'est de moins en moins et elle est devenue LA référence de la presque totalité des collégiens, lycéens et étudiants. Aucun autre mode de fonctionnement n'aurait pu produire un tel flux de connaissance en aussi peu de temps. Cela mériterait bien une aide de la part de l’Éducation Nationale... plus qu'à Microsoft !

Le refus de faire appliquer la loi au vendeurs de matériels

Tous ceux qui ont essayé d'acheter un ordinateur « nu » sans Windows installé se sont rendu compte que c'est impossible dans la grande distribution (Darty, Boulanger, Carrefour, Auchan...). Pourtant, la loi française interdit la vente liée par l'article L122-1 du Code de la consommation. Les articles L1133 et L134-1 du même code garantissent respectivement au consommateur un affichage clair des prix et la possibilité pour lui d'obtenir les contrats de licences qu'il souhaite acquérir.

Souvent appelée à agir, la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) est restée jusqu'à présent dans une position de spectateur et plusieurs débats parlementaires n'ont pas encore permis de changer la situation actuelle...
En septembre 2013, à la suite de l'élection présidentielle française de 2012 les espoirs de diverses associations ont été déçus, le Sénat ayant rejeté les amendements proposés.

L'absence de vision d'avenir dans l'enseignement primaire et secondaire

Dans l'enseignement secondaire, l'utilisation systématiques d'un système et de logiciels difficiles à maintenir en état de fonctionnement (risque de virus, mises à jour hasardeuses, incompatibilité des matériels et logiciels lors des changements de version) conduisent souvent à un renoncement des personnels à assurer la maintenance.

La formation précoce des élèves à des logiciels propriétaires et leur imprégnation par des méthodes propres à ces logiciels font qu'ils seront évidemment enclins à se tourner vers les mêmes logiciels lorsqu'ils seront en âge de choisir... et c'est bien la raison qui motive Microsoft pour ses « offres » aux collégiens, lycéens et enseignants ! En âge d'acheter leur matériel et leurs logiciels ils se tourneront préférentiellement vers ce qu'ils connaissent : le « retour sur investissement » est garanti.

Dans l'industrie, pourtant, d'autres logiciels et d'autres systèmes sont souvent employés avec pour le coup, des difficultés d'adaptation pour tous ceux qui n'auront connu que Microsoft

Une grave perte pour la recherche et l'enseignement supérieur

Les logiciels et formats libres permettent des échanges de documents plus faciles. Ils permettent aussi une étude du fonctionnement – puisque le code est disponible – et donc fournissent des sujets d'étude en  quantité pour les étudiants et chercheurs. Se priver de ces possibilités est regrettable.

De plus, les productions réalisées par les étudiants et chercheurs pourraient être redistribuées et ainsi participer à l'évolution des moyens et connaissances de l'ensemble de la population. Un exemple de ce mode de fonctionnement est le logiciel de calcul formel libre (et gratuit) Xcas produit par l'université de Grenoble qui, s'il était soutenu, rivaliserait avec Maple logiciel canadien très cher !

Des populations délaissées

C'est une évidence que de nombreuses personnes (âgées ou non) n'ont aucune formation en « informatique » c'est-à-dire en général en bureautique. L'incitation, voir l'obligation d'utiliser l'outil informatique pour de plus en plus de démarches officielles les place dans une situation difficile.

L'esprit des logiciels libres étant tourné vers la solidarité et l'entraide, il existe de très nombreux groupes d'utilisateurs (16 en région parisienne) prêts à aider ceux qui sont en difficulté, les forums d'entraide sont nombreux, rapides et efficaces... et gratuits.

Les malheureux possesseurs d'ordinateurs équipés de Windows 95, souvent des personnes âgées, se sont retrouvés dans l'impossibilité de continuer à utiliser leur matériel en sécurité lorsque Microsoft a annoncé son abandon de ce système... Certains ont racheté des ordinateurs, d'autres ont fait le saut de passer à un système libre en continuant à utiliser les machines qu'ils possédaient. Ceux là ont pu faire appel à une aide dans un groupe d'utilisateurs...

Des conséquences fâcheuses pour l'industrie, le commerce et les services

En observant aujourd'hui les utilisations institutionnelles de l'outil informatique on s'aperçoit qu'en de nombreux endroits le système Windows 95 est encore utilisé alors qu'il n'est plus soutenu par Microsoft et qu'il n'est plus fiable. Le changement vers une version plus récente nécessiterait trop de modifications  (réseau, imprimantes, logiciels « métier »...) et coûterait trop cher.
L'absence de soutien aux logiciels libres fait aussi que les drivers pour gérer les matériels externes (imprimantes, scanner, gps, appareils photos, sauvegardes diverses...) arrivent en général après les drivers dédiés à Microsoft... La dépendance entraîne alors un recul de la recherche et du développement... donc une dépendance encore plus forte.
La fermeture annoncée par ST-Microelectronics de 1400 postes (dont 360 en France) et l'abandon des recherches sur les décodeurs numériques est une des conséquences de cette absence de soutien... et pourtant plus de 95 % des serveurs de réseau et la totalité des « box » fonctionnent grâce au noyau Linux !

Une vision un peu plus politique

Si on veut une « République Numérique » la première chose à faire est de définir ce que l'on entend

par cette expression.
Pour nous c'est une société dans laquelle chacun a accès aux informations dont il a besoin et peut communiquer avec qui il veut... en sécurité.

L'accès aux informations nécessite l'utilisation de formats libres mais cette utilisation ne suffit pas, encore faut-il que les informations soient disponibles – quel que soit le format utilisé – et que ces informations soient fiables.

Dans le domaine de l'édition scientifique en particulier, la disponibilité dépend de l'organisation politique de la publication des articles : les chercheurs peuvent-ils publier de façon libre ou sont-ils obligés de passer par les grands éditeurs spécialisés qui disposent alors des droits durant un temps plus ou moins long ? Et si la publication est libre, qui en garantit la qualité ? L'informatique n'a rien à voir avec ces deux problèmes.

Pour communiquer librement il est certainement préférable d'utiliser des logiciels libres mais il faut aussi disposer d'un accès à l'internet et le contrôle de cet accès n'est encore une fois pas du ressort de l'informatique mais de la politique : qui gère les noms de domaine, qui contrôle les communications, ces communications sont-elles chiffrées, sont-elles « écoutées ». Les affaires Snowden, Assange nous interpellent, la censure et les mesures liberticides développées ici et ailleurs nous inquiètent et montrent que rien ne pourra se régler par le seul moyen de la technologie : la « République Numérique » est aussi une affaire politique et l'oublier conduirait assurément à une impasse. Pour autant, le soutien aux formats et logiciels libres est un préalable à son existence...

Propositions

• Que dans tous les services de l'état les documents soient produits dans des formats libres.
• Qu'une incitation forte à l'utilisation des logiciels libres soit faite dans les établissements scolaires (écoles, collèges, lycées) par exemple en différenciant le financement suivant qu'il s'agisse de logiciels libres ou propriétaires.
• Que le nombre des responsables des systèmes informatiques dans les établissements scolaires
soit augmenté et leur formation permanente assurée, à charge pour eux d'assurer une veille technologique et la diffusion de leurs savoirs auprès des enseignants.
• Que les dotations des élèves et enseignants en matériel soient faites avec du matériel sans système d'exploitation, à charge pour chacun de choisir (et éventuellement d'acheter) celui qui lui convient.
• Que des contrôles effectués dans les magasins obligent au respect de la loi en exigeant la disponibilité de matériel « nu » pour éviter la vente liée.
• Que les logiciels libres soient étudiés et utilisés dans les établissements de l'enseignement supérieur et de la recherche de sorte que ceux-ci progressent plus vite et que chacun puisse profiter de ces progrès.
• Que l'état participe financièrement au soutien des fondations et organismes proposant des logiciels libres.
• Que les associations d'utilisateurs soient associées aux décisions et à la gestion des fournisseurs d'accès à l'internet.

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