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Réaction à la partie Travail / Emploi de la base commune - Denis Durand - 75

Si ce sujet vient en tête du texte sur le projet, ce n’est pas seulement parce qu’il est largement en tête des préoccupations des Français. C’est aussi qu’il gagne à être considéré sous l’angle de la cohérence qui devrait animer aussi bien la définition du projet que la stratégie politique et la transformation du Parti lui-même.

 

Une façon d’exprimer cette cohérence peut consister à dire que la réponse à la crise du capitalisme financiarisé, c’est-à-dire le dépassement de ce système jusqu’à son abolition, suppose de tenir ensemble trois dimensions de la transformation sociale :

  • la conquête de nouveaux pouvoirs par les citoyens et les travailleurs, au-delà des délégations de pouvoir de la société bourgeoise et des institutions du libéralisme ;

  • l’utilisation de ces pouvoirs au service de nouveaux objectifs sociaux – la sécurisation de l’emploi et de la formation y tenant une place stratégique ;

  • grâce à la mobilisation de moyens techniques, juridiques et tout particulièrement financiers.

Au fil du texte, une lecture à la lumière de ce « triangle systémique » permet quelques commentaires.

 

« Autour de propositions comme la sécurité emploi-formation qui comprend la réduction massive du temps de travail et la transformation du travail lui-même, de grandes batailles sont à mener sur le coût du capital et le rôle des banques ou encore le développement de tous les services publics et de la Sécurité sociale ». Ce paragraphe est un bon exemple de cette approche « systémique », la sécurisation de l’emploi et de la formation donnant en effet une base concrète à la relation étroite qui doit se nouer entre la lutte pour des objectifs tels que la réduction du temps de travail et la conquête de pouvoirs sur les moyens financiers dont disposent les banques.

 

La question de l’emploi est, de façon générale, un élément de cohérence, dans le domaine de l’économie comme dans les relations entre l’économie et les aspects non économiques de l’existence (ce que Paul Boccara a proposé d’appeler l’anthroponomie).

 

L’emploi est le cadre économique et juridique dans lequel s’exerce le travail au sein des sociétés capitalistes fondées sur le salariat. À ce titre, il détermine à la fois ce que les économistes appellent la « demande » et ce qu’ils appellent l’« offre ».

 

Du côté de la demande, davantage d’emplois, de meilleure qualité, c’est plus de salaires, donc davantage de débouchés pour les entreprises, une assiette plus large pour les prélèvements fiscaux et sociaux qui financent la protection sociale et les services publics ; c’est aussi plus de dépôts et moins de clients surendettés ou en faillite pour les banques.

 

Du côté de l’offre, le travail étant, comme le dit le document, « la source de production de toutes les richesses » (et non « la source de toutes les richesses » comme on l’entend dire trop souvent), la quantité de valeur ajoutée susceptible d’être produite dépend du nombre d’emplois et de leur degré de qualification. C’est pourquoi c’est une imposture de parler de « politiques de l’offre » quand on fragilise l’emploi comme le font Emmanuel Macron, Myriam El Khomri et la plupart des gouvernements européens aujourd’hui.

 

Mais sécuriser l’emploi et la formation, c’est aussi lutter contre les changements que les multinationales veulent imposer dans la nature, le contenu, les conditions du travail à la faveur de la révolution informationnelle et numérique. C’est ouvrir des perspectives nouvelles de dépassement du rapport de subordination qui caractérise le salariat.

 

Le but est de rendre possible une rotation emploi-formation-meilleur emploi, sans perte de revenus des salariés, avec l’appui d’un service public de sécurisation de l’emploi et de la formation favorisant une mobilité choisie ascensionnelle. Cela libérerait les travailleurs du risque de tomber dans le chômage tout en stimulant la progression du niveau culturel et technique de toutes les populations et la dynamique d’innovation des entreprises. On pourrait fermer les entreprises devenues inefficaces, supprimer les emplois devenus obsolètes, en créant de nombreux emplois nouveaux à durée du travail moindre et au contenu enrichi sans rupture d’une trajectoire ascensionnelle choisie par chacun. Chacun, tout le long de sa vie active, serait alors soit en emploi avec un bon salaire payé par son employeur, soit en formation avec un revenu mutualisé financé, via des cotisations sociales, par toutes les entreprises.

 

Au travail, en formation, comme producteur de richesses, comme prestataire de service (formation, recherche…), comme gestionnaire, il faut une alternance des rôles, rompant avec la monarchie patronale et instaurant une démocratie sociale.

 

« L'ubérisation, c'est-à-dire le capitalisme de prédation et de plateforme numérique, veut casser le salariat ». Est-ce la bonne expression ? L’introduction de la révolution informationnelle et du numérique donnent le sentiment d’une autonomie plus grande du salarié dans la relation d’emploi. Certains veulent y voir, avec la montée du chômage de masse, la fin du salariat et l’entrée dans une ère nouvelle d’activité. Ils vont jusqu’à proposer un revenu universel d’existence pour suppléer aux périodes de non emploi. En réalité, cette opinion ne tient pas compte de la réalité de la subordination exploiteuse du salarié et du travailleur aux logiques du capital, qui, avec le numérique, peut être plus grande et élargie au-delà des murs de l’entreprise elle-même. Ensuite, elle ne tient pas compte du fait que c’est le travail salarié qui crée la valeur, et que le financement du revenu universel implique une création de valeur préalable à sa distribution, et donc la pérennité du salariat. Comme le dit, peut-être plus justement, un passage situé plus loin dans le texte, « En exacerbant la contradiction capital-travail, la révolution numérique pose de fait les questions du dépassement du salariat par une société de libres producteurs associés, de la remise en cause de la propriété privée, du fonctionnement et de la structure des entreprises, des institutions et d’une démocratie renouvelée ».

 

La réponse à ces exigences passe par un essor tout à fait inédit de nouveaux services publics, là encore à la fois pour créer les emplois et la demande que le « tout-marché » et les gestions obsédées par la rentabilité du capital et la réduction des masses salariales s’emploient à étouffer, et pour améliorer l’efficacité sociale, économique et environnementale de toute l’économie.

 

Mais, contrairement à une opinion encore très répandue à gauche, cela suppose une bataille dans les entreprises pour changer les choix de gestion. Le texte critique à juste titre le coût du capital financier (« Les intérêts bancaires, les dividendes des grands groupes industriels et financiers plombent tout : 309 milliards d'euros »). Ces milliards seront « disponibles » si nous obtenons qu’ils cessent d’être « accaparés par les tenants de la loi de l’argent ». Et cela suppose donc une prise de pouvoir non seulement sur la répartition de la richesse créée dans les entreprises mais surtout sur la façon dont cette richesse est créée, ou n’est pas créée.

 

L’argent des entreprises et des banques finance-t-il des investissements visant à développer l’emploi, la recherche, la formation, la coopération avec d’autres entreprises et services publics, la préservation des ressources naturelles ? Ou bien vise-t-il à accroître les profits en automatisant à tour de bras des emplois sans développer une autre offre et une autre demande à leur place ? Ou encore, va-t-il aller tout simplement dans des placements financiers ? Une autre utilisation de l’argent public et une réforme en profondeur de la fiscalité doivent contribuer aux batailles de classes autour de ces enjeux, comme le dit la suite du texte.

 

Atteindre les objectifs sociaux liés à la sécurisation de l’emploi e de la formation, à commencer par la réduction du temps de travail tout au long de la vie, suppose donc une prise de pouvoir sur les moyens financiers. D’où l’importance du paragraphe sur le crédit (« Le crédit doit être considéré comme un bien commun adossé à un pôle public bancaire. Sa finalité serait d'encourager l'essor de l'emploi et de la formation, les progrès sociaux et écologique »). Des développements dans la suite du texte, notamment le paragraphe 2.4 (« Reprendre le pouvoir aux banques et aux marchés financiers pour se donner les moyens d'une société du bien vivre et du bien commun ») font écho à cette brève indication, et matérialisent ainsi la cohérence d’ensemble du projet.

 

De même la mention du « pouvoir sur l’argent » comme l’un des quatre grands axes structurants d’une politique de gauche dans le document 2017 : une autre voie pour l'avenir de la France traduit la cohérence entre le projet et les choix stratégiques du Parti. Cela renvoie également aux développements qui figurent dans le texte Des transformations utiles et concrètes pour un Parti communiste de nouvelle génération, et qui mériteraient sans doute d’être renforcés, sur la présence du PCF dans les entreprises.

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