Les congrès du PCF

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36e congrès - Le texte - Il est grand temps de rallumer les étoiles

Les statuts du PCF adoptés au 36e congrès

Discours de clôture par Pierre Laurent

Journal CommunisteS n°507 - Spécial 36e congrès - 13 février 2013

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Un humanifeste, what else ? par Sébastien Elka

« Faut-il tenter d’écrire un manifeste ?» s’interrogeait Patrice Bessac dans son rapport introductif au Conseil National du 13 septembre 2012. Et dans le même document renchérissait « Il s’agit de proposer une vision unificatrice de notre projet, de notre stratégie, de notre conception du Parti et de l’action politique, […] nous avons besoin que le congrès d’Aubervilliers […] installe un nouveau récit pour le PCF dans l’avenir ». Et dans le 4 pages envoyé aux militants mi-octobre, Pierre Laurent appelle à « un congrès d’offensive pour l’avenir », qui permette d’être « utile à ouvrir des chemins nouveaux d’émancipation ». On ne saurait mieux dire que les attentes pour le congrès de 2013 sont énormes !

Et la proposition de base commune proposé par le Conseil National semble prendre la question à bras le corps, puisqu’elle s’intitule sans modestie « Humanifeste du parti communiste français à l’aube du siècle qui vient ». Pourtant, malgré les presque 100,000 caractères du texte, on reste sur sa faim.

Certes, les rédacteurs ont réussi l’exploit d’énumérer :

  1. tous les combats dont nous pouvons nous sentir solidaire

  2. tout ce à quoi nous nous opposons

  3. tous les « nouveau quelque chose » auxquels nous aspirons (nouveau monde, nouveaux pouvoirs, nouveau crédit, nouvelle conscience de classe, etc.).

Ils ont su sur la plupart des sujets sensibles qui pourraient nous diviser trouver les mots justes pour éviter les conflits stériles. C’est un texte rassembleur.

Sauf que Patrice Bessac le disait aussi dans le même rapport : nous sommes avant ce congrès plus unis que nous ne l’avons été depuis longtemps et notre problème n’est plus de se rassembler mais de « prendre 20 ans d’avance ». Or à vouloir tout dire dans le même texte, on perd forcément toute mise en perspective. Il y a 1 ou 2 phrases pour chacune de nos luttes, mais rien n’émerge. N’y a-t-il pas des questions qui dépassent, qui conditionnent toutes les autres ? Des enjeux profonds qui sont le cœur de la dynamique historique dont on prétend s’emparer ?

Certains enjeux reviennent à plusieurs reprises, comme par exemple la Révolution Informationnelle. A mon avis, c’est la grande question de l’époque. C’est la dernière phase en date de la Révolution Industrielle qui porte notre histoire depuis 3 siècles, c’est ce qui rend possible toutes les évolutions actuelles du capitalisme, de nos actions militantes, de nos relations sociales et intimes même, et c’est ce qui conditionne déjà et conditionnera de plus en plus les combats à mener, la façon dont on les mènera et les moyens dont on pourra se doter pour les mener. D’innombrables réflexions nous irriguent à ce sujet, ne doit-on pas tâcher d’en placer une synthèse au cœur de cet « humanifeste » ? Une synthèse qui aurait notamment du recul historique et replacerait cette évolution dans les évolutions de long terme du capitalisme et de nos sociétés.

Car l’histoire est la grande absente du texte. Peut-on éclairer le siècle qui vient sans se doter d’une lecture partagée des lignes de force qui ont porté les 220 ans écoulés depuis notre Révolution, les 100 ans depuis la Révolution d’Octobre ? Ou au moins d’une lecture des évolutions du capitalisme qui l’ont mené à ce qu’il est aujourd’hui ? Le système socio-économique dans lequel nous vivons nous veut sans mémoire, doit-on lui donner raison contre Marx ? Le Manifeste de 1848 aurait-il été un texte fondateur s’il n’avait pas parlé d’histoire ?

Je ne reproche rien aux rédacteurs, n’est pas Marx qui veut sans doute et la critique est plus facile que l’exercice. Mais si l’on commence par décortiquer ce à quoi il faudrait arriver en grandes briques de raisonnement, il doit être possible de répondre aux attentes de Patrice, Pierre, et tant d’autres d’entre-nous. Je prends mon orgueil à 2 mains et propose par exemple un découpage pour un véritable « Humanifeste » qui soit un projet pour le 21ème siècle :

D’abord, en toutes choses prendre autant de hauteur que possible pour penser honnêtement 200 ans d'histoire dont notre famille politique a été certes un grand acteur, mais dont elle n'a été que l'un des acteurs.

Ensuite:
 

- Faire le bilan des grandes évolutions politiques et sociétales
Remettre le court 20ème siècle et ses expériences dans le plus long terme historique, dire le résultat des expériences libérales, social-démocrates et étatistes. Ne pas esquiver ni exagérer les nécessaires éléments d’autocritique, ni occulter ce que nous pouvons tirer des « expériences communistes » partout dans le monde. Tâcher d’avoir un regard « universel » (parler de la France, de l’Europe et des autres pays riches, mais aussi des émergents et pays pauvres).

- Faire une analyse de l'évolution du capitalisme jusqu'à son état actuel

Articuler crises et guerre, consumérisme, crise du capitalisme monopoliste d’Etat social, révolution monétaire et financiarisation, mondialisation des échanges, limite écologique, économie sociale et solidaire, révolution informationnelle, nouvelles formes économiques et industrielles. Penser surtout à faire déboucher cette analyse sur des pistes de combats à mener pour permettre aux tendances porteuses d’humanité (il y en a !) de s’épanouir et à l’inhumain de reculer.

- Réaffirmer ce à quoi aujourd'hui nous nous opposons
Faire le point sur les injustices, discriminations, aliénations et autres dimensions intolérables du monde contemporain. L’accompagner d’une analyse critique combative et parfois amicale mais systématique des différents mouvements politiques et sociétaux aujourd'hui (partis, réseaux de l’oligarchie, altermondialisme, indignés, etc.).

- En déduire les grandes lignes de l'outil adapté à ce combat

Dire l’articulation que nous essayons de construire entre forme-parti et réseau, entre luttes politiques et luttes sociales, entre parti communiste et front de gauche. Dire aussi les dimensions géographiques auxquelles nous voulons placer nos combats (en particulier la place que nous donnons à l’échelon européen), les exigences démocratiques et organisationnelles qui nous semblent nécessaires pour tirer la leçon des expériences passées.

- Finir sur un appel à la mobilisation pour faire avancer ce projet
Le Manifeste finissait par un « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous », idée qui a eu une force inouïe car elle s’est emparée des masses. Sans copier forcément le format et chercher la phrase choc façon slogan publicitaire, un projet politique devrait être un appel à l’action et il s’agit donc de trouver comment avec les mots d’aujourd’hui inviter le plus grand nombre à s’emparer du projet (plus facile à dire qu’à faire…mais nous devons essayer !).

 

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