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36e congrès - Le texte - Il est grand temps de rallumer les étoiles

Les statuts du PCF adoptés au 36e congrès

Discours de clôture par Pierre Laurent

Journal CommunisteS n°507 - Spécial 36e congrès - 13 février 2013

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Un redoutable paradoxe par Daniel CIRERA

C'est un redoutable paradoxe auquel nous sommes confrontés. Alors que la crise révèle la faillite des politiques néolibérales menées ces dernières décennies, alors que la financiarisation de l'économie, les marchés, les banques, le capitalisme lui-même sont mis en accusation, que leur responsabilité est dénoncée, y compris souvent par ceux-là même qui en ont été les promoteurs, on assiste à l'utilisation de cette crise par ces forces-là pour pousser plus loin les feux de ces politiques à travers la question de la dette, des coupes budgétaires, les réformes du marché du travail, à l'échelle de l'Union européenne.

 

Ce n'est pas faute de résistances. La période a vu émerger un mouvement de protestation, avec les mobilisations syndicales unitaires ou le mouvement des Indignés. Un mouvement qui ne se relâche comme on le voit en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Italie, en Grande-Bretagne. Dans tous les pays se manifestent d'une manière ou d'une autre des tensions sociales et politiques pour s'opposer aux plans d'austérité et aux réformes du marché du travail. La prise de position unanime des syndicats de la CES contre le pacte budgétaire est un événement marquant. On aura en tête aussi le foisonnement de publications, l'impact public d'ouvrages comme ceux des prix Nobel américains Stiglitz ou Krugman. Ce mouvement de contestation de la finance et du néolibéralisme, contre les inégalités, prend une dimension mondiale, favorisée par internet et les réseaux sociaux.

 

Dans notre pays le mouvement prend sa force dès 2009 avec les mobilisations à partir de la plate-forme syndicale unitaire, un événement de grande portée. L'opposition à la réforme des retraites en 2010 amplifie ce mouvement mobilisant des millions de participants, salariés, jeunes, retraités avec le soutien d'une majorité massive de la population. Ce mouvement qui travaille dans ses profondeurs "le peuple" posait, à travers et au-delà la question des retraites, des questions de société, et très directement la question du changement de politique, dans le rejet de Sarkozy et de la droite.

 

Comment se fait-il que de tels mouvements, une opposition si massive, si profonde, si argumentée, de dimension européenne, aux politiques néolibérales ne se traduisent pas par des changements politiques qui portent ces exigences? Certes toutes ces situations sont caractérisées par une grande instabilité, d'autant que la spirale récessive des plans d'austérité réduit à néant les marges de manoeuvre et enfonce ces pays dans la crise. Mais ce qui l'emporte c'est le creusement du fossé entre les populations et les réponses politiques.

 

La question vaut pour la France, dans une situation originale. L'élection de François Hollande et d'une majorité de gauche portée par le rejet de la droite, la résistance à l'austérité et l'appel au changement, a élargi les brêches dans un débat cantonné à l'inévitabilité de l'austérité. On en connaît et on en voit les limites et les contradictions. Quelles que soient les avancées qui pourront être imposées, elles n'évacueront pas, au contraire, les questions posées sur la nature et la profondeur des réformes à engager. Elles n'évacueront pas les questions posés au PCF et aux communistes sur les raisons de ces limites, et sur leur capacité à influer sur le cours des décisions. Elles n'évacueront pas, au contraire, les questions sur le décalage persistant entre la puissance du mouvement de ces dernières années, le besoin de changement et d'unité qu'il a exprimé, et les réponses politiques.

 

Un fois écartée la facilité des raisons extérieures et subjectives aux difficultés - fatalisme, vague rose, medias, système électoral -, reste la question centrale de la capacité ou non de la politique à répondre concrètement à ce qui s'exprime dans les mouvements, d'apporter des réponses concrètes aux attentes populaires. La question est posée à toute la gauche, politique et sociale. Pour les communistes elle est indissociable de la capacité d'inscrire leur combat pour des changements immédiats dans une perspective d'émancipation humaine. Un perspective d'émancipation humaine à la mesure de la profondeur de la crise et des bouleversements que connaissent le monde et l'humanité.

 

Il ne suffit pas de dire et répéter "la parole au peuple". Alors que le mouvement qui travaillait en profondeur "le peuple" portait clairement des exigences "politiques" par leur contenu et la demande de pratiques nouvelles, les forces de gauche, Pcf et FdG, comme le Parti socialiste, en sont resté aux réponses traditionnelles: l'appel à soutenir leur programme, comme étant le meilleur, ou le plus réaliste. Comme si la parenthèse du "social" était close et que venait l'heure du "politique" dévolu aux partis, les citoyens étant appelés à arbitrer la compétition. N'est-ce pas cette conception là de la politique qui est en question? Une conception qui ignore ce que les bouleversements sociaux et culturels, informationnels, politisés par la crise, transforment dans la nature du rapport entre les citoyens, les mouvements, et la politique. Cette pratique correspond "naturellement" à la conception classique de la politique portée par la social-démocratie (et les partis de droite), même s'il ne faut pas sous-estimer sa recherche pour adapter les pratiques aux exigences nouvelles. Pour les communistes, ce rapport au mouvement social marque en outre qu'au delà des mots, persiste une conception du rapport entre parti et mouvement héritée de l'histoire. Il s'agit de passer de la conception du "mouvement au service du parti" au "parti politique au service du mouvement populaire".

 

Plus encore pour les communistes, cette question est indissociable de leur conception de la transformation révolutionnaire dans les conditions présentes. Reste structurante, clairement affirmée lors de la campagne électorale, l'idée qu'il ne saurait y avoir de changement que si les forces "à la gauche du PS", hier le PCF, aujourd'hui le FdG, sont hégémoniques pour imposer leur programme. En contradiction avec les attentes populaires, le changement est renvoyé à une sorte de "grand soir" fut-il électoral, en décalage avec ce que la crise rend nécessaire et que les exigences démocratiques nouvelles rendraient possibles. En outre il entretient l'idée que finalement la prise du pouvoir d'Etat est LA condition du changement, reléguant les luttes politiques et sociales aux autres niveaux à un rôle d'accompagnement, ou de masse de manoeuvre dans l'affrontement à gauche.

 

Prenons l'exemple de l'Europe. Au moment où la CES propose un Contrat social pour l'Europe, au moment ou la social-démocratie est confrontée à des contradictions majeures, ce serait le moment d'être à l'initiaitive de l'élaboration d'un pacte qui concrétise "l'Europe autrement". Une initiative unitaire qui fasse converger les volontés politiques et sociales, dans leur diversité, face à l'offensive libérale, à partir de la gravité de la crise et de ce qui s'exprime dans le foisonnement des luttes contre l'austérité et la domination des marchés, pour la réorientation sociale et écologique du projet européen, pour sa refondation démocratique. Faute d'une réponse progressiste, rassembleuse, on mesure la gravité du danger d'une récupération du malaise qui gagne toutes les populations par une droite radicalisée et par les populistes .

 

Ce sont ces chantiers qu'il faudrait ouvrir. Ils impliquent, il est vrai, des ruptures une culture politique héritée du XX° siècle, avec une conception de la transformation sociale que quasiment plus personne ne revendique, mais qui marquent les choix stratégiques et les pratiques. Sans doute c'est la conception même de ce que devrait être le parti qui se revendique de l'héritage du communisme français, qui est en question. Car toutes les expériences le montrent, en France comme dans les autres pays européens : conception de la transformation, du changement, choix stratégiques et alliances, et transformation de l'organisation politique, de son rôle et de ses pratiques, sont indissociables.

 

Cette question n'est pas posée dans l'abstrait ou pour plus tard. Elle posée aujourd'hui à partir du paradoxe que j'évoquais au début, par le constat du fossé entre les nécessités et les réponses politiques anciennes, au moment où tout appelle à l'innovation. Elle est posée par la faillite du libéralisme, les impasses de la social-démocratie et l'échec des expériences communistes au XX° siècle. Elle traverse déjà le débat public sur "l'autre manière de faire la politique". Ce débat qui va au-delà des communistes et de leur congrès, les concerne au premier chef.

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