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Débat n°5 : quelles pratiques militantes pour améliorer notre action ?

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Débat n°10 :

Quatre questions clés pour refonder l'Europe

Ce débat de la semaine est réalisé en partenariat avec la revue du projet

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Les enjeux européens sont une des questions les plus débattues par les communistes lors de ce 37e Congrès. Pour nourrir ce débat, nous avons demandé à des camarades particulièrement investis sur ces enjeux de traiter quatre questions clés pour refonder l'Europe : Quelle leçon tirer de l'expérience grecque ? Comment changer la politique de la France en Europe ? Comment sortir de l'impasse des politiques économiques européennes actuelles ? Quelle politique possible d'accueil des migrants ?

 

 

La (vraie) leçon à tirer de l'expérience grecque par Francis Wurtz, député honoraire du Parlement européen

A première vue, la leçon à tirer de la "victoire" des tenants du pouvoir européen dans leur bras de fer avec le gouvernement grec, c'est qu'il est décidément impossible de changer cette Europe !

Cette interprétation ignore un fait majeur : loin d'être un signe de force, cette morgue effarante cache chez ces "élites" d'un autre temps une inquiétude existentielle . De toutes les crises que l'Union européenne a, en ce moment, à affronter, il en est , en effet, une que ses "maîtres" actuels savent rédhibitoire : c'est la défiance de masse des citoyens , dans la plupart des pays de l'UE, contre le modèle européen qu'ils incarnent, eux , leurs directives et leurs traités. Or, sans un minimum de consensus des peuples, il est impossible de faire fonctionner durablement un ensemble de 28 pays et d'un demi milliard de personnes ! D'où leur désarroi grandissant : " L'atmosphère est aujourd'hui très similaire à 1968 en Europe" avait même lâché le Président du Conseil européen, Donald Tusk au moment même où ses pairs s'acharnaient contre le gouvernement d'Alexis Tsipras ( Interview au "Monde" 18/7/2015 ). "On a pu vaincre une rébellion isolée , dans un petit pays financièrement fragile : que ferions-nous demain si une majorité d'Européens se dressaient contre nous", semble se dire ce haut responsable d'une "Union" plus contestée que jamais.

Voilà pourquoi la vraie leçon à tirer de l'expérience grecque est qu'à condition de réussir à constituer un front commun suffisamment large en Europe autour d'exigences de ruptures avec les politiques et les pratiques actuelles -des transformations du type de celles que portait Syrisa- les rapports de force peuvent, aujourd'hui, basculer.

Aussi, le maître-mot , pour les progressistes européens, doit-il être le rassemblement ! Tabler sur le fait que la zone euro serait un château de cartes, et qu'il suffirait qu'un pays se rebiffe pour que tout s'écroule est une dangereuse illusion. Ne nous contentons pas de décréter unilatéralement qu'on "désobéit à Bruxelles": prenons soin, au contraire, de veiller en permanence , jour après jour, à nous assurer la compréhension , la sympathie et, chaque fois que possible, le soutien effectif et visible de forces conséquentes au-delà de nos frontières, sur les exigences essentielles dans lesquelles des millions d'Européennes et d'Européens puissent se reconnaître : contre l'austérité, la priorité au social et le pouvoir sur l'argent ; contre la confiscation de la souveraineté populaire, l'exigence de démocratie tant représentative que citoyenne; contre le naufrage moral illustré par le traitement des réfugiés, le choix de la solidarité.

"La fin de l'UE est dans toutes les têtes" peut-on lire désormais à la "une" de journaux peu enclins à la critique radicale1. Il n'y a pas un jour à perdre pour faire tout ce qui dépend de nous pour que ce fiasco ne débouche pas sur un épouvantable chaos mais sur un authentique renouveau.

1 Le Monde - 9/4/2016

 

Changer la politique de la France en Europe par Anne Sabourin, représentante du PCF à la direction du PGE

Que fait la France en Europe ? Certains diront que le gouvernement a adopté une posture « suiviste » vis à vis de l'Allemagne, d'autres diront que c'est la Commission Européenne qui décide à sa place ou que l'Euro empêche la France de mener une politique sociale. La réalité est qu'aujourd'hui la France continue d'être un acteur de premier plan, à élaborer les politiques communes, à utiliser ses énormes moyens pour influer sur les décisions dans toutes les institutions… mais en faveur des politiques qui nous ont mené jusqu'au chaos actuel. Rappelons que la première trahison de François Hollande a été de renoncer à renégocier le traité budgétaire de Sarkozy et que la France a accepté la « trajectoire de baisse des dépenses publiques » de 50 milliards d'euros d'ici 2017. Rappelons que la loi El Khomri figure dans le « programme de réformes » négocié par Valls avec la Commission européenne. Le gouvernement Hollande, après celui de Sarkozy, agit en Europe contre les intérêts des peuples, à commencer par le sien.

Pour changer l'Europe, il faut un changement politique en France. Et pour changer la France, il faut une autre Europe. Les deux sont indissociables comme l'a prouvé l'exemple grec. Alors, que faire ? Nous devrions saisir l'occasion des élections de 2017 pour construire un projet avec les Français qui se concrétise par un mandat européen pour un gouvernement de gauche. Nous avons une vision alternative, celle d'une Europe du développement solidaire, social et écologique, d'une Europe des Nations et des peuples libres, souverains et associés (autrement dit, une construction à géométrie choisie démocratiquement), et d'une Europe outil de paix, engagée pour changer le cours de la mondialisation. Il est temps d'en débattre à fond et de la manière la plus concrète possible avec les forces de la gauche française, mais aussi et surtout avec les citoyens. La grande consultation est un premier pas mais il faudra aller plus loin pour définir un mandat : avec des mesures concrètes et des batailles prioritaires que la France devrait mettre sur la table au niveau européen. Avec un questionnement transversal sur ce qui relève de la souveraineté nationale et ce qui, pour être efficace, devrait être partagé au plan européen. Avec des pistes sur les alliances larges et les luttes qui seront nécessaires pour rendre ces propositions victorieuses. C'est un travail fastidieux, mais c'est aussi le meilleur moyen de crédibiliser la vision et le processus de luttes qui peuvent et doivent nous sortir de l'ornière.

 

 

Politiques économiques en Europe : une cohérence pour sortir de l’impasse par Denis Durand, membre de la commission économie du PCF

L’Union européenne est en échec dans les trois domaines traditionnels de la politique économique.

Les politiques budgétaires sont paralysées par le dogme de la suppression des déficits : gare à qui s’en écarte, la sanction des marchés tombe immédiatement sous la forme d’une hausse des taux d’intérêt ! Les politiques « structurelles » obéissent depuis trente ans – du « tournant de la rigueur » en 1983 à la loi El Khomri – à une obsession : faire baisser le coût du travail. Mais précariser l’emploi, c’est à la fois tirer les salaires vers le bas, déprimer la demande et nuire à la qualification des travailleurs et à l’efficacité des entreprises !

En désespoir de cause, il ne reste plus que la politique monétaire. La BCE crée de la monnaie par centaines de milliards. Elle espère que les banques et les marchés en profiteront pour financer la création d’emplois et de richesses dans les entreprises mais les actionnaires, les fonds de placement, les multinationales ne choisiront jamais spontanément de privilégier les projets créateurs d’emplois et respectueux de l’environnement ; tout les pousse au contraire à privilégier la rentabilité de leurs placements, et à entretenir les cercles vicieux de la « baisse du coût du travail » ! Chacun s’attend à ce qu’il en résulte une crise financière plus grave qu’en 2008.

La cohérence profonde des propositions du PCF est de favoriser la convergence des mouvements qui, devant cette impasse, cherchent une alternative.

Ainsi, d’Athènes à Lisbonne, Madrid ou Paris, et jusqu’au Parti travailliste de Jeremy Corbyn, le refus des politiques de « baisse du coût du travail » s’exprime dans la rue et parfois dans les urnes. Un quasi-consensus existe chez les économistes pour préconiser un vaste plan d’investissements publics. Et une campagne tend à se structurer dans toute l’Europe autour du slogan Money for people !, pour que l’argent de la BCE e

 

t celui des banques serve à l’emploi, au développement des services publics et à la transition écologique.

C’est pourquoi nous proposons de sécuriser l’emploi et la formation, ce qui exige de conquérir des pouvoirs démocratiques sur l’argent et sur le crédit. Il faut donc une nouvelle sélectivité de la politique monétaire pour sécuriser l’emploi et la formation, et il faut que la BCE finance un fonds de développement des services publics européen. Lutter et rassembler dès aujourd’hui pour ces objectifs, c’est apporter des réponses concrètes à la crise et ouvrir la voie à une redéfinition radicale de la construction européenne et des politiques qui y sont menées.

Accueillir les migrants c'est commencer à changer l'Europe par Lydia Samarbakhsh, chargée des Relations internationales à la Coordination nationale du PCF

Les migrations font partie de l'histoire de l'humanité. Les mouvements migratoires (3 % de la population mondiale) sont inhérents au développement des sociétés. Qu'ils soient individuels ou collectifs, précipités par des crises ou motivés par des perspectives professionnels, ces mouvements ne s'arrêteront jamais. Les femmes et hommes qui prendront la route devront en toutes circonstances être protégés et accueillis dignement, voilà ce qui devrait être au coeur des préoccupations des politiques migratoires nationales et régionales partout sur la planète.

La « crise migratoire » met au jour la crise profonde d'une construction européenne fondée sur la logique de la mise en concurrence des peuples et des individus, de l'appauvrissement des puissances publiques et des droits sociaux, et du libre-échange sans entrave. La moitié des 40 millions de migrants présents dans les pays de l'UE (soit 8 % de la population européenne) sont des ressortissants européens, et le million de migrants arrivés en 2015 « menacerait » l'Europe de « submersion » ? Les morts en Méditerranée ne sont pas le fruit de la fatalité mais plutôt le résultat d'une froide politique qui relève de la non assistance à personne en danger.

Depuis plus d'une dizaine d'années, la politique migratoire européenne se veut sélective (« immigration choisie » chère à N. Sarkozy), négociant par les processus de Rabat et de Khartoum le maintien sur leurs sols des ressortissants d'Afrique et du Maghreb candidats à la migration.

Changer de politique consisterait d'abord à respecter la Convention de Genève et organiser le sauvetage en mer, ouvrir des couloirs sécurisés et légaux de migration pour couper l'herbe sous le pied des passeurs et trafiquants ; abroger les règlements de Dublin et le traité du Touquet pour assurer l'accueil, là où ils désirent s'établir, de tous les migrants en veillant à l'égal accès à tous les droits fondamentaux (logement, santé, éducation, travail) ; régulariser les sans-papiers, respecter le droit d'asile et refonder la politique des visas en favorisant, comme le propose la députée européenne Marie-Christine Vergiat, la « mobilité circulaire » avec des visas court séjour d'études ou de travail ; enfin, adhérer à la Convention internationale sur les droits et la protection des travailleurs migrants et des membres de leur famille.

Ces solutions sont connues, et ceux qui poursuivent les politiques actuelles ne tournent pas seulement le dos aux migrants mais à toute humanité.

 

Débat n° 9 : comment construire la paix ?

La construction de la paix et la promotion d’une culture de la paix et de la non-violence appellent des convergences et des solidarités nouvelles - Roland Nivet - 35

La militarisation des relations internationales s'exprime en particulier par le doublement du montant annuel des dépenses mondiales d'armement en une dizaine d’années, passant de 800 milliards de dollars à 1800 milliards de dollars par an alors que le budget des Nations Unies pour la paix n'est que de 6,8 milliards de dollars par an. Chaque année l'État français consacre de l’ordre de 34 milliards d'euros pour la politique de défense. Cette somme est en fait de 40 à 42 milliards si l'on intègre les pensions des personnels militaires et les OPEX alors que quelques centaines de millions seulement sont consacrés aux politiques spécifiques en faveur de la jeunesse. Ça mérite réflexion !

 

Comment engager la transition pacifiste consistant à assurer la sécurité de notre peuple et la sécurité des individus qui composent la société française et les peuples en diminuant progressivement les moyens militaires et en revalorisant les outils politiques et diplomatiques pour la prévention et la résolution de conflits?

 

Mon propos est d’abord d’attirer l’attention sur certains outils dont nous disposons et sur lesquels nous devrions nous appuyer plus fortement et en premier lieu la charte des Nations Unies qui en son article 6 stipule qu’il convient « de favoriser l'établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationales en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde »,

 

Mais il y a aussi des résolutions de l’assemblée générale des Nations Unies ( A/RES/52/13 et A/53/243 par exemple) qui appellent l’ensemble des États et des peuples à s’engager dans une véritable transition pacifiste dans les termes suivants : « préserver les générations futures du fléau de la guerre exige une transition vers une culture de la paix afin de prévenir les conflits en s’attaquant à leurs causes profondes pour résoudre les problèmes grâce au dialogue et à la négociation » . Ces résolutions appellent à participer à un processus de construction de la paix en agissant pour :

- promouvoir un développement économique et social durable à travers la réduction des inégalités économiques et sociales, l'éradication de la pauvreté, la sécurité alimentaire durable, la justice sociale, l'annulation de la dette .etc.

- Promouvoir le respect de tous les droits humains.

- Assurer et promouvoir les droits des femmes en toutes circonstances et en tous lieux afin de permettre leur pleine participation dans les prises de décisions économiques sociales et politiques,

- Développer la démocratie participative

- Développer le respect de l'autre, la tolérance, la solidarité, la fraternité entre les individus et les peuples.

- Développer et préserver la libre circulation de l'information et des connaissances.

promouvoir la paix et la sécurité internationale à travers le désarmement et une revalorisation des outils du multilatéralisme basé sur l’égalité des États en termes de droit international, la revalorisation du rôle des Nations Unies comme autre moyen de favoriser la prévention de conflits et la fin du trafic illicite du commerce des armes, etc.

 

Le dernier point concerne le renforcement d'une culture de la paix par l'éducation. Cet axe est parfois mis en premier mais il est aussi possible de le présenter comme un des moyens de promouvoir les 7 axes précédents à travers des actions d'éducation populaire à la culture de la paix et de la non-violence.

 

Ces dispositions ont été conçues par les Nations Unies après des recherches de plusieurs années pour analyser les causes des guerres et des conflits.

 

Au-delà de ces contenus et objectifs d’action les résolutions précitées appellent les peuples du monde entier, les individus, les organisations syndicales et politiques, les écoles et universités, les collectivités locales et les États, les artistes et les universitaires, les scientifiques et les journalistes… en fait tous les acteurs sociaux à se mobiliser à tous les niveaux pour mener les actions les plus diverses afin d’ avancer concrètement dans la mise en œuvre de ces objectifs à travers des politiques adaptées.

 

La transition pacifiste ainsi définie appelle à relever des défis pour ce qui concerne les choix économiques et les orientations des grandes institutions économiques et financières au plan international. C’est pourquoi nous devons agir pour que les institutions financières internationales (FMI, OMC, Banque mondiale) soient intégrées dans le système des Nations Unies et qu'en tous cas elles fonctionnent dans le respect des principes fondamentaux de la charte des Nations Unies (un État une voix et non un dollar une voix). Dans ce contexte la France doit refuser de s'engager dans le traité transatlantique dit TAFTA. Cette transition pacifiste implique aussi bien entendu la fin des organismes supra-étatiques qui regroupent les puissants de ce monde tels que le G7 ou le G8 et qui ont pour objectif d'écarter les peuples des décisions qui les concernent mais aussi de mettre hors circuit les Nations Unies. De même une telle conception de la paix et de la sécurité humaine appelle à la suppression d’organisations militaires tel l’OTAN qui ne subsistent que pour la mise en œuvre de conceptions ultra militaristes et dominatrices de la sécurité basées sur la volonté de domination des puissants de ce monde.

 

Au plan national la transition pacifiste nécessite aussi la mise en place de réformes institutionnelles car si Il y a un ministère de l'intérieur, un ministère des affaires étrangères, un ministère de la défense il n'y a aucune structure dédiée aux questions de la paix. C'est pourquoi il conviendrait d’envisager la création « d'une mission interministérielle pour la paix et la promotion d'une culture de la paix et de la non-violence » dotée de moyens importants.

 

En Amérique latine 33 États lors de la dernière conférence des États latino-américains et des Caraïbes (CELAC) ont mis la culture de la paix et de la non-violence au cœur de leur projet politique et économique pour la paix et le développement dans cette région. Pourquoi pas nous en France et en Europe ? Les guerres et la montée du terrorisme ne montrent-ils pas l’urgence de la transition pacifiste ? Un tel projet qui nécessite la mise en œuvre de convergences et de solidarités actives au plan international (solidarités qui se construisent et se tissent déjà (forums internationaux, FSM, solidarités avec les peuples victimes des guerres et du colonialisme , réseaux pour le désarmement etc. ) ne constituent-elles pas des perspectives enthousiasmantes pour des jeunesses et des peuples en quête d’espoir et de perspectives ?

 

La construction de la paix et la promotion d’une culture de la paix et de la non-violence n’appellent-elles pas un investissement accru des communistes et du PCF pour faire vivre ces convergences dans les domaines de l’éducation populaire, de la transformation sociale et de l’action pour la paix ?

L’idée d’une marche d’ampleur nationale pour la paix autour du 21 septembre est évoquée dans les milieux pacifistes. Lors du congrès du PCF ne serait-ce pas l’occasion pour appeler à la mobilisation des communistes et du PCF pour contribuer au succès d’une telle initiative ?

 

Roland Nivet - Rennes

Rôle fondamental de l’Union européenne et de la France dans la lutte contre le financement du terrorisme - Anne Richard - 57

Suite aux attentats de Paris en 2015 des mesures ont été prises par le ministère de l’économie français, comme par exemple l’abaissement du plafond des paiements en espèce, la prise d’identité pour toute opération de change d’un montant supérieur à 10 000 EUR ou le renforcement des capacités de gel des avoirs terroristes.

Néanmoins ces mesures prises sous le coup de l’émotion sont bien minces face aux organisations terroristes qui agissent comme de véritables multinationales.

 

Au niveau européen le constat est identique, lors d ‘un communiqué de presse de février 2016, la commission européenne a annoncé un plan d’action destiné à renforcer la lutte contre le financement du terrorisme, articulé autour de deux axes :

La surveillance des mouvements financiers pour tracer les terroristes

La déstabilisation des sources de revenus utilisées par les organisations terroristes en s’attaquant à leur capacité de lever des fonds.

 

Une nouvelle fois, il est naïf de penser que de tels mesures auront l’effet escompté ; en effet le blanchiment d’argent, une des principales sources de revenue des organisations terroristes, est une machine de guerre éprouvée depuis des années.Ce blanchiment de l’argent sale était estimé à 1 600 milliards dans le monde en 2009, soit 2,7 % du PIB mondial.

De plus de par l’émergence de nouveaux produits financiers, les montages permettant le blanchiment sont d’une telle complexité financière qu’ils sont de plus en plus difficile à identifier.

 

A ce jour il existe deux organismes mondiaux visant à la lutte contre le financement du terrorisme, à savoir le GAFI et le CTITF

 

L'Équipe spéciale de lutte contre le terrorisme (CTITF) a été créée par le Secrétaire général de l’ONU en 2005 pour renforcer la coordination et la cohésion des efforts menés par le système des Nations Unies dans la lutte contre le terrorisme.

 

Un groupe de travail dédié étudie les diverses mesures prises pour lutter contre le financement du terrorisme et formule des propositions visant à assurer une application plus efficace des normes internationales notamment des recommandations spéciales du Groupe d’action financière (GAFI).

 

Le Groupe d'action financière (GAFI) créé en 1989 lors du sommet de l’Arche de Paris est un organisme intergouvernemental de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme.C'est un groupe d'action rassemblant des représentants des États membres du G7, de la Commission européenne et de sept autres pays. Jusque-là, aucune organisation internationale n'avait été créée afin de mettre en place une coopération pour lutter contre le blanchiment de capitaux.

 

La mission du GAFI consiste à concevoir et à promouvoir des normes et politiques de lutte contre le blanchiment d’argent et de financement du terrorisme à une échelle internationale. A cette fin, elle a développé les 40 recommandations en matière de lutte contre le blanchement d’argent, suivi par les 9 recommandations spéciales contre le financement du terrorisme. Tous les états membres du GAFI doivent mettre en application dans leurs droits nationaux l’ensemble des recommandations.

Pour une politique de défense nationale garantissant l’indépendance du peuple français et la paix - Contribution collective de l’ensemble des camarades de la Commission défense nationale et paix du PCF.

 

Notre pays n'a plus, ni stratégie de défense indépendante, ni véritable visée propre de politique étrangère. Le triumvirat Hollande-Valls-Le Drian dans la suite de la présidence de Nicolas Sarkozy met en oeuvre une liaison dangereuse entre le concept de défense et celui de sécurité intérieur. Il se réfère à une chimérique « Europe de la défense » pour mieux s'enfermer dans une communauté occidentale « de valeurs et d'intérêts » sous contrôle de l'OTAN. Il revendique des « interdépendances librement consenties » qui ne sont en fait que servitude vis à vis de l'Alliance atlantique et de l'Union européenne. Il enferme la pensée stratégique et géopolitique de notre pays dans le carcan de la « guerre contre le terrorisme » et du « choc des civilisations ».

Notre pays vit une véritable régression par rapport aux choix politiques faits lorsqu'il quitta le commandement militaire intégré de l'OTAN en 1966. L’armée française est privée des moyens humains, matériels et conceptuels d'assurer la défense de notre indépendance nationale. Dans un formidable retour en arrière de plus de mille ans, notre pays est confronté à une privatisation d’une des fonctions régaliennes fondamentales de l’État : la défense du territoire et de la population. Ainsi désormais les navires de commerce battant pavillon français sont protégés par des compagnies privées avec des armes guerre. La droite et l’extrême droite sous prétexte de lutte contre le terrorisme, appellent à faire assurer la protection de certains sites par des entreprises privés de sécurité porteuse d’armes de guerre. Elles proposent de rétablir une garde nationale qui serait une « milice bourgeoise » chargé de faire régner l’ordre établi.

 

Face à cette défaite de la pensée et de la volonté politique, le PCF entend mettre en débat dans la société française une conception de la défense nationale qui permettrait à la fois de protéger notre pays et notre peuple, d'avancer vers un monde plus juste et plus solidaire et de faire progresser de manière multilatérale la paix et le désarmement.

 

Au 21e siècle, au temps de la mondialisation des échanges, de la révolution du mariage des bits et atomes, de la crise des matières premières, des crises climatiques, de la transition énergétique, une politique défense assurant à la paix et la souveraineté à notre peuple n’est pas uniquement une question militaire c’est avant tout une affaire de stratégie géopolitique globale. On ne peut mettre en œuvre une politique de défense sans penser éducation, R&D, politique industrielle et technologique, santé, démographie, agriculture, maîtrise et protection des ressources naturelles…

Notre pays doit se réapproprier une politique et une stratégie de défense républicaine. C’est pourquoi, dans un monde devenu plus ouvert, plus complexe, mais où de nouveaux dangers se conjuguent à de nouvelles solidarités, de nouveaux possibles, nous avons dans ce domaine besoin d’urgence d’autre institution que la 5e République où un homme seul décide des questions de défense, de paix et de guerre.

 

I) Défense et état du monde

 

En l'espace de trente ans, nous sommes passés d'un monde bipolaire à un monde d'une grande complexité, que les Etats-Unis – qui reste la 1ere puissance économique, technologique, culturelle et militaire inégalée - ne maitrisent plus à leur guise, et où les rapports de forces et les relations internationales sont en reconfiguration. Les aspirations à la démocratie et à l’égalité sociale des peuples d’Amérique latine, les révolutions arabes dans toute leur contradiction, ont balayé nombre de dictatures issues de la guerre froide et réduit à néant la prétention des Etats-Unis de remodeler à leur guise le monde arabe. Le centre de gravité économique du monde a basculé d’Occident en Asie. La mondialisation elle-même a changé de nature en faisant de l'Union européenne l'homme malade de l'économie globalisée. La finance s’est autonomisée du politique et de nombreuses entreprises transnationales ont une puissance et des pouvoirs supérieurs à la plupart des états nations. Nombre d’états nations ont perdu le monopole de la violence militaire.

 

Une bourgeoisie internationale d’ultra riche déterritorialisée s’est constituée en classe sociale mondialisée et standardisée, prête à tout pour défendre ses profits et ses privilèges contre tous les peuples. Elle joue sur les divisions géographiques, ethniques, culturelles ou religieuses, pour attiser les haines et les conflits afin de protéger sa domination.

 

Les Etats effondrés se sont multipliés laissant des peuples entiers à la merci de seigneurs de la guerre mafieux et d’armées privées d’entreprises transnationales pillant les ressources naturelles et humaines de ces pays. Les religions monothéistes, sont en crise profonde, en raison de leur difficulté à penser la modernité et la complexité de notre époque, à répondre à la demande de nouvelles valeurs éthiques et sociétales de sociétés devenues urbaines où le modèle patriarcal de la famille est de plus en plus remis en cause. Les pires archaïsmes patriarcaux, les intégrismes religieux les plus réactionnaires voisinent avec les plus modernes des pratiques high tech.

 

Surarmé1, le Moyen-Orient, le Proche-Orient, la Méditerranée restent plus que jamais de véritables poudrières : guerre en Syrie et en Irak (et opérations militaires des puissances régionales, et aériennes des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne de la Russie...), instabilité chronique en Afghanistan et regain des Talibans, intervention militaire de l'Arabie saoudite au Yémen, actions militaires, répression contre les Kurdes, atteintes aux droits de l'homme et la démocratie et surarmement de la Turquie, colonisation et occupation israélienne des territoires palestiniens, tension du nucléaire israélien, risque d’intervention militaire de l’OTAN en Libye, dictature militaire en Egypte, actions de l'Organisation de l'État islamique en Irak et Syrie et ramifications avec Aqmi, Boko Haram au Maghreb et en Afrique.

En Asie, la course aux armements fait rage dans la zone Pacifique, mais aussi entre l’Inde et le Pakistan.

En Afrique les situations de violence, de pauvreté, d'autoritarisme entravant le développement du continent provoquent la mort de centaine de milliers de personnes et poussent à l'exil des dizaines de milliers de migrants.

En Europe, l’Otan, les Etats-Unis et l’Union européenne nourrissent en Ukraine un conflit sanglant qui peut dégénérer.

 

Les interventions militaires occidentales en Afghanistan, en Irak, en Libye, n’ont fait qu’ajouter de la guerre à la guerre, du chaos au chaos. Si l’intervention de la France au Mali a peut-être provisoirement évité le pire, elle n’a rien résolu sur le fond. Seule la reconstruction d’un Etat malien démocratique par le peuple malien lui-même et une politique de réconciliation nationale respectueuse de tous, pourra conjurer durablement le risque de reprise d’une guerre civile de haute intensité.

L’intervention en Centrafrique, pays où la France à un sérieux passif, n’a rien résolu et à engendrer de nouvelles violences.

Les campagnes de bombardement des territoires occupés par Daesh par une coalition dont la France fait partie, ne fait que gêner à la marge l’action criminelle de Daesh, tout faisant des victimes civiles collatérales.

 

Certes le spectre l’un conflit militaire majeur semble actuellement écarté. Mais l’évolution des situations ukrainiennes et syriennes ces derniers mois ont été inquiétantes à cet égard.

 

Nous vivons dans un monde dangereux où les contradictions s’exacerbent en raison de la violence de la globalisation et de la crise systémique du capitalisme. Les conséquences des transitions numériques, énergétiques et démographiques vont créer d’énormes tensions à l’intérieur et entre les sociétés.

 

L’accélération des échanges rend particulièrement vulnérable nos sociétés à l’apparition de nouvelles pandémies qui pourraient provoquer de véritables chaos sanitaires. Les bouleversements climatiques entraînent des situations de catastrophes naturelles exigeant des capacités de réactions et d’actions immédiates.

 

La globalisation du mode de production capitaliste en concentrant dans un nombre très restreint de lieux des productions stratégiques indispensables à notre vie, comme les semi conducteurs mais aussi nombre de médicaments, rendent particulièrement dépendantes nos sociétés à la fluidité à la sécurité du transport maritime et aérien.

 

La révolution numérique, l’open source software et hardware, ont aboli les frontières géographiques et transgressé le principe même de propriété privée. Ils ont fait des savoirs et des savoir-faire les premières des richesses. Il y a une course de vitesse entre ceux qui veulent tout privatiser, du monde du vivant jusqu’aux théorèmes de mathématique, et ceux qui raisonnent en termes de partage.

 

Les réseaux de télécommunication, les centres de stockage de données, les codes des logiciels sont devenus les champs de bataille de véritables cyber-guerres : espionnage industriel et économique, cracking, destruction de données et de nœuds de communication,… Ces cyber-guerres peuvent potentiellement mettre à genoux l’économie et le fonctionnement d’un pays moderne aussi surement qu’une campagne de bombardement massif d’infrastructures. Ainsi avec la NSA, les Etats-Unis pratiquent un espionnage industriel et commercial massif au profit des grandes transnationales à base nord américaine.

 

C’est à partir de ce nouveau contexte géopolitique extrêmement tendu et contradictoire, que la France doit mener une politique extérieure visant à la résolution des conflits dans les cadres du respect des droits humains, du droit de chaque peuple à disposer de lui-même et des ressources de son territoire national, mais aussi en promouvant les notions de biens publics communs universels et le partage des savoirs et des savoirs faire.

 

Cette politique de résolution des conflits doit conduire à la sécurité collective, au désarmement multilatéral – conventionnel et nucléaire - à la Paix. La France se doit de militer activement pour l’éradication immédiate des armes biologiques et chimiques.

 

C’est donc à partir de cette volonté politique et en lien étroit avec le contexte géopolitique et stratégique réel, et avec l’objectif de protéger les intérêts vitaux du peuple français, sa souveraineté démocratique, son indépendance et la sécurité collective que la France doit élaborer sa doctrine de défense nationale. Cette élaboration permettra d’évaluer les menaces qui pèsent sur notre pays et de définir les moyens nécessaires pour y parer. C'est-à-dire : La politique d’alliance, les missions et les choix stratégiques des forces armées, les capacités militaires, les ressources humaines et la stratégie industrielle d’armement qui en découlent, sans oublier les questions du rapport armée-nation, de la condition et des droits démocratiques des militaires.

 

Une politique de défense indépendante ne peut donc se concevoir hors du cadre général de la politique étrangère de notre pays. En effet, le recours à l’action armée, la guerre ne sont toujours que la conséquence de l’échec de la politique à résoudre les contradictions économiques et sociales qui travaillent un territoire ou une société.

 

La guerre résulte du choix effroyable d’un groupe social ou d’un pouvoir étatique d’imposer par la violence des armes sa volonté à d’autres groupes sociaux ou à d’autres peuples. Sauf à mener des guerres sans fin ou des guerres d’extermination, une guerre ne peut s’achever sans retour à l’action politique efficace seule condition d’une paix durable.

 

Pas plus qu’une politique de sécurité intérieure n’est en soi une solution aux problèmes de la délinquance et des violences urbaines, une politique de défense n’est en soi une solution aux contradictions économiques et sociales qui engendrent les conflits armés. Cependant, il n’en reste pas moins qu’une politique intelligente de sécurité intérieure comme une politique intelligente de défense peuvent être nécessaires en prévention d’une crise qui pourrait empirer et devenir ingérable et/ou créer les rapports de forces afin d’ouvrir un processus de négociation pour régler les problèmes politiques de fond.

 

Quels principes doivent présider à la politique de défense nationale de notre pays dans le cadre d’une 6e République.

 

Une politique de défense nationale se doit d’assurer la protection du territoire national qu’il soit terrestre, maritime ou aérien contre toutes agressions extérieures.

Cette protection se doit de concerner toutes les femmes et tous les hommes résidents en France, ainsi que les divers patrimoines naturels, culturels et intellectuels de notre pays et de notre peuple. Elle doit protéger le peuple français contre toutes atteintes extérieures aux libertés fondamentales et aux droits humains. Elle doit garantir contre toutes ingérences les choix de politiques effectués démocratiquement par le peuple français. Elle implique aussi de lui permettre l’entière maîtrise des ressources de son sous-sol, de son sol, de ses fonds marins, de son espace aérien et de son agriculture. Elle doit assurer l’accès de notre peuple à l’éducation, à l’information, à la santé, à l’énergie, à la nourriture et à l’eau.

Il ne peut y avoir de défense nationale sans politique sécurité collective avec nos voisins européens, méditerranéens, mais aussi des océans pacifiques et indiens, des caraïbes et d’Amérique latine. C'est à partir de politique de sécurité collective que la libre circulation sur les mers peut-être garantie ainsi que l'accès équitable de chacun aux ressources naturelles et aux matières premières.

 

A l’exception des missions de protection civile, en aucun cas l’armée ne doit être impliquée dans des opérations de sécurité intérieure ou de maintien de l’ordre. Elle doit par contre contribuer à empêcher le développement de toute subversion venant de l’extérieur de notre territoire. La République ne peut avoir d’ennemi intérieur. Il ne doit y avoir de confusion entre sécurité intérieure et sécurité extérieure.

 

L’Etat doit garder la maîtrise et le monopole de la violence militaire. La République doit s’interdire tout recours à des sociétés de militaires privées. Il ne doit pas être toléré que des entreprises françaises, publiques ou privées, entretiennent ou utilisent les services de véritables armées privées sur le territoire de certains pays étrangers. Aucune mission des forces armées ne doit être externalisée ou faire l’objet de partenariat public-privé. Ce qui implique d’abroger la loi permettant à des sociétés privées de « protéger » les navires marchands français avec des armes de guerre.

 

Le Parlement doit jouer un rôle central dans la définition et la mise en œuvre de la politique de défense nationale. L’engagement de nos forces armées hors du territoire national doit systématiquement faire l’objet d’un vote du Parlement réuni en congrès. Tout engagement doit être sous contrôle permanent du Parlement. Le résultat de ce vote doit être contraignant pour l’exécutif gouvernemental.

 

L’engagement des forces armées hors des frontières de la France doit se circonscrire à trois types de situation :

- La protection et le rapatriement de compatriotes victimes d’une crise majeure à l’étranger : catastrophe naturelle, conflit entre états, guerre civile,…. Mais ces opérations d’exfiltration ne doivent en aucun cas constituer un prétexte pour s’ingérer dans les affaires intérieures du ou des pays concernés2, ni être un facteur d’aggravation de la crise.

- Des interventions dans le cadre strict d’un mandat de l’ONU3 et sous son commandement, pris dans le respect du multilatéralisme, exempt de toute instrumentalisation des grandes puissances siégeant au Conseil de sécurité, et sous contrôle et autorisation en amont – sauf circonstances exceptionnelles nécessitant le secret ou urgence - et en aval du Parlement.

- Le droit de suite dans l’espace aérien ou maritime international face à des violations délictueuses de l’espace aérien ou maritime français.

 

 

 

Les alliances et l’Otan

 

L’Otan est une organisation subornée aux objectifs politiques et stratégiques des Etats-Unis. Elle phagocyte toute possibilité d’une défense européenne basée sur l’indépendance et la sécurité collective.

 

Avec l’OTAN les Etats-Unis contrôlent les politiques de défense des états membre de cette organisation. Ils maintiennent ainsi une présence militaire sur le territoire européen qui n’a plus lieu d’être depuis la fin de la guerre froide.

L’OTAN plombe l’ensemble des budgets de défense européens au profit du complexe militaro-industriel anglo-américain4. Depuis la fin de la guerre froide, et à l’exception notable des Etats-Unis, de la Pologne, de la Grèce5 jusqu’à la victoire de Syriza et de la Turquie, les budgets de défense des pays de l’Otan6 ont fortement diminués. Ils seraient aujourd’hui suffisants pour assurer la sécurité de chaque pays, s’ils n’étaient pas captés au profit des missions de l’Otan et des programmes d’armement surdimensionnés imposés par les Etats-Unis. Les standards d’armement et de communication OTAN dont les Etats-Unis s’exonèrent, rendent plus coûteux les matériels et subordonnent leurs mise en œuvre au bon vouloir du Pentagone.

 

Sous la domination de l’OTAN, trois pôles militaires européens s’organisent et divisent l’Europe :

  • L’Allemagne et la Pays-Bas avec autour d’eux, les pays baltes, la zone d’influence économique allemande en Europe centrale.

  • La Pologne en liaison directe avec les Etats-Unis face au Bélarus et à l’Ukraine.

  • Les deux ex-grande puissances coloniales maritimes que sont la France et la Grande-Bretagne à partir des accords de Lancaster House. Outre les enjeux industrielles (Drones et avions de combat), ce duo a une vocation a assuré les interventions extérieures de l’OTAN sous-traitées aux européens : Lybie, Mali,…

 

L’appétence de l’Otan pour des stratégies de guerres préventives, pour l’usage du nucléaire tactique et l’implantation d’anti-missile en Europe en fait un facteur d’insécurité et de danger pour la paix dans le monde.

Aujourd’hui, en dépassant la notion « d’arc de crise » et en utilisant le concept de « zone d’intérêt national », les stratèges français proches de l’Otan et du Pentagone, voudraient que la France s’implique à part entière dans les politiques de confrontation que l’alliance mène hors de la zone euro-atlantique. C’est pourquoi la France ne doit pas être le bras armé de l’OTAN en Afrique et qu’elle doit mettre fin aux « accords défense » la liant à des puissances réactionnaires comme le Qatar.

 

La France doit retrouver la maîtrise de son espace aérien et afin que l’usage de celui-ci ne soit plus subordonné au bon vouloir des Etats-Unis et de l’OTAN comme l’a montré l’affaire Evo Morales.

 

Les principes d’une défense nationale indépendante et progressiste, impliquent que notre pays prenne la décision de quitter l’OTAN et appel au démantèlement de cette organisation. C'est-à-dire de sortir à la fois du Traité de l’Atlantique Nord et du commandement militaire intégré. Une telle décision politique produirait un choc salvateur qui permettrait d’ouvrir le débat sur la fondation d’une politique de défense européenne et méditerranéenne fondée sur la paix, la sécurité collective, la coopération et l’indépendance de chaque peuple en liaison avec l’ONU.

 

Les menaces, les missions, les moyens

 

Les menaces que représentent les grandes entreprises transnationales et les organismes financiers sur nos libertés et nos vies

 

Elles sont aussi diverses que dangereuses : le pillage des ressources naturelles, l’achat massif de terre agricole7, la spéculation sur les biens et produits indispensables à la vie8, la main mise sur l’ensemble des données informatiques concernant chaque individu, chaque groupe social9, l’espionnage économique et industriel, la privatisation des savoirs et des savoir-faire via les brevets et la propriété intellectuelle, le noyautage des institutions nationales et internationales, la multiplication de sociétés internationales de sécurité lourdement armées au service d’intérêts privés ….

 

Certes contrer de telles menaces n’est pas du seul ressort d’une politique de défense nationale. Mais des mesures fortes sont à prendre en terme de renseignements, de contre espionnage économique et industrielles, de protection des installations sensibles, des réseaux et données informatiques, des filières économiquement stratégiques, de notre espace maritime, aérien et terrestre.

Cela passe par la création sous contrôle parlementaire, au sein des armées d’un service d’intelligence économique doté des moyens humains et matériels adéquates (moyens électroniques, drones, avions avec pods de reconnaissance, satellites,..). Rappelons qu’en 2003, la possession par la France de ses propres moyens de reconnaissances et renseignements lui a permis de déjouer les mensonges du complexe militaro-industriel américain sur les soi-disant armes de destructions massives en Irak.

Cela nécessite aussi en matière géo localisation civile comme militaire de s’émanciper du monopole américain sur le GPS, avec le système européen Galileo.

Cela implique de lier comme cela se fait aux Etats-Unis ou en Chine, la protection et le dépôt des brevets à l’impératif de défense nationale. Il faut étendre la notion de biens inaliénables. Comment accepter qu’au détour de fusion-acquisition, des fonds financiers internationaux puissent s’accaparer des savoirs et les savoir-faire développés par les travailleurs de notre pays.

 

Les cybers menaces

 

Les cybers menaces peuvent venir aussi bien d’un Etat, que d’une transnationale, d’un fond financier ou de groupes terroristes. Elles peuvent avoir des conséquences graves sur la vie et l’avenir de nos concitoyens comme nous l’évoquions plus haut.

 

Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) et son bras armé le Centre opérationnel de la sécurité des systèmes d'information (COSSI) doivent devenir une arme à part entière de notre armée et au même titre que l’Armée de terre, la Marine et l’Armée de l’air.

Vu l’ampleur des menaces et leur gravité potentielle, le budget de l’ANSSI et ses effectifs doivent être sensiblement revus à la hausse. La coopération de l’ANSSI avec la DGSE doit être renforcée. Un contrôle parlementaire de l’ANSSI est nécessaire pour éviter toute dérive « big brother » affectant nos concitoyens. L’ANSSI doit établir des rapports de coopération avec les hackers et les lanceurs d’alertes. Les dispositions liberticides numériques des lois renseignements et anti-terroristes doivent être abrogées.

 

La généralisation des logiciels libres dans les services de l’Etats, les services publics, les entreprises stratégiques10 est à encourager, car ils sont moins vulnérables aux virus et chevaux de Troie. De plus les logiciels libres et l’open source hardware s’inscrivent dans une démarche pacifique car ils représentent la garantie de l’accès, à égalité, pour tous à la connaissance.

 

La France doit entreprendre une action internationale contre le réseau d’espionnage électronique américano-anglais ECHELON ainsi que le système PRISME.

 

 

Les menaces terroristes

 

Il s’agit des menaces tragiquement les plus médiatisées. Leur instrumentalisation sert de justification ultime à l’amalgame entre sécurité intérieure et sécurité extérieure.

 

Nous récusons la notion d’Etat voyou, et nous exigeons que les engagements de la France soient réaffirmés de ne pas utiliser l’arme nucléaire contre un pays qui ne la possède pas conformément au traité des Nation Unis, ratifié par la France

 

La lutte anti terroriste s’appuie actuellement sur les listes d’organisations terroristes établies par l’Union européenne et les Etats-Unis. Ces listes focalisent sur certaines organisations islamistes ou d’extrême gauche. Elles sont partiales et partielles, elles ne font que refléter les choix diplomatiques des Etats-Unis.

Elles ignorent souvent les menaces d’extrême droite fortement présentes dans nombre de pays de l’Union européenne, alors que notre pays a dû souvent dans son histoire subir les exactions de groupes terroristes d’extrême droite liés à des puissances étrangères : La cagoule en lien avec les fascistes italiens, l’OAS en lien avec les franquistes et la CIA, la branche française du réseau Gladio de l’OTAN, les groupes de catholiques intégristes ….

 

C’est pourquoi une véritable protection du peuple français face aux menaces terroristes ne peut s’appuyer sur ces listes. Elle doit s’organiser autour d’un travail constant d’évaluations et renseignements sur ces menaces sous contrôle parlementaire. Ce travail d’évaluations et de renseignements doit être tous azimuts, sans à priori politique et couvrir tous les domaines d’actions possibles du terrorisme : attaques chimiques, biologiques, aériennes, nucléaires sales, informatiques,….

Cependant, il n’existe pas de menace terroriste extérieure en général, mais des menaces terroristes en particulier qui sont la résultante de conflits dans lesquels la France est engagée directement ou indirectement. Éradiquer définitivement ces menaces terroristes implique in fine de résoudre ou de participer à la résolution politique de ces conflits.

Il faut aussi s’attaquer en priorité aux paradis fiscaux et à l’argent sale qui assurent la logistique des mouvements terroristes internationaux.

 

Outre le renseignement, nos forces armées doivent assurer la protection anti-terroriste de l’espace aérien et maritime français ainsi que celui des installations sensibles : barrages, centrales nucléaires, aéroports, ports, triages ferroviaires, usines chimiques et biologiques, centre cloud, nœuds de télécommunication, le site de Kourou…Cela implique une renaissance du concept de Défense opérationnelle du territoire (DOT)

 

On doit mettre fin à l’opération sentinelle qui fait jouer à l’armée un rôle dangereux qui n’est pas le sien et qui devrait relever de la police et de la gendarmerie.

 

La résilience des peuples est toujours la réponse la plus efficace aux menaces terroristes.

 

Les menaces sur l’espace aérien et maritime

 

Le domaine maritime français est considérable. Il subit de très nombreuses agressions : pollution, sur pêche, piraterie, trafics en tout genre. Ses importantes ressources sont l’objet de fortes convoitises des divers états ou d’entreprises transnationales. Ce domaine maritime implique aussi une forte responsabilité en termes de service public : sauvetage en mer, aide au navire en perdition, déminage...

Notre pays doit donc avoir les moyens de protéger cet immense espace et d’y assurer les missions de services publics maritimes. Ce qui implique des navires de combat, mais aussi des avions patrouilleurs, des hélicoptères, des drones, des satellites,…Les moyens humains et matériels des gardes côtes ainsi que la division aéroterrestre du service des douanes doivent être substantiellement renforcés.

 

L’espace aérien français est chaque jour traversé par 15.000 avions (800 à certaines heures de pointe). La protection de cet espace et l’assistance aux aéronefs en difficulté11 impliquent chaque année plus de 800 décollages d’urgence d’avions de chasse12.

Si on prend en compte, attrition, la maintenance, les révisions et les upgrades, l’entraînement, l’appui des forces terrestres, les missions de reconnaissance, la protection particulière de certains événements ou zones du territoire13, le format d’une armée de l’air et d’une aéronavale d’au moins 300 avions combat est nécessaire. C’est pourquoi le programme Rafale14 doit être mené à son terme. Les études sur un nouvel avion de combat remplaçant du Rafale à l’horizon 2050 doivent être engagées en maintenant et protégeant entre les compétences des bureaux d’études de Dassault, Thalès et Snecma-Safran. La conception d’un avion de combat commun avec la Grande-Bretagne est un non sens politique, militaire, technologique et industriel.

 

De ce point de vue les décisions du Livre blanc de réduire le nombre frégate15, de patrouilleurs16 et d’avion de combat17, de limiter le nombre de jours en mer des navires, les missions de service et l’entrainement des pilotes18 mettent en danger notre défense.

 

La menace d’un conflit de haute intensité ou de frappes de notre pays par des AMD19

 

 

La menace d’un conflit de haute intensité touchant la France est actuellement faible. En effet, aucun pays ne remet en cause nos frontières ou ne menace notre intégrité territoriale. Seul les Etats-Unis et peut-être la Russie ont le potentiel militaire nécessaire pour mener une guerre de haute intensité de plus d’une semaine contre une nation équivalente à la nôtre. De plus vouloir mener une guerre de haute intensité contre un pays doté de l’armement nucléaire stratégique implique des risques considérables pouvant aller jusqu’à une destruction mutuelle assurée.

 

Cependant, le développement de la crise, les tensions qui interviendraient en cas d’explosion de la Zone Euro, voir de l’Union européenne, pourraient déboucher à nouveau sur des conflits de haute intensité sur le continent européen. Le conflit Géorgie Russie d’août 2008 montre malheureusement que la menace de guerre de haute intensité n’a pas disparu.

De même si notre pays venait à prendre des décisions remettant en cause le carcan des actuels traités européens, il pourrait être en but à des pressions économiques, diplomatiques et militaires d’autres pays européens.

 

Dans l’environnement géopolitique actuel de la France, la menace de frappes de notre pays par des AMD non nucléaires et hors actions terroristes, est faible cependant notre pays doit se donner les capacités en terme de forces aériennes et navales de les anticiper si le contexte géopolitique venait à changer. La création d’un bouclier anti-missile français ou européen anti AMD serait contre-productive, car elle encouragerait la course aux armements dans le domaine des AMD non nucléaires et nucléaires sans donnait de réponse fiable à la menace.

 

Parer la menace d’une agression de haute intensité ou d’une frappe AMD implique de maintenir une force terrestre et aérienne, suffisamment dissuasive quantitativement et qualitativement pour pouvoir dissuader tout agresseur extérieur en se dispensant de brandir systématiquement la menace de frappe nucléaire.

 

Les menaces pesant sur nos compatriotes expatriés

 

La multiplication des tensions au travers du monde et menaces terroristes peut entraîner la nécessité d’une exfiltration d’urgence de plusieurs centaines de nos compatriotes expatriés.

Il faut donc les moyens en avions de transport tactique, sanitaire, et de ravitaillement en vol, en protection aérienne de l’évacuation, en hélicoptères, en hommes entraînés pour cela afin d’assurer la protection et l’exfiltration de plusieurs centaines de nos compatriotes.

 

Les menaces de catastrophes naturelles ou industrielles

 

Les bouleversements climatiques, les risques de pandémie, la présence de failles sismiques actives en divers points de notre territoire, la possibilité de catastrophes naturelles ou industrielles, impliquent d’avoir des moyens rapides et tout terrain de déploiement d’hommes et de matériels afin d’installer des camps de réfugiés, des hôpitaux de campagne, de rétablir des réseaux de transport, d’évacuer des populations, d’établir des cordons sanitaires.

D’où la nécessité contrairement aux préconisations du Livre blanc de renforcer qualitativement et quantitativement la composante transport aérien de notre défense et de boucher le trou capacitaire en matière d’hélicoptère cargo.

 

Nous mettons en débat publics quatre grandes questions concernant la défense de notre pays

 

  1. La condition militaire, les droits démocratiques et sociaux du militaire.

  2. Le lien armée nation, le service national

  3. L’avenir de la force nucléaire française et le désarment nucléaire multilatéral

  4. Un pôle public des industries de défense

 

I) La condition militaire

 

Nous mettons en débat la mise en place une sécurité d’emploi et de formation pour tous les engagés en organisant notamment des passerelles avec les différentes fonctions publiques.

La reconversion des militaires, le suivi de leur santé, leur logement doivent être garanti par le ministère de défense.

Les droits démocratiques des soldats doivent être reconnus comme celui de se syndiquer dans le cadre des confédérations nationales pour défendre leurs intérêts professionnels et moraux.

En effet, avec la suspension de l’appel sous les drapeaux et le recours à l’armée de métier, la nature même de notre armée, sa composition, son recrutement se sont modifiés en profondeur.

La haute hiérarchie militaire a alors calqué son management sur celui des grands groupes privés. Or ce management entre conflit frontal avec les nouvelles aspirations des militaires et de leurs familles ce qui a créé un fossé entre la haute hiérarchie militaire et les personnels.

Sous pression du coût exorbitant de la professionnalisation et avec l’application de la RGPP aux armées, la condition militaire s’est profondément dégradée.

Au temps de la conscription, le contingent était porteur par substitution des revendications sociales des engagés, aujourd’hui cet amortisseur social a disparu et faute de véritables structures de dialogue social, la situation est explosive comme l’a montré s’affaire des retards de paiement des soldes ou le problème du déroulement de carrière des gendarmes.

Il n’est pas acceptable que les hommes et des femmes qui ont choisi de consacrer leur vie au service de notre nation doivent recourir à des « manifestations d’épouses/époux et de compagnes/compagnons de gendarmes ou de militaires » pour faire valoir leurs droits.

 

Les conditions d’expressions et d’interventions des militaires dans le débat public, de participation à la vie cité20 doivent – sauf nécessité du service, devoir de réserve et dans le respect des valeurs la démocratie et de la République – tendre à rejoindre celle du droit commun des agents de l’Etat. Les restrictions doivent être réduites à ces stricts principes et ne laisser pas place de la part la hiérarchie militaire ou le ministère à des interprétations étendues ou partisanes.

Tout mandat électif politique doit entrainer la suspension du contrat du militaire durant sa durée.

 

Tout citoyen français en possession de ses droits civiques, doit pouvoir embrasser une carrière militaire dans l'active ou la réserve et accéder au poste qui correspond à ses capacités. Des recours en cas de discrimination doivent pouvoir être déposé auprès d’organisme indépendant comme la Halde. L’armée de la nation doit être à son image dans son recrutement de la jeunesse de notre pays.

 

La Réserve doit voir son statut inscrit dans le Code du travail pour permettre à tous d'assurer collectivement dans la limite d'âge de ses responsabilités, un temps de réserve obligatoire pour celles et ceux qui ont opté pour le service national long. Ces jours doivent être payés en conséquence et permettre aux intéressé-e-s de cotiser à une caisse de retraite spécifique ouvrant droit à une majoration du temps, type: 5 jours effectués, 10 jours comptant pour la retraite par exemple.

 

II) Le lien armée nation, le service national

 

Nous sommes passés en trente ans d’une armée de conscription dont la mission principale malgré de multiples contradictions était la sanctuarisation du territoire national à une armée de professionnels tournée prioritairement vers des interventions extérieures dans le cadre de l’Otan et sans lien réel avec des menaces pesant sur l’indépendance et la souveraineté de la France. Cette professionnalisation des armées a débouché sur d’importantes externalisations au profit d’entreprises privées en matière de logistique, de maintenance, de gardiennage et de sécurité.

 

Cette rupture délibérée du lien armée-nation a procédé d’un choix politique ouvertement assumé par les différents pouvoirs en place afin de pouvoir avoir les mains plus libre pour intervenir militairement à l’extérieur. Elle a conduit à une armée à deux vitesses : Les forces de projection qui bénéficient de toutes les attentions budgétaires et le reste de l’armée qui vit dans une grande misère matérielle.

Elle a aussi ouvert le champ libre à de nombreuses sociétés privées qui ont tiré d’important profit de la suspension de la conscription. Leur champs d’intervention grandit d’année en année, avec le risque qu’un jour elles investissent le champ des activités combattantes et deviennent de véritables compagnies de mercenaire.

 

Certes, le temps en Europe, des grands affrontements de masse des deux derniers siècles qui avaient été à l’origine de la conscription universelle, semble heureusement révolu, justifiant ainsi le retour à des armées de professionnels. Nos armées de par leurs missions concentrent un terrible potentiel de destruction. Il serait dangereux pour la démocratie et pour la paix, que l’institution chargée de mettre en œuvre une telle puissance de destruction soit coupée du reste de la nation.

 

Toutes ces considérations militent pour l’ouverture d’un débat sur la création d’un service national mixte universel concernant les 18-26 ans. Il sensibiliserait les appelé-e-s aux enjeux de défense nationale, de solidarité, de fraternité et de paix en France et dans le monde (culture de paix). Il permettrait aux appelés d’acquérir une formation militaire de base qu’ils pourraient s’ils ou elles le souhaitent compléter et/ou approfondir par une préparation militaire et/ou sur la base du volontariat un service national long d’un an. Il permettrait aussi à l’armée de bénéficier de compétences et de savoir faire professionnels que lui apporterait les appelé-e-s.

Par contre, il ne saurait être question de « travail gratuit » ou de suppléer aux déficits d’effectif de tel ou tel service public ou association.

Les six mois de ce service seraient soldés et inclus dans le calcul de la retraite. Il pourrait être aussi divisé en trois périodes de deux mois plutôt qu’être un tunnel de six mois. Outre la solde, les conscrit-e-s devraient être logés et nourris par l’État.

Les appelé-e-s constitueraient une réserve d’hommes et de femmes immédiatement utilisable en cas d’événement grave (guerre majeure, catastrophes naturelles, pandémie, accidents industriels majeurs).

Nous recuso

 

 

III) L’avenir de la force nucléaire française et désarmement nucléaire multilatéral

 

Le PCF réaffirme son objectif d’un désarmement nucléaire multilatéral et général.

 

Dans les 1ères années de la fin de la guerre froide des progrès en ce sens avaient été effectués de la part des Etats-Unis, de la Russie, de la Grande Bretagne et de la France. Nombre de missiles, bombardiers, de sous marins nucléaires furent alors détruits. C’est aussi à cette époque que l’Afrique du Sud a abandonné son programme nucléaire militaire.

Pour sa part, dans les années 1990, la France a démantelé la composante terrestre de son armement nucléaire : missiles stratégiques du plateau d’Albion, missiles tactiques Pluton, abandon du missile Hadès. La France a finalement signé en 1998 le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Plus important depuis 1997, les sites de production de matières fissiles de qualité militaire – Marcoule et Pierrelatte - sont en cours de démantèlement ce qui interdit tout accroissement en termes quantitatifs de la force nucléaire française.

Depuis le début des années 2000, ce mouvement vers le désarment nucléaire multilatéral est stoppé et les dangers de prolifération nucléaire s’accroissent. Les dernières déclarations du Président de la République sont très inquiétantes et doivent être combattues car elles sortent de la doctrine traditionnelle de dissuasion et sanctuarisation du territoire national pour s’intégrer dans la posture offensive et agressive de l’OTAN en Europe et dans le bassin méditerranéen. Cet abandon de la dissuasion est d’autant plus grave que François Hollande le justifie en le liant à la crise ukrainienne. De telles déclarations ouvrent la voie à la banalisation de l’usage du nucléaire et à la relance de la course aux armements dans ce domaine.

C’est pourquoi, le PCF doit être de toutes les initiatives internationales en lien avec les forces progressistes américaines, russes, anglaises, israélienne, indiennes, pakistanaises, chinoises afin de relancer le combat pour le désarmement nucléaires multilatéral.

 

Aujourd’hui la force nucléaire indépendante française représente une dépense de l’ordre de 4 milliards d’euro de dépense soit 10% du budget de la défense (hors pension), elle s’articule autours d’une force stratégique océanique (4 sous-marins dont un à la mer en permanence) et d’une force aérienne dite préstratégique - ex-nucléaire tactique – (Rafale, Mirage 2000 N). Cet arsenal se situe très loin derrière les Etats-Unis et la Russie, mais est à peu près au même niveau que celui de la Chine en termes de nombre de têtes nucléaires21. Contrairement à la France, la force nucléaire britannique est dépendante militairement et technologiquement des Etats-Unis.

 

A partir de cet état des lieux, le PCF pense que trois grandes questions doivent être mises en débat :

 

  • En l’état actuel du monde, l’existence d’une force nucléaire française sous la seule responsabilité de notre pays est-elle une garantie de l’indépendance de la défense française ?

 

  • La force nucléaire française constitue-t-elle par son existence une protection efficace face à des menaces actuelles, potentielles et à venir qui pèsent ou pèseront sur notre pays ?

 

  • Le démantèlement unilatéral de tout ou partie de l’arsenal nucléaire française aurait-il un impact positif sur la prolifération, et désarment nucléaire et la sécurité du monde ?

 

Le nucléaire stratégique français n’a de sens que s’il permet de dissuader une agression d’une autre puissance nucléaire ou une menace de conflit majeur entrainant une invasion de notre pays. Fort heureusement, à l’heure actuelle, notre pays n’est pas sous l’emprise de telles menaces. Cependant ce constat appelle à la fois à s’interroger sur la pertinence de garder l’arme nucléaire mais aussi à se demander si l’existence d’une forces nucléaire stratégiques ne participe pas à l’absence actuelle de telle menace. On ne peut donc dissocier la question du désarmement nucléaire de la sécurité collective.

 

L’absence aujourd’hui en Europe de menace d’un conflit armé majeur impliquant directement notre pays, ne préjuge malheureusement pas des situations qui pourraient être crées à l’avenir par les développements de la crise globale de l’Union européenne et du bassin méditerranéen, et par la montée corolaire des nationalismes. N’oublions jamais que la crise de la première mondialisation financière capitaliste s’est finie par la boucherie de 14-18.

 

  • Dans la situation géopolitique contemporaine, le fait pour la France de renoncer à l’arme nucléaire ne conduirait-il pas à se placer de facto sous les fourches caudines du parapluie nucléaire américain si on pose pas la question de la dénuclarisation des Etats-Unis, de la Russie et d’Israël ?

 

  • Quelle serait le coup et le format d’une armée capable d’assurer la sanctuarisation du territoire sans la force nucléaire ?

 

  • L’existence de l’arme nucléaire ne constitue-t-elle pas un danger insupportable de destruction pour l’Humanité toute entière ?

 

Ce sont ces questions auxquelles le PCF doit répondre et qu’il doit mettre en débat dans la population.

 

La lutte contre la prolifération nucléaire ne peut et ne doit pas être menée avec des moyens de coercition militaire.

Comme pour le terrorisme et comme l’a montré l’exemple réussi de démantèlement du nucléaire sud-africain, il n’existe pas de prolifération nucléaire en général, mais des proliférations nucléaires en particulier liés à des conflits très précis. Dans le cas de l’Iran, ce n’est pas la nature du régime -aussi détestable soit-il- qui est en jeu puisque dans un premier temps Khomeiny avait démantelé le programme nucléaire militaire du Shah22, mais les menaces militaires qui pèsent sur l’Iran depuis la guerre d’agression de l’Irak contre l’Iran, ainsi que la posture belliciste d’Israël et son surarmement nucléaire accepté par l’ensemble des puissances occidentales. C’est la négociation multilatérale sous direction de l’ONU et non la menace militaire qui a conduit à l’accord sur le nucléaire iranien.

 

Nous nous prononçons aussi contre tout programme ou toute implantation de dispositifs antimissiles sur le continent européen qui est une composante du système global de défense antimissiles du Pentagone23. La mise en place d’un tel bouclier antimissile, ne peut servir que les intérêts du complexe militaro-industriel américain. Véritable nouvelle ligne Maginot, il ne serait en rien un facteur de protection pour l’Europe, au contraire il serait un facteur de confrontation nucléaire et de relance de la course aux armements sur le continent. Nous dénonçons le lobbying et la course aux subventions publiques qu’organisent les industries d’armement en faveur d’un tel bouclier antimissile.

 

IV Un pôle public des industries de défense

 

La décision gouvernement de financer une partie du budget de défense en vendant des participations de l’Etat dans des entreprises stratégiques comme EADS ou SAFRAN est un non sens politique : on brule le plancher de la maison pour la chauffer.

 

La loi Macron en consacrant fusion de Nexter au profit de l’Allemand KMW, a prononcé l’arrêt de mort d’une production française d’armement terrestre sous contrôle de l’État.

 

Il est inacceptable que notre pays achète sur l’étagère aux Etats-Unis des systèmes d’arme stratégique comme des drones de reconnaissance alors que des solutions nationales et européennes existent.

 

Il est inacceptable que de manière rampante la Délégation générale de l’Armement se transforme en société d’ingénierie.

 

Il est tout aussi inacceptable que notre pays contribue via la société privatisée SOFEMA à alimenter les conflits et la violence dans les pays les plus pauvres en vendant les matériels déclassés de l’armée française.

 

C’est pourquoi il faut au contraire constituer un pôle public sous l’égide de la DGA et sous contrôle du Parlement. Et il faut donc arrêter de toute privatisation et reprendre le contrôle public des entreprises stratégiques liées à l’armement comme Thalès, DCNs, Dassault… en procédant notamment par des nationalisations ou des renationalisation.

Il est donc nécessaire de récréer un outil industriel national et de propriété publique afin qu’à nouveau notre pays produise les munitions et les armes légères dont son armée et sa police ont besoin.

 

De même il faut arrêter l’externalisation des moyens des bases de défense

 

La définition des programmes d’armement et la production doivent être prioritairement orientée vers la satisfaction des besoins de défense de notre pays.

La rusticité, l’évolutivité, la simplicité, les volumes de production répondant aux besoins capacitaires seront favorisés par rapport aux petites séries de systèmes d’armes aussi ultrasophistiqués que coûteux et fragiles.

La coopération avec d’autres nations – membre de l’Union européenne ou non - sera recherchée dans la mesure où elle réduit les coûts de R&D et de production et si elle n’entraîne pas de dépendance vis-à-vis des États-Unis24.

 

Toute exportation d’armement sera soumise à l’autorisation et au contrôle du Parlement. Ces exportations d’arme doivent être motivées par des considérations de politiques étrangères et non en vu de réaliser des profits. La France doit se mobiliser en faveur du  « Traité sur le Commerce des Armes »  (TCA) de l’ONU. La France devra mettre son veto dans les institutions européennes sur toute tentative visant à considérer les armes comme des marchandises comme les autres relevant du droit commun de l’OMC

 

La DGA surveillera les filières (matériaux composites, aluminium25, uranium, terres rares, métallurgie, chimie et pharmacie), les savoirs faire stratégiques (brevets, déploiements logistiques de forces,…), le tissu des PME/PMI intervenant dans le domaine de la défense afin d’anticiper les risques de prises de contrôle par des puissances ou des capitaux étrangers. Ces anticipations devant déboucher sur des nationalisations ou des prises de contrôle proposées par le gouvernement et voter par le Parlement.

Les industries d’armement et les filières stratégiques auront une politique de leader permettant de créer des filières de déconstruction d’armement, navires, avions, chars

 

La DGA et les entreprises du pôle public des industries de défense mettront en place les mesures nécessaires afin de préserver les compétences et les savoir-faire des différents bureaux d’étude et les outils de production de base pour faire face si une crise militaire majeure venait à arriver.

 

La DGA impulsera dés maintenant une véritable politique de diversification et de reconversion vers le civil26 de ces industries qui s’intensifiera au fur et à mesure des progrès du désarmement multilatéral. Les entreprises nationales mèneront une politique R&D de diversification, et auront une politique industrielle volontariste permettant d’étudier et de réaliser en interne les projets en découlant (Exemple : Energie Marine Renouvelable, aéronautique civile) ce qui aura un impact positif sur l’emploi.

 

Conclusion

 

Comme sur les questions économiques et sociales, les citoyens doivent reprendre le pouvoir sur les enjeux de défense et de paix. La commission défense-paix du PCF est persuadé que cela doit être une des ambitions majeures d’une VI République sociale et citoyenne.

Un peuple qui est privé de la capacité d’assurer sa défense, n’a pas d’avenir. Un pays ne peut se développer durablement sans garantir la paix à ses citoyens.

L’urgence est donc à la sortie de l’OTAN afin de créer les conditions en Europe et dans le bassin méditerranéen d’une sécurité collective pour avancer dans la direction du désarmement multilatéral. L’Onu doit être la seule organisation qui a avoir la légitimité de décider et de conduire des opérations militaires multinationales sur le territoire d’une nation tiers.

Face aux nombreux conflits, tensions et contradictions qui travaillent l’Humanité, notre pays doit agir partout dans le monde afin que les solutions politiques prévalent sur toutes les violences. Ainsi, notre peuple contribuera à ce que l’Humanité avance vers un monde de paix universelle sans arme.

 

1La seule Arabie saoudite a acquis en 2011 des armements pour la somme de 42 milliards de $.

2 Cf Kolwezi où le gouvernement Giscard se servit du prétexte de protéger nos compatriotes pour intervenir massivement afin de sauver le régime Mobutu

3 L'intervention en Libye, avec pour principale artisan la France de Nicolas Sarkozy, s'appuyait sur la résolution 1973. Circonscrite à la neutralisation de l'espace aérien libyen et la protection des civils "par toutes les mesures nécessaires", elle n'a pas été respectée... Mais de l'aveu du colonel français Goya, sa rédaction était déjà une manipulation, puisqu'elle était délibérément mensongère afin d'en faciliter le vote, alors que l'objectif réel de l'intervention était la chute du régime de Kadhafi.

4 Voir le programme de l’avion de combat F35 aussi couteux qu’inutile ou les anti-missiles.

5 En raison de la crise la Grèce a été in fine dans l’obligation de réduire sensiblement ses dépenses d’armement depuis 2010, mais la dette des achats d’armement en particulier en direction de l’Allemagne pèse toujours.

6 Y compris celui de la France

7 Pour l’instant le phénomène est essentiellement localisé en Afrique, mais rien ne dit que les riches terres agricoles françaises ne pourraient pas en être victime.

8 Céréales, médicament, eau potable, énergie

9 Santé, justice, consommation, déplacement,….

10 Energie, SNCF, aéroports, ports, laboratoires pharmaceutiques, groupes d’armement,…

11 54 vies sauvées en 2011.

12 En moyenne 8 à 16 avions de combat en alerte 24h/24h

13 Kourou par exemple lors de lancement d’Ariane

14 Les Rafales sont conçus pour être opérationnel jusqu’en 2050.

15 On passerait de 18 à 15 frégates de 1er rang soit une perte de 3 unités

16 On passerait de 23 à 15 patrouilleurs soit une perte de 8 unités

17 On passerait de 300 à 200 avions de combat soit une perte 100 unités

18 Les pilotes seraient en deux catégories : une minorité, ceux qui « entreraient en premier » lors d’OPEX, continuerait à faire 180 heures annuelles de vol tandis que la majorité sera condamnée à faire ses heures de « vol » sur simulateur (sic).

19 Arme de destruction massive

20 Par des engagements associatifs, politiques, ou religieux

21 De l’ordre de 300

22 Programme nucléaire qui bénéficia de la complicité active du gouvernement français comme pour les programmes nucléaires militaires d’Israël et de l’Afrique du Sud de l’apartheid.

23 Des bases sont installées en Californie, en Alaska, d’autres projetées en Europe mais également en Asie-Océanie et au Moyen-Orient. La VI flotte en Méditerranée est déjà équipée d’antimissiles.

24 Force est de constater que les programmes européens sont pour l’instant plus chers que les programmes nationaux et qu’ils ne répondent pas toujours aux besoins de défense de notre pays. Le Rafale franco-français est 50 millions moins cher que l’Eurofigther et il est bien plus agile et polyvalent que ce dernier.

25 La France et l’Europe n’ont plus la maitrise de leur filière aluminium.

26 Le missilier MBDA a produit le cœur artificiel d’EADS, DCNs fabriquent des machines permettant de produire de l’électricité avec la houle, Dassault a maintenant une activité à 70% civil.

 

Débat n°8 : Réactions à la partie travail / emploi du projet de base commune

Réaction à la partie Travail / Emploi de la base commune - Denis Durand - 75

Si ce sujet vient en tête du texte sur le projet, ce n’est pas seulement parce qu’il est largement en tête des préoccupations des Français. C’est aussi qu’il gagne à être considéré sous l’angle de la cohérence qui devrait animer aussi bien la définition du projet que la stratégie politique et la transformation du Parti lui-même.

 

Une façon d’exprimer cette cohérence peut consister à dire que la réponse à la crise du capitalisme financiarisé, c’est-à-dire le dépassement de ce système jusqu’à son abolition, suppose de tenir ensemble trois dimensions de la transformation sociale :

  • la conquête de nouveaux pouvoirs par les citoyens et les travailleurs, au-delà des délégations de pouvoir de la société bourgeoise et des institutions du libéralisme ;

  • l’utilisation de ces pouvoirs au service de nouveaux objectifs sociaux – la sécurisation de l’emploi et de la formation y tenant une place stratégique ;

  • grâce à la mobilisation de moyens techniques, juridiques et tout particulièrement financiers.

Au fil du texte, une lecture à la lumière de ce « triangle systémique » permet quelques commentaires.

 

« Autour de propositions comme la sécurité emploi-formation qui comprend la réduction massive du temps de travail et la transformation du travail lui-même, de grandes batailles sont à mener sur le coût du capital et le rôle des banques ou encore le développement de tous les services publics et de la Sécurité sociale ». Ce paragraphe est un bon exemple de cette approche « systémique », la sécurisation de l’emploi et de la formation donnant en effet une base concrète à la relation étroite qui doit se nouer entre la lutte pour des objectifs tels que la réduction du temps de travail et la conquête de pouvoirs sur les moyens financiers dont disposent les banques.

 

La question de l’emploi est, de façon générale, un élément de cohérence, dans le domaine de l’économie comme dans les relations entre l’économie et les aspects non économiques de l’existence (ce que Paul Boccara a proposé d’appeler l’anthroponomie).

 

L’emploi est le cadre économique et juridique dans lequel s’exerce le travail au sein des sociétés capitalistes fondées sur le salariat. À ce titre, il détermine à la fois ce que les économistes appellent la « demande » et ce qu’ils appellent l’« offre ».

 

Du côté de la demande, davantage d’emplois, de meilleure qualité, c’est plus de salaires, donc davantage de débouchés pour les entreprises, une assiette plus large pour les prélèvements fiscaux et sociaux qui financent la protection sociale et les services publics ; c’est aussi plus de dépôts et moins de clients surendettés ou en faillite pour les banques.

 

Du côté de l’offre, le travail étant, comme le dit le document, « la source de production de toutes les richesses » (et non « la source de toutes les richesses » comme on l’entend dire trop souvent), la quantité de valeur ajoutée susceptible d’être produite dépend du nombre d’emplois et de leur degré de qualification. C’est pourquoi c’est une imposture de parler de « politiques de l’offre » quand on fragilise l’emploi comme le font Emmanuel Macron, Myriam El Khomri et la plupart des gouvernements européens aujourd’hui.

 

Mais sécuriser l’emploi et la formation, c’est aussi lutter contre les changements que les multinationales veulent imposer dans la nature, le contenu, les conditions du travail à la faveur de la révolution informationnelle et numérique. C’est ouvrir des perspectives nouvelles de dépassement du rapport de subordination qui caractérise le salariat.

 

Le but est de rendre possible une rotation emploi-formation-meilleur emploi, sans perte de revenus des salariés, avec l’appui d’un service public de sécurisation de l’emploi et de la formation favorisant une mobilité choisie ascensionnelle. Cela libérerait les travailleurs du risque de tomber dans le chômage tout en stimulant la progression du niveau culturel et technique de toutes les populations et la dynamique d’innovation des entreprises. On pourrait fermer les entreprises devenues inefficaces, supprimer les emplois devenus obsolètes, en créant de nombreux emplois nouveaux à durée du travail moindre et au contenu enrichi sans rupture d’une trajectoire ascensionnelle choisie par chacun. Chacun, tout le long de sa vie active, serait alors soit en emploi avec un bon salaire payé par son employeur, soit en formation avec un revenu mutualisé financé, via des cotisations sociales, par toutes les entreprises.

 

Au travail, en formation, comme producteur de richesses, comme prestataire de service (formation, recherche…), comme gestionnaire, il faut une alternance des rôles, rompant avec la monarchie patronale et instaurant une démocratie sociale.

 

« L'ubérisation, c'est-à-dire le capitalisme de prédation et de plateforme numérique, veut casser le salariat ». Est-ce la bonne expression ? L’introduction de la révolution informationnelle et du numérique donnent le sentiment d’une autonomie plus grande du salarié dans la relation d’emploi. Certains veulent y voir, avec la montée du chômage de masse, la fin du salariat et l’entrée dans une ère nouvelle d’activité. Ils vont jusqu’à proposer un revenu universel d’existence pour suppléer aux périodes de non emploi. En réalité, cette opinion ne tient pas compte de la réalité de la subordination exploiteuse du salarié et du travailleur aux logiques du capital, qui, avec le numérique, peut être plus grande et élargie au-delà des murs de l’entreprise elle-même. Ensuite, elle ne tient pas compte du fait que c’est le travail salarié qui crée la valeur, et que le financement du revenu universel implique une création de valeur préalable à sa distribution, et donc la pérennité du salariat. Comme le dit, peut-être plus justement, un passage situé plus loin dans le texte, « En exacerbant la contradiction capital-travail, la révolution numérique pose de fait les questions du dépassement du salariat par une société de libres producteurs associés, de la remise en cause de la propriété privée, du fonctionnement et de la structure des entreprises, des institutions et d’une démocratie renouvelée ».

 

La réponse à ces exigences passe par un essor tout à fait inédit de nouveaux services publics, là encore à la fois pour créer les emplois et la demande que le « tout-marché » et les gestions obsédées par la rentabilité du capital et la réduction des masses salariales s’emploient à étouffer, et pour améliorer l’efficacité sociale, économique et environnementale de toute l’économie.

 

Mais, contrairement à une opinion encore très répandue à gauche, cela suppose une bataille dans les entreprises pour changer les choix de gestion. Le texte critique à juste titre le coût du capital financier (« Les intérêts bancaires, les dividendes des grands groupes industriels et financiers plombent tout : 309 milliards d'euros »). Ces milliards seront « disponibles » si nous obtenons qu’ils cessent d’être « accaparés par les tenants de la loi de l’argent ». Et cela suppose donc une prise de pouvoir non seulement sur la répartition de la richesse créée dans les entreprises mais surtout sur la façon dont cette richesse est créée, ou n’est pas créée.

 

L’argent des entreprises et des banques finance-t-il des investissements visant à développer l’emploi, la recherche, la formation, la coopération avec d’autres entreprises et services publics, la préservation des ressources naturelles ? Ou bien vise-t-il à accroître les profits en automatisant à tour de bras des emplois sans développer une autre offre et une autre demande à leur place ? Ou encore, va-t-il aller tout simplement dans des placements financiers ? Une autre utilisation de l’argent public et une réforme en profondeur de la fiscalité doivent contribuer aux batailles de classes autour de ces enjeux, comme le dit la suite du texte.

 

Atteindre les objectifs sociaux liés à la sécurisation de l’emploi e de la formation, à commencer par la réduction du temps de travail tout au long de la vie, suppose donc une prise de pouvoir sur les moyens financiers. D’où l’importance du paragraphe sur le crédit (« Le crédit doit être considéré comme un bien commun adossé à un pôle public bancaire. Sa finalité serait d'encourager l'essor de l'emploi et de la formation, les progrès sociaux et écologique »). Des développements dans la suite du texte, notamment le paragraphe 2.4 (« Reprendre le pouvoir aux banques et aux marchés financiers pour se donner les moyens d'une société du bien vivre et du bien commun ») font écho à cette brève indication, et matérialisent ainsi la cohérence d’ensemble du projet.

 

De même la mention du « pouvoir sur l’argent » comme l’un des quatre grands axes structurants d’une politique de gauche dans le document 2017 : une autre voie pour l'avenir de la France traduit la cohérence entre le projet et les choix stratégiques du Parti. Cela renvoie également aux développements qui figurent dans le texte Des transformations utiles et concrètes pour un Parti communiste de nouvelle génération, et qui mériteraient sans doute d’être renforcés, sur la présence du PCF dans les entreprises.

Réaction à la partie Travail / Emploi de la base commune - Alain Janvier - 77 (en lien avec l'expérience de PREVENT GLASS (Sud Seine et Marne))

J’ai eu l’occasion de donner mon avis sur les moyens que le PCF devait mettre en œuvre pour mettre en confiance le monde du travail ainsi que les « privés d’emploi » pour qu’ensemble tous ceux qui veulent faire vivre la « vraie gauche » et tous ceux qui vivent de leur travail (ou qui aspirent à le faire) puissent reconquérir l’espoir, et construisent une perspective qui prennent un élan tel que de véritables changements puissent être opérés rabaissant les ambitions patronales et celles des principaux opérateurs des marchés financiers à un niveau qu’ils ne devraient plus quitter.

La campagne « Emploi –Travail » ou mieux « ZERO chômeurs – Du travail pour tous » peut être un point d’appui très important, pour peu que l’on s’en donne les moyens et que l’on ne se limite pas à des considérations générales. Pour ce faire, et les leçons à tirer de l’expérience de PREVENT GLASS (lire ici « La démonstration par le pudding : le cas de PREVENT GLASS (sud seine et Marne) ») vont dans ce sens, il y aurait lieu de prendre des dispositions rapides d’action et de mobilisation pour impulser la campagne, en la liant avec les enjeux de 2017, ainsi que de compléter ce qui figure dans la proposition de Base Commune du Conseil National sur plusieurs points :  

  • Avant tout, il faut mettre en œuvre une dynamique beaucoup plus volontariste dans le soutien et l’animation de l‘activité politique dans et vers les Entreprises (monter des rencontres nationales, régionales ou locales de militants politiques dans les Entreprises, débattre en Conseil National sur ces questions, populariser les expériences réussies, …), en intégrant la transversalité des mobilisations et propositions alternatives entre lieux de travail et lieux d’habitat,

  • Il faut démonter les mécanismes de restructurations qui, de plus en plus, déboulonnent les emplois et détournent les dispositifs qui rendent encore obligatoires la déclaration de Plans Sociaux, et donc l’obligation légale de l’effort de reclassement, en intégrant plus clairement les opérations de fusion /acquisition et restructurations dans la colonne du coût du capital, même si les campagnes idéologiques patronales et financières actuelles prétendent en faire de simples investissements.

  • Il faut démonter la supercherie de ceux qui (tels le FN) prônent la division des salariés entre eux, et l’abandon de toute référence à la solidarité, comme de soi-disantes solutions aux problèmes que rencontrent les salariés, pour mieux masquer leur totale connivence avec le MEDEF,

  • Il faut exiger le droit de contrôle démocratique et le droit de Veto aux IRP et aux élus locaux voire nationaux, non seulement sur les projets et plans de suppressions d’emplois, mais tout autant sur les opérations de recomposition capitalistiques que mènent les Grands Groupes pour leur propre compte comme pour le compte de leurs sous-traitants, imposant ainsi un rôle usurpé de donneur d’ordre.

Ainsi, tout au long du texte, il est important de donner du souffle au texte de Base Commune (ce qu’il arrive déjà à bien faire), mais il faut également du « topset » aux militants d’Entreprise pour qu’ils se sentent en confiance dans un Parti qui montre qu’il a pleinement pris en compte l’enjeu du combat politique dans les Entreprises et lieu de Travail.

Ainsi se trouveraient améliorées nettement les conditions dans lesquelles les choix cruciaux de construction politique pour une alternative de gauche réussie auraient à se faire.

Un dirigeant du Front de Gauche à qui on lui demandait : « A qui vous adressez-vous ? », répondait : « Au peuple urbain. Pour ces millions de gens, le lieu de socialisation politique n’est plus l’entreprise ». Qu’en pensent les salariés du site verrier de Bagneaux venus en car soutenir leur maire au Tribunal de Fontainebleau le 14 mars 2016 ? Qu’en pensent les Communistes du PCF en train de préparer le Congrès de Juin 2016 ?

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La démonstration par le pudding : le cas de  PREVENT GLASS (sud seine et  Marne)

La preuve que le pudding existe, c’est qu’on le mange. La preuve que notre   Campagne EMPLOI –TRAVAIL est une nécessité. Sans elle, les luttes existent, mais pas la perspective.

On lira avec attention l’expérience douloureuse des 220 salariés de PREVENT GLASS à Bagneaux sur Loing, près de Nemours en ANNEXE.

Bagneaux sur Loing est le siège d’une activité ancrée dans l’Histoire de l’Industrie du Verre, grâce à la qualité de la silice qui constitue le sous-sol, et  grâce également à la compétence  construites par les salariés eux-mêmes. Tous les grands groupes industriels s’y sont retrouvés depuis des décennies : Saint-Gobain, Corning, Keraglass, … 4500 salariés il y a 35 ans, 800 aujourd’hui.

Lorsque, du   fait de la rupture technologique condamnant les écrans cathodiques de vos téléviseurs, il s’est agi de sauver les 400 emplois de THOMSON Videoglass, peu de gens se sont portés volontaires pour prendre cette affaire à bras le corps. Les Communistes, militants de terrain, syndicalistes ou militants politiques, en lien avec les élus PCF de la région Ile de France et du Département de Seine et Marne, conçoivent alors un rève fou : assurer la reconversion massive des salariés de    THOMSON VIDEO GLASS, travaillant sur la production des écrans cathodiques pour les reclasser dans la production de parebrises automobiles.

A force de mobilisation, de décisions régionalement assumée pour des aides financières destinées à financer la formation, la Société RIOGLASS accepte le challenge, d’autant plus que les clients restent (dont Volkswagen). Mais, une fois la reconversion assurée, les choses se compliquent : RIOGLASS décide du transfert de l’activité à l’Entreprise PREVENT GLASS, laquelle se fait étranglée financièrement par ses « donneurs d’ordre », l’obligeant à délocaliser en Espagne la totalité de l’activité.
 

Cette expérience devrait nous inviter déjà à tirer les leçons. Mais, l’affaire conclue en 2012 n’en reste pas là. Une semaine avant la date prévue pour examiner les possibilités de revitalisation du site ainsi abandonnées, les huissiers viennent sur le site pour procéder à la vente du terrain aux enchères. Vivant cette intrusion antidémocratique comme insupportable, le Maire de Bagneaux s’enchaîne symboliquement aux grilles du site, génant les huissiers dans leur basse besogne.
 

Qui la justice décidait- elle de poursuivre ? Les commanditaires de l’action des huissiers faisant fi des engagements de la société PREVENT GLASS qui a jeté aux orties les subsides publics dont elle a pourtant tirer profit in fine ? Non, c’est le Maire de Bagneaux qui est poursuivi au Tribunal Correctionnel de Fontainebleau (séance le 14 mars dernier, délibéré annoncé pour le 11 avril).

ANNEXE :

  • L’affaire THOMSON – RIOGLASS – PREVENT GLASS (Seine et Marne) :

http://verriersbagneaux.blogspot.fr/p/histoire.html

  • Deux articles du Parisien :

 

 

 

 

 

Réaction à la partie travail / emploi de la base commune - Sylvie Bayle - 75 (en lien avec la situation de La Poste)

 

Le travail : une richesse pas un coût !

Avec cette réaction, je souhaite mettre en lumière les propositions de la base commune à partir d'une situation concrète : celle vécue par les travailleurs de La Poste. Cette situation démontre la pertinence de ces propositions et la nécessité de concevoir le travail comme une richesse et non comme un coût !

A la poste, les plans stratégiques successifs prennent acte du désengagement de l’État, entérinent la mort progressive du service public et  remodèlent en profondeur les métiers de la poste. Dans ce contexte, les annonces alarmistes autour de la baisse du volume du courrier, de la fréquentation des bureaux masquent difficilement une propagande visant à justifier et amplifier de nouvelles suppressions d’emplois.
Le plan de communication de la poste consiste donc à laisser entendre qu’il n’y a plus d’activité dans les services et qu’il faudrait  trouver une occupation aux postiers. Ces  annonces sont profondément blessantes, voire humiliantes pour les agents. Surtout, elles sont l’exact contraire de la réalité vécue par les postiers.
90.000 emplois supprimés en 10 ans, encore 7665 rien que pour l’année 2015 et malgré cette politique de destruction de l’emploi, la poste a bénéficié de 990 millions d’euros de crédit d’impôt emploi compétitivité (CICE)
Alors un emploi certes, mais dans quelles conditions  et pourquoi faire ?
De plus en plus de postiers,  n’arrivent plus à faire face à la surcharge  de travail et se voient  contraints de « mal travailler» entraînant  une dévalorisation qui va jusqu’à la perte de l’estime de soi.
Les  suppressions massives d’emplois dégradent les conditions de travail dans des proportions telles que les derniers  recrutements sont essentiellement masculins notamment au courrier et au colis tant le poids de la charge de travail nécessite des aptitudes physiques importantes.
Dirigées uniquement vers la satisfaction de rentabilité financière, les orientations de la Poste sont totalement incohérentes avec les besoins de la population.
C’est par exemple le guichetier qui tout en vantant les mérites d’une imprimante 3D aux performances extraordinaires  doit expliquer qu’on ne peut plus réaliser toutes les opérations financières dans un bureau de poste. Ou celui du facteur qui doit faire payer un service qu’auparavant il rendait sans contrepartie.  
Toute l’histoire de notre institution est marquée par le maintien et le développement d’un service public qui réponde aux besoins de la population par la quotidienneté, la proximité  et le lien social tissé par la permanence du  même agent sur son poste. Or il est pour le moins contradictoire d’annoncer le développement de services payant à la personne quand systématiquement, la Poste peine à rendre le service public qu’elle doit aux usagers.
Si la Poste était réellement ambitieuse, elle ferait le choix de consolider son réseau, ses structures et le savoir-faire des personnels pour développer l’ensemble des activités postales et ce d’autant plus que l’augmentation de la population entraîne de facto une hausse de l’activité. Innovations et évolutions numériques n’en resteront qu’au stade incantatoire si un véritable plan de formation permettant à tous d’appréhender ces évolutions qui doivent contribuer à faire évoluer la carrière n’est pas mise en place.
Mais l’essentiel reste que pour un développement économique à la hauteur des ambitions de l’entreprise, il faut un statut social à la hauteur des besoins des hommes.  
Mais dirigeants et gouvernements veulent accélérer la transformation de la Poste non pour  rendre un service public pérenne de qualité et proximité mais pour augmenter le taux de profit. Or  le développement et l’accès aux services public postal sur l’ensemble du territoire sont des facteurs de croissance économique au même titre que l’accès aux transports soins, énergie, école…. et c’est lorsque le service public est confirmé dans ses missions que les droits reçoivent un nouvel élan.
Le statut n’a pas une importance relative. Si aujourd’hui encore La Poste ne peut aller aussi vite qu’elle le veut dans la casse de l’entreprise, nous le devons au statut qui garantit la sécurité de l’emploi aux agents fonctionnaires et n’autorise pas le licenciement économique dans la convention commune des contractuels, convention que tente de remettre en cause la Poste (pour exemple en 2014 : 34 révocations (fct) et 847 licenciements (cdi))
Les valeurs du service public doivent être fondées sur des principes d’égalité, d’indépendance et de citoyenneté. Ainsi être propriétaire de son grade, met à l’abri des pressions politiques, économiques et de l’arbitraire. Ce sont autant de garanties de neutralité face aux usagers, et c’est à la collectivité qu’il faut rendre compte  de l’exercice de la fonction. En ce sens,  la sécurisation des parcours professionnel doit être inscrite dans la loi pour favoriser la convergence vers le haut de l’ensemble des travailleurs. Parce que l’intérêt général doit se substituer au profit, la spécificité du secteur public garante de l’égalité de traitement pour tous doit être maintenue.

Débat n°7 : Réactions d'adhérent-e-s au projet de base commune

Réaction à la partie sur le projet : Shirley Wirden - 75

Approfondir le débat pour partager une ambition communiste au XXIe siècle

Avec « Le temps du commun », un saut qualitatif est franchi dans l'élaboration de notre projet de société. Le titre lui-même, en revenant à la racine du communisme, est l'affirmation que notre époque peut être celle de la mise en commun.

On y retrouve des analyses fondamentales : « le capitalisme conduit le monde dans l’impasse : son dépassement est une nécessité », une affirmation essentielle à l'approche d' « une nouvelle crise plus dure et brutale que la précédente de 2007-2008 » ; ou encore « une des forces principales de la domination du capitalisme est la division à l’infini de ses victimes. », un enjeu qui mérite d'être approfondi au regard du niveau du vote Front national à la sortie des élections régionales dans notre pays.

En réponse à ces constats, on trouve des innovations par rapport à nos précédents textes de Congrès. En effet, l'analyse de la révolution informationnelle est développée pour tenter de déterminer comment elle peut être utilisée pour construire une société de libres producteurs associés ; l'introduction de la référence aux « 99% » permet de renouveler notre approche de la lutte de classes devant la croissance exponentielle des inégalités à l'échelle mondiale.

Un autre point positif est que le texte relève réellement du projet de société comme en témoignent les grandes transformations proposées dans l'introduction et les quatre grands axes du texte. Il évite l'écueil d'un catalogue de mesures !

Les identifiants d'un communisme de nouvelle génération apparaissent au fil du texte : la réalisation des valeurs républicaines de liberté, d'égalité, de fraternité, la laïcité comme condition du vivre-ensemble, une société sans chômage, le travail comme facteur d'émancipation au service de la collectivité, l'éducation pour la maîtrise des choix individuels et collectifs, le développement de droits culturels et l'encouragement à la création, un nouveau mode de développement humain en changeant la production, une démocratie réelle par une révolution citoyenne jusque dans l'entreprise et la refonte des institutions et de nouvelles coopérations entre les peuples à l'échelle de l'Europe et du monde. Le débat de congrès doit maintenant nous permettre d'approfondir ces enjeux pour aller vers une conception largement partagée par les camarades du sens de notre ambition communiste au XXIe siècle.

Le texte souffre cependant de quelques longueurs et peut être amélioré en travaillant à ancrer les grands enjeux dans l'actualité, à montrer les défis nouveaux qui se font jour comme la lutte contre le harcèlement dans l'espace public en matière d'égalité femme-homme ou encore les expérimentations de droits et pouvoirs des travailleurs pour une nouvelle organisation du travail. Des questions mériteraient d'être développées comme celle de la ruralité avec l'ambition de participer à la reconstruction du lien social dans les zones rurales isolées.

Enfin, à l'heure de la mobilisation de milliers de jeunes contre la loi travail, je trouve important la reconnaissance dans le texte que le « potentiel de contestation et de créativité des jeunes constitue une grande force » pour notre ambition et la nécessité de « travailler à leur autonomie et à un statut protecteur pour construire une logique sécurisée de parcours de vie. »

 

Shriley Wirden,

PCF Paris

 

Réaction à la partie sur les échéances de 2017 : Djeneba Keita - 93

Relevons la tête pour affronter les défis du moment

J'ai lu avec attention le texte de la base commune. J'ai souhaité y réagir avec mes mots issues de mon vécu de militante communiste qui a livré de nombreuses batailles ces 10 dernières années dans les rangs de notre parti pour faire avancer nos idées et nos valeurs. J'ai l'intime conviction que le PCF ne trouve sa véritable identité que quand nous impulsons des rassemblements susceptibles de changer positivement la vie de l'immense majorité des Français-es. Rassembler pour être utile c'est ce qui a de tout temps caractérisé l'action de notre parti. Lors du Front populaire où notre parti avait été la force d'impulsion principale en prenant « le ministère de la rue », ou au moment de la Résistance et de la Libération, ou encore pendant et après 68 : à chaque fois nous avons su trouver les initiatives en accord avec le moment historique. Face aux enjeux et aux défis du moment je pense que nous devons fermement nous attacher à ce qui fait notre identité : agir pour un rassemblement majoritaire qui redonne ses couleurs à une gauche porteuse d'espoir et de nouveau combattive.

C'est aujourd'hui une nécessité vitale non seulement pour notre parti mais pour notre pays. Car avec sa législation de travail et de droits sociaux à vocation universelle malgré ses insuffisances, la France est une exception insupportable pour le capitalisme d'aujourd'hui qui veut dépasser ses impasses actuelles en revenant au siècle précédent. Pour cela les milieux du pouvoir financier usent soit de la ruse, soit de la force. François Hollande et le gouvernement de Manuel Valls ont trahi leurs promesses de campagne pour pactiser avec la finance - cet ennemi pourtant déclaré !-. Les forces du capital ont déjà écrit un scénario pour la France de 2017 : éradiquer durablement ce qui s’apparente à un projet de gauche pour revenir sur tout ce que les salarié-es ont gagné sur le capital de haute lutte pendant un siècle.  Si les élections présidentielles avaient lieu aujourd'hui, certainement le second tour opposerait Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy contre Marine Le Pen. Autant dire qu'après ce gouvernement de Valls-hésitation, nous aurions celui du déchaînement brutal d'une droite sans complexe.

Pour résister à ces plans et bousculer ce scénario, nous devons faire bouger le peuple de gauche. Ces 11 millions qui ont voté François Hollande au second tour des présidentiels. Ces Français-es qui ont cru qu'il combattrait vraiment la finance ; qu'il défendrait vraiment les salariés contre les patrons ; qu'il donnerait vraiment plus à celles et ceux qui ont plus de besoin. Ces 11 millions qui ont été déçu-es.

Très clairement, bousculer le scénario écrit par les forces de la finance internationale pour la France c'est créer les conditions de gagner à gauche les élections présidentielles et législatives en 2017. C'est se donner les moyens d'y arriver.

Pour cela je pense que nous ne devons pas prendre la question des primaires à gauche comme un choix par défaut. Au contraire, nous devons de façon offensive y imprimer nos valeurs et nos propositions,  par une mobilisation populaire dont nous prenons l'initiative principale. De ce point de vue le questionnaire avec lequel nous voulons nous adresser personnellement à 500000 citoyens d'ici juin pour construire le mandat populaire d'une gauche debout est une initiative que je soutiens et dans laquelle je me retrouve pleinement.

Travailler le contenu et la mobilisation avant la question du choix des personnes est la bonne démarche. Un ou une candidat-e issue de nos rangs pourra les prolonger dans le processus des primaires et les porter devant notre peuple. J'y suis pour ma part très favorable.

Je ne vois pas, dans ces conditions comment l'actuel président ou les membres de son gouvernement pourraient participer aux primaires d'une gauche qui se rassemble autour d'un projet en rupture totale avec la politique qu'ils mènent depuis 2012. Quand bien même Hollande ou certains des siens voudrait y participer ils leur faudra rendre publiquement compte devant celles et ceux dont ils ont abusé la confiance pendant 5 ans. Un tribunal populaire de cette envergure rendrait une sentence démocratique et sans appel.

Pour ma part je pense que les communistes ne doivent pas renoncer à la tâche difficile mais indispensable de reconstruire et faire gagner une gauche véritable en France. Pour cela nous pouvons et devons relever la tête et affronter sans ciller le défi que nous lance le capitalisme d'aujourd'hui et les forces qui le servent.

Djeneba Keita
Section de Montreuil

Réaction à la partie sur les transformations du PCF : Yendi Baldassi - 68

Transformer le PCF pour gagner la lutte des classes !

 

 

Le chapitre de la base commune concernant les transformations nécessaires pour que l’on se dote d’un parti Communiste de nouvelle génération a vu apparaitre des questions à porter au débat qui paraissent essentielles.

 

Trouver les moyens d’établir des ponts avec la jeunesse, les masses précarisées, hommes et femmes de notre pays afin de mettre en débat un projet de société autre que celui du Front National ou ceux des puissants. Casser le fatalisme, comprendre pourquoi l’on échoue à fédérer les jeunes des quartiers populaires avec nos idées alors que de nouveaux modes d’exploitations comme l’uberisation réussissent à rapidement précariser un certain nombre d’entre eux avec leur propre consentement. Faire face à la crise de l’engagement et du tous pourris, véritable étendard de nos concitoyens aujourd’hui et notamment notre jeunesse qui ne s’y retrouve pas dans les partis ou syndicats sont autant de points de constats qui méritent de s’interroger sur notre organisation, nos campagnes et nos modes de communications à faire évoluer pour répondre à ces défis majeurs qui nous empêchent de cristalliser une alternative partagée avec la population.

 

Mais au-delà de ces constats l’association du maximum de nos adhérents à nos actions et assemblées, savoir assurer le lien transgénérationnel entre les anciens hautement politisés et les nouveaux adhérents qui n’ont souvent comme base que les valeurs humaines comme boussole dans une société aux normes chaotiques et avilissantes est un débat à approfondir. Il est certain que la formation des adhérents est plus que nécessaire parmi nos militantes et militants car nous n’avons pas toutes et tous notre 5eme année de Marxisme derrière nous quand nous poussons les portes de nos Fédérations respectives. Mais est ce que toute formation doit se limiter à Marx ? Aujourd’hui le concept des 99% en complément des classes prolétaires ou laborieuses devrait probablement être intégré dans notre langage, toujours dans l’optique d’expliquer, convaincre et fédérer le plus grand nombre.

 

Par ailleurs, les animateurs du parti devraient peut être s’assurer que chaque camarade trouve dans son militantisme un enrichissement intellectuel et culturel avec un certain plaisir à partager des moments de lutte fraternelle, probablement le seul véritable socle pour assurer la présence d’un maximum de Communistes dans des cycles de réflexion et de travail en commun.

 

Ne serait-ce pas le moment d’une véritable réflexion sur nos directions qui doivent participer à mettre l’adhérent au centre de l’élaboration et l’animation afin que notre parti ressemble à la société que nous souhaitons créer et pour que chacune et chacun y trouve sa place ?

 

Un certain nombre de questions auxquelles il nous faudra répondre pour asseoir la base d’un futur essor pour nos ambitions, nos visées et d’éventuelles victoires face à un ennemi de classe surpuissant qui serait, parait -il, en train de gagner la guerre…

 

Yendi Baldassi,

Section de Mulhouse

Débat n°6 : Quelle refondation de la République ?

Pour une République commune - Pierre Dharréville - 13

On a beaucoup convoqué la République ces derniers temps dans le débat politique. République fait partie de ces mots transformés en valises, dans lesquels chacun a pris l’habitude de mettre ce qu’il veut. L’an dernier, la droite a tenté de la préempter en lui faisant porter la charge d’une autorité pesante et extérieure au peuple, continuant l’oeuvre de ceux qui, dès 1789, se sont battus pour que la République jamais ne s’accomplisse et pour stopper l’élan de la Révolution. Nous en sommes encore là. La République, née de la Révolution, est encore inachevée. Pour le moins. La version 5 est à bout de souffle, écrasée sous le poids d’un présidentialisme qui détruit les mouvements populaires et vient toujours priver le peuple de sa souveraineté, discréditée par son incapacité à protéger le pouvoir des offensives des grands propriétaires. Mener la bataille de la République ne revient pas, pour nous, à accréditer un mouvement d’injonction permanent, ni un mouvement de destruction des droits, ni un mouvement de restriction des libertés. Mener la bataille de la République, c’est mettre en avant les idéaux sur lesquels les révolutionnaires du siècle des Lumières ne s’étaient pas trompés : Liberté, Egalité, Fraternité.

Il faut une République laïque, qui incarne cette volonté de ne voir aucune fraction, aucune entité, aucune autorité supposée exercer la souveraineté qui revient toute entière au peuple. Une République qui défend la liberté de conscience, qui promeut l’égalité des droits, qui mobilise pour la paix.

Il faut une République démocratique, qui brise le signe d’infamie tatoué sur toute la politique en donnant réellement au peuple le pouvoir de décider, en toute conscience, de son avenir, qui enracine la politique dans le réel.

Il faut une République sociale, qui refuse que le pouvoir soit fondé sur la propriété et qui refuse l’accaparement même des richesses par un petit nombre «d’élus». Une République qui se régénère dans les mouvements citoyens qui émergent, dans la quête de biens communs qui se fait jour.

Il faut une République universaliste, qui ne s’enferme pas dans ses frontières protégées par des murs, mais qui, dans ce monde devenu cité, cherche à nouer des coopérations pour que grandissent partout les droits inaliénables des humains, refuse les logiques de domination.

La République n’est pas ce qu’ils en disent quand ils la convoquent pour faire taire le peuple en oubliant la force dont s’est chargé l’idée au fil des siècles d’histoire. Et mener cette bataille n’est pas un luxe qui viendrait après tout le reste. Ne considérons pas que la question soit seconde dans l’esprit même de nos concitoyennes et concitoyens. L’incurie de la République est l’un des éléments de la crise politique profonde dans laquelle nous sommes plongés. Quand la promesse républicaine est trahie, quand le pacte démocratique et social n’avance pas, alors, la voie est ouverte pour ces fameux monstres surgis des clairs-obscurs. Il y a République parce qu’il y a peuple et il y a peuple parce qu’il y a République. L’un et l’autre s’entraînent aujourd’hui par le fond. Il y a urgence à refonder la République, à une refondation populaire de la République, à nous redire, en toute conscience de l’état du monde, quel chemin nous voulons tracer ensemble, qu’est-ce qui nous réunit, et comment nous voulons vivre et décider en commun. En commun. Et si c’était là, justement que résidait la ressource cruciale de la République ? Et si c’était justement de notre côté que les choses devaient se jouer ? Dans le commun. Le commun en perpétuelle façon. Matériel et immatériel. Commun dans mon quartier, dans ma ville, dans le pays et dans le monde. Une République du commun. Non pas une République dont les règles asservissent, mais dont le droit libère. Non pas une République figée dans les plis de sa robe, mais en mouvement. Non pas une République estuaire mais une République delta, où chacune et chacun peut contribuer à assembler ce commun, en lien avec tous les autres.

Après les attentats effroyables de 2015, la République a été maintes fois convoquée, parce que son effacement finit par créer un trouble profond. Mais elle apparaît à beaucoup comme un corps extérieur. Il ne suffit pas de l’invoquer, il faut en être les promoteurs révolutionnaires.

La valise est à quai, elle a subi les outrages du temps. Prenons-la, ouvrons-la, remplissons-la, partageons-la. Soyons résolument porteurs d’une nouvelle dynamique pour une VIème République, pour une République commune.

 

Débat 37ème congrès sur la République - Nicole Borvo Cohen-Séat 75

Aujourd'hui la crise démocratique est si profonde que seule une rupture visible avec le système institutionnel et les pratiques politiques actuelles est susceptible de redonner du sens et de l'espoir pour les catégories populaires qui ont largement « décroché ». Quand la droite et l'extrême droite mais aussi F.Hollande et sa majorité invoquent sans cesse la « République » pour justifier des politiques d'exclusion sociale, de repli identitaire, et de plus en plus sécuritaires, on ne peut s'étonner du désarroi de nos concitoyens et des contradictions qu'ils expriment dans leurs critiques « des politiques ». Les forces progressistes ont du mal à se rassembler et si la critique s'étend il n'y a pas de consensus sur ce qu'il faudrait faire. On ne dépassera ces obstacles qu'en engageant une démarche politique originale permettant aux citoyens de s'impliquer eux même dans la construction d'un nouveau contrat démocratique et social.

La force de la « concitoyenneté » dans l'héritage de la grande Révolution de 1789 réside dans les valeurs à caractère universel fondatrices de la République, et toujours présentes dans le préambule de notre loi fondamentale. Elles ont souvent été mises à mal à différents moment de notre Histoire et le sont singulièrement aujourd'hui. Il faut les réaffirmer avec force et savoir les revivifier au regard des exigences et des possibilités de l'époque (effectivité des droits, biens communs ou encore indépendance des procureurs vis à vis de l'exécutif jamais atteint!.....

La nécessaire reconquête démocratique doit s'appuyer sur tout ce qui bouge dans la société et qui révèle des aspirations à une citoyenneté active, à des solidarités réelles, à l'égale dignité des êtres humains, à d'autres rapports entre les citoyens et leurs représentants....de nombreuses luttes sociales et mouvements divers vont dans ce sens même s'ils ne font pas une majorité. Mais le pire dans la situation actuelle serait de ne proposer que des aménagements, au motif qu'il n'y a pas d'accord pour de grands changements !

Les communistes ont fourni un important travail qui fait sens. D'abord en donnant la priorité dans le système institutionnel aux pouvoirs des citoyens : reconnaissance de la démocratie directe, initiative législative, droit de contrôle des élus, citoyenneté de résidence. Déprofessionnalisation de la politique (scrutin proportionnel-seul capable d'assurer le pluralisme et la parité-,non cumul des mandats et renouvellement limité). Ils veulent mettre fin à la monarchie patronale en proposant des droits effectifs et le partage du pouvoir entre les détenteurs du capital (public ou privé) et les salariés et autres acteurs concernés ( collectivités, filiales, consommateurs, usagers...). Ils proposent une vraie représentation sociale au parlement, par une modification du sénat actuel. Concernant l'organisation des pouvoirs la primauté du parlement induit la suppression des pouvoirs exécutifs du Président de la République et pose la question de son rôle et de son mode d'élection. Concernant l'Europe tout transfert de compétence doit être soumis à l'accord des citoyens, mode de fonctionnent qui induit une communauté européenne à géométrie choisie.

Toute proposition précise se discute et bien d'autres peuvent émerger, mais la cohérence globale doit être claire et le sens, c'est à dire un changement profond du pouvoir et des pratiques politiques, visible, pour que le débat s'instaure.

Quelle refondation sociale et démocratique de notre République ? Eliane Assassi - 93

Cette question, extrêmement importante dans le contexte d’une Vème République dont nous constatons chaque jour le déficit démocratique, doit évidemment nous amener à nous positionner clairement.

La défiance générale de la population pour ce système politique est logique. Comment accepter que les gouvernements aient, à de rares exceptions, délaissé leur pouvoir face au pouvoir économique et financier ? Comment accepter le recul des libertés publiques, avec avec cet état d’urgence qui s’installe dans la durée ?

Comment accepter des « lois de modernisation » qui installent l’ultra-libéralisme et la concurrence de tous contre tous dans l’entreprise ? Bafouant les droits des salariés, transformant les abus des patrons en base de départ des projets gouvernementaux ?

Comment accepter la reprise en main de l’Etat sur notre Sécurité Sociale, délaissant les organisations paritaires, base de notre démocratie sociale, qui se traduit par une soumission aux exigences austéritaires ?

 

Notre positionnement doit être fort: faire revenir la démocratie à tous les étages, au cœur de notre République.

La refondation sociale ? C’est se battre pied à pied contre tous les projets de destruction du droit du travail, qui atteignent aujourd’hui leur pleine mesure, malgré des résultats catastrophiques : 6 millions de chômeurs, des millions « d’exclus de l’emploi », et une précarité grandissante. Dans ce contexte de crise et de chômage de masse, le déséquilibre entre capital et travail n’a jamais été aussi fort.

Rééquilibrer, c’est donc cesser cette destruction de la sécurité de l’emploi au nom d’une prétendue flexibilité, et dans le même temps offrir de nouveaux droits. Des droits qui redonneraient du sens et du contenu aux principes contenus dans le programme des Jours Heureux du CNR et intégrés, par la reconnaissance du droit au travail, dans le préambule de la Constitution de 1946. Nous devons poser la question des moyens mis en œuvre par le pouvoir politique pour assurer ces droits, faire à nouveau primer le pouvoir politique sur le pouvoir économique, revenir à des formes de contrôle de l’économie (sur les licenciements notamment), et rétablir la démocratie dans l’entreprise.

Un rétablissement qui pourrait par exemple passer par l’abaissement du seuil d’élection des délégués du personnel de 11 salariés à 5, comme c’est le cas en Allemagne. Ou encore renforcer le pouvoir des organismes représentatifs du personnel, augmenter les garanties légales offertes par chaque contrat de travail pour ne plus avoir à subir quotidiennement l’arbitraire patronal.

 

C’est donc une autre voie que nous devons défendre. La bataille n’est pas perdue, malgré trente ans de matraquage idéologique libéral. Au contraire, le mouvement contre la « loi travail », prouve que, notamment chez la jeunesse, nombreux sont ceux qui ne se résignent pas à vivre dans une société où la concurrence et la précarité règnent, au sein d’entreprises où la démocratie s’efface.

 

La refondation de notre République passe évidemment aussi par une refondation politique. Nous connaissons les mesures immédiates à prendre pour renforcer notre démocratie. Face aux évolutions de la Vème République et son parlementarisme « rationalisé » qui a transformé le Parlement en chambre d’enregistrement des projets de l’exécutif, nous devons proposer à la fois une autre forme de représentation des élus, plus juste, mais aussi une redéfinition du rôle du Président, son mode d’élection, la durée de son mandat et son champ de compétence. Des questions clés d’une future Sixième Répubiique.

 

La proportionnelle, permettrait une représentation de l’ensemble des courants de l’opinion, empêchant du même coup la mainmise d’un camp sur les autres, qui se traduit, nous le savons, par un affaissement du pouvoir législatif. Mais d’autre part, en offrant aux électeurs un véritable choix, elle démonétiserait le concept du « vote utile » qui nous fait tant de mal.

La représentativité des électeurs, c’est assurer que chacun soit représenté peu ou prou de la même façon. Une chose que le scrutin majoritaire, le « scrutin des voleurs » pour Jaurès, ne peut offrir, car il renforce les différences électorales minimes et les exacerbe.

Refonder notre système de représentation des élus, avec l’instauration de la proportionnelle et une refondation du bicamérisme, cela permettra donc de composer des assemblées plus représentatives. Et dans ces conditions d’exercer un pouvoir législatif réel. La proportionnelle, c’est donc indéniablement remettre la démocratie au cœur de notre République, et rétablir un contre-pouvoir réel au Gouvernement et à l’exécutif.

Dans ces conditions, le débat sur le référendum « populaire » serait résolu. Prévu comme une arme face à l’arbitraire actuel imposé par l’exécutif, il perd de son intérêt lorsque le législatif reprend le pouvoir. Ce faisant, les limites que ce mode d’expression porte (en France il n’a quasiment été utilisé qu’en forme de plébiscite) deviennent trop importantes face aux atouts qu’il détiendrait.

Enfin, nous devons poser la question de la démocratie européenne. Elle est aujourd’hui en échec, du fait de la mainmise d’organes non élus directement, qui agissent dans un processus de décision obscur et foncièrement antidémocratique. Où est l’Europe des peuples quand tout se décide à Bruxelles ? Comment défendre une alternative quand la Commission tord le bras aux récalcitrants ?

 

Combattre pour la refondation sociale et démocratique de la République, c’est en définitive remettre la démocratie partout où elle s’efface. C’est redonner le pouvoir aux salariés dans l’entreprise, c’est leur redonner, dans la loi, une forte protection. Mais c’est aussi refonder la démocratie dans la sphère politique : assurer une meilleure représentation des électeurs pour renforcer le pouvoir législatif et rééquilibrer un système inégalitaire.

Tous ces chantiers sont importants, mais ils sont liés. Nous devons donc les mener chacun de front, et développer, dans le cadre de notre Congrès, des propositions claires à porter au débat.

 

Débat n°5 : quelles pratiques militantes pour améliorer notre action ?

Tirons parti de nos richesses - Emilie Lecroq - 93

Le débat sur les évolutions ou transformations du parti n'est pas un débat nouveau dans notre organisation. Il nous a permis, au fur à mesure des années, de nous fixer des objectifs et des cadres de travail afin de pouvoir mieux connaître notre parti, ses adhérents et tenter de donner des éléments d'analyse et de compréhension des enjeux au plus grand nombre.
Ce travail de recensement nous a permis d'avancer considérablement sur la vision que nous pouvons avoir de notre parti, des adhérents et militants qui le font vivre comme du nombre de personnes qui font le choix de le rejoindre. Certes, il nous faut continuer ce travail de recensement, de connaissance afin de pouvoir élaborer en permanence des idées nouvelles. Nous pouvons déjà nous féliciter de la richesse humaine qui fait vivre notre parti. De ces hommes et ces femmes, dans des structures intergénérationnelles qui animent notre organisation et la font rayonner autour d'eux.
C'est sur ces hommes et femmes qui font vivre notre parti dans de nombreux territoires, comme ceux qui ont fait le choix de nous rejoindre, que je vous propose de travailler à l'occasion de notre Congrès. Cette richesse de compétences, de réflexions, d'animations et de réseaux nous devons impérativement veiller à la faire vivre et grandir de façon toujours plus importante.

Vous l'avez compris, dans un contexte de repli sur soi, je vous propose de faire le pari de l'humain, de la richesse militante, de placer l'adhérent au cœur des constructions et des décisions pour transformer nos pratiques. Mais, une fois cela dit, beaucoup de questions restent ouvertes. Nous devons élaborer un état des lieux de nos organisations de proximité, de nos structures de directions comme de nos adhérents. C'est une première étape nécessaire afin d'identifier ensemble les problèmes à résoudre comme les objectifs à atteindre. Il nous faut réfléchir, à partir de l’existant, à identifier les paliers à franchir pour que notre organisation puisse répondre aux objectifs politiques que nous nous fixons.  Notre travail est moins de définir la porte à ouvrir pour changer la société, que de définir la chemin à construire pour y parvenir.

Dans un contexte politique compliqué où il devient de plus en plus difficile de faire entendre notre voix, beaucoup de citoyens, et donc d'adhérents, s'interrogent sur la possibilité de trouver une perspective à gauche, ou sur l'utilité de la politique pour changer leur vie concrètement. Beaucoup désertent les organisations, les structures collectives faute d'y trouver une utilité réelle pour agir sur le concret. Nous devons réfléchir, dès à présent et dans la perspective de notre Congrès, sur les gestes à accomplir pour permettre la mise en mouvement du plus grand nombre. La place des batailles concrètes à mener, quelles que soient les difficultés à surmonter, comme le partage des victoires que nous pouvons avoir et les gestes qui font vivre nos valeurs dans le réel sont essentiels, à la fois pour redonner envie d'agir, mais également pour crédibiliser notre discours.

Bien que le travail sur notre projet soit essentiel, il est indissociable des actions concrètes à mener  sur le terrain. Dans un contexte où chaque proposition, que nous sommes capables de faire, est à contre courant des idées dominantes dans la société, notre action locale pour faire vivre ces propositions concrètement participera à crédibiliser nos idées.  Réfléchissons sur notre démarche afin que ces actions concrètes puissent alimenter l'objectif de changement.
Ces batailles concrètes permettent également de relier nos adhérents à nos batailles en montrant une utilité qu'ils peuvent parfois perdre de vue, dans un contexte de crise qui augmente la désespérance.

Cela réinterroge nos structures d'animation, nos objectifs de formations, comme notre conception de la démocratie dans l'organisation.  A l'heure actuelle, nous vivons un passage de générations chez les cadres intermédiaires de notre parti. Cela nous questionne sur les modes d'animation de nos structures de proximité. Ce passage de relais met en évidence la nécessité de formation de savoir et savoir-faire de notre parti,  à réadapter aux enjeux d'aujourd'hui, au près de ces jeunes animateurs. Le manque de temps de nos jeunes responsables nous questionne sur la conception de la démocratie que nous voulons faire vivre dans notre organisation. Quelle définition donner à la démocratie, dans notre parti, pour qu'elle ne soit pas qu'un moment d'expression sur les décisions à prendre. Il nous faut travailler à allier ce moment d'expression et de décisions à l'animation collective de ces décisions.

Nous devons également nous interroger sur l'accueil que nous réservons à chaque nouvel adhérent. En effet que deviennent-ils? Nous ne mesurons pas à quel point, une fois le bulletin d'adhésion rempli, les questions de la rapidité de prise de contact et de la mise en mouvement sont importantes.
Nous sommes tous d'accord pour dire que nous ne militions pas hier comme nous militons aujourd'hui. Que ce que nous pouvons appeler l'engagement « éphémère » est fréquent chez les jeunes générations. Alors, si nous avons conscience de cela, de ce besoin d'immédiateté, d'action et d'utilité chez nos nouveaux adhérents, pourquoi attendre des semaines parfois des mois avant de reprendre contact avec eux ?
La fraternité et la solidarité sont également importantes pour les nouveaux adhérents, souvent également en recherche de liens sociaux que peut offrir notre organisation. Mais comment redonner ces éléments de solidarité et de fraternité pour les cadres de notre parti ? Comment ces éléments politiques mettent à mal les divisions qu'on tente de nous imposer.

Il nous faut prendre ces éléments en compte pour adapter nos gestes d'accueil et permettre à chacun de trouver sa place dans notre organisation, au risque que ces nouveaux adhérents aillent exprimer leur envie d'engagement, de collectif autre part.

Ces questions que nous nous posons pour notre parti, nous devons également nous les poser pour les personnes qui sont en contact avec nous, qui appellent à voter pour nous aux élections, qui signent nos pétitions.

Une trop grande disparité existe dans notre organisation en ce qui concerne le rapport que nous entretenons avec nos « sympathisants ». Nous avons besoin de débattre sur cette question.

C'est un moyen pour de nombreuses personnes de découvrir nos adhérents, notre parti et d'y adhérer.

Quand nous nous fixons l'objectif d'une révolution citoyenne, le nombre de personnes avec qui nous avons des relations, nous débattons, nous discutons, nous construisons est extrêmement important.
Et, parce que rien ne se met en place spontanément, nous devons réfléchir à la réalisation et à l'organisation de ce réseau, comme aux outils pour le faire vivre.

Sur les pratiques citoyennes, beaucoup d'expériences ont été menées. Les élections locales ont souvent été des moments culminants de ces expériences. Ces pratiques se sont souvent faites sur la base de la proximité. Plus les élections étaient de proximité, plus nous marquions, avec un répondant populaire, notre volonté d'associer largement pour réfléchir ensemble à la définition des politiques locales recherchées. Mais nous pourrions également citer les pétitions qui traitent d'un sujet local qui, souvent, ont une popularité plus importante. Ou encore les pratiques des élus dans des villes qui ont gagné sur la durée un travail régulier avec les populations. Toutes ces expériences trouvent la même limite : la difficulté pour toucher les populations les plus socialement en difficulté qui se mobilisent le moins. Ainsi une question nous est posée : comment faire évoluer l'organisation pour qu'elle travaille sur une pratique citoyenne, pas uniquement de circonstance mais comme une pratique politique quotidienne ? Comment être soi-même et en même temps capable de travailler avec les autres pour co-construire avec nos convergences et nos différences ?

Bien que de nombreuses décisions aient été mises en place pour permettre de donner corps à ces objectifs politiques, nous sentons bien qu'à l'heure actuelle il y a un saut qualitatif à passer, qui va plus loin que d’améliorer l'existant.

Faire du PCF un outil pour révolutionner la société - Pierrick Annoot - 92

L’une des grandes questions prioritaire à traiter pour notre congrès, est celle de notre organisation, de son rôle et son utilité, pour mener la bataille des idées et rassembler pour inverser le rapport de force.

Cela pose la question du nombre de communistes que nous sommes, de la manière dont nous concevons et nous menons nos actions politiques, de la manière dont notre organisation est structurée. Cela pose aussi la question de notre efficacité dans le travail de rassemblement d’une gauche de rupture à laquelle nous aspirons.

En fait le fonctionnement de l’organisation et ses objectifs de mobilisation sont des éléments pivots pour traiter du projet et de la stratégie. Or, trop souvent cette réflexion sur l’organisation est traitée « en soi » sans relation avec les autres. Le parti étant un outil, un moyen, nous ne pouvons pas aborder la réflexion sur son évolution sans la lier étroitement à celle sur la société que nous voulons et de notre stratégie de conquête dans la bataille idéologique et de conquêtes des pouvoirs.

De notre capacité à mettre en débat dans la société française de grands objectifs politiques, de structurer la batailles des idées sur des éléments clés de notre projet, dépend notre capacité à rassembler la gauche sur un projet réellement transformateur.

Les échéances de 2017, doivent être liées aussi à cette réflexion, pour définir le rôle du parti dans la période, la méthode pour déployer notre force militante et les campagnes politiques à mener, pour être une force motrice dans la bataille de contenu à gauche. Comme disait le philosophe, « une idée devient une force matérielle lorsqu’elle s’empare des masses. »

Un parti pleinement efficace pour mener ce travail, cela veut dire aussi repenser nos directions et leurs rôles. Souvent noyées voir dépassées par l’actualité ou la répétition des échéances électorales, nous subissons parfois plus le calendrier imposé par les autres que nous n’arrivons à en décider nous-mêmes. Souvent notre CN décide en une même séance de plusieurs batailles, sans réfléchir à l’animation concrète dans les fédérations, puis abandonne les batailles lancées deux mois avant pour en changer au CN suivant.

Cela nécessite aussi de voir le parti tel qu’il est aujourd’hui. Ce n’est plus un parti avec des directions permanentes. Nos responsables de fédérations, de sections, nos militants sont eux même touchés par les difficultés de la vie quotidienne et cela à des conséquences sur le temps dont chacun dispose pour militer. Le PCF d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a 20 ans, pourtant force est de constater que nous employons parfois les mêmes méthodes sans réinterroger leur efficacité. D’autant qu’avec des sections sans permanents qui peuvent aller de 5 adhérents à plus de 500, les réalités et donc les capacités à s’inscrire dans le rythme des échéances sont bien différentes. Je me pose souvent cette question : comment une force militante de plus de 100 000 adhérents avec un tel réseau d’élus n’arrivent pas à peser plus dans le débat politique que des organisations qui ne dépassent parfois pas le millier d’adhérents et avec peu d’élus ?

Enfin, redonner toute son utilité à l’organisation, c’est aussi et surtout faire un véritable travail d’analyse renouvelé des rapports de classe aujourd’hui et de toutes celles et ceux qui ont intérêt au changement. C’est aussi ne jamais déconnecter la réflexion sur notre organisation à celle sur les modes d’engagements actuels et du rapport de notre classe à la politique.

Où se concentrent aujourd’hui les principales victimes de la violence du capitalisme ? Où se joue l’affrontement le plus fort entre le capital et le travail ? Comment appréhendons-nous de manière précise, les changements intervenus dans notre classe ? Comment les nouvelles formes d’exploitation du travail modifient la conscience de classe ? Comment articuler discours de classe et oppressions spécifiques pour unir tous les dominés dans une conscience et une construction commune ?

Quelle société voulons-nous ? Quelle stratégie pour la construire ? Et enfin, de quelle organisation et quel rassemblement avons-nous besoin pour cela ? Voilà bien 3 questions pour notre congrès qui ne peuvent être séparées.

Evolution du Parti : gagner en proximités et en rayonnement ! Alain Pagano - 49

Développer notre influence implique de gagner en proximités. En Maine et Loire nous travaillons cette question d'abord en terme de structuration du Parti. La section d'Angers qui avait abandonné depuis plusieurs années toute structuration en cellules pour ne fonctionner plus qu'en assemblée de section s'est engagée il y a un an, à l'occasion d'un renforcement en adhérents, à la création de cellules de quartier. Quatre nouvelles cellules découpent le territoire de la section pour gagner en proximité dans le lien à l'adhérent (plus de communistes mobilisés) mais aussi en proximité militante puisque les thématiques les plus locales peuvent émerger.

Dans le même temps, la fédération vient d'engager le processus de création d'une nouvelle section (ce qui n'était pas arrivé depuis de longues années) dans la ruralité en agglomérant des nouveaux adhérents à d'autres adhérents du milieu rural, relativement isolés et rattachés « administrativement » aux sections de villes préfectures ou sous préfecture. Là encore on gagne en proximité géographique et en proximité d'intérêt puisque les problématiques liées à la ruralité seront mieux traitées par cette nouvelle section.

La proximité militante c'est aussi de développer des actions, des luttes sur des aspects très concrets qui parlent aux gens, sur des objectifs atteignables pour susciter la mobilisation, redonner confiance en l'action collective, ré-intéresser à la politique. Cela nécessite d'avoir du suivi dans nos actions et d'animer nos batailles militantes du niveau local au niveau national. C'est ce que nous faisons sur Angers avec des batailles pour la gratuité des piscines l'été pour les oubliés es vacances ou bien pour la gratuité des transports en commun, 2 initiatives qui ont donné de l »audience supplémentaire au Parti.

Enfin, étant peu présent dans les médias nationaux, et il faut continuer à se battre pour être justement représentés, nous pouvons compenser par une présence plus efficace sur les réseaux sociaux, type Facebook et Twitter. Nous pouvons également avec peu de moyens créer des vidéos régulièrement et les populariser. Cela contribue au rayonnement du Parti et à la proximité avec nos concitoyens mais mérite pour que cela se déploie de faire œuvre de formation dans le Parti à la fois sur l'intérêt et sur les aspects opérationnels. Nous avons de nombreux adhérents qui utilisent les réseaux sociaux mais il faut organiser le relais des informations notamment au moment des périodes électorales. Nous pouvons faire mieux

Débat n°4 : Le Front de gauche en question

Pour un Front de gauche au service de la refondation de la gauche

La première interrogation que l'on peut avoir quand on évoque le Front de Gauche porte sur la pertinence même du sujet. Y a t il encore une actualité, une vie de ce côté là ?

 

Je le crois, et je vais m'en expliquer.

 

Mon propos ne peut cependant nier l'état végétatif dans lequel il est aujourd’hui.

De l'élection de François Hollande aux régionales de décembre 2015, de scrutin en scrutin, ses forces se sont dispersées, sa cohérence étiolée, son activité s'est réduite jusqu'à devenir quasi inexistante. Le Front des luttes et les fronts thématiques ont jeté l'éponge alors qu'ils constituaient avec les assemblées citoyennes, la cheville militante et citoyenne du FdG.

On a vu nombre de personnalités sociales, intellectuelles qui avaient vu dans la création même de ce rassemblement puis dans la campagne présidentielle de 2012 la marque d'un renouveau à gauche, se retirer sur la pointe des pieds, aller parfois voir ailleurs pour finalement ressortir débités. Ce ressentiment lié à la perte de sens de notre action commune a aussi progressivement gagné les rangs militants jusqu'à nous dresser non plus les uns aux côtés des autres, mais les uns contre les autres.

 

En s engageant mercredi 10 février vers une nouvelle candidature à la Présidentielle de 2017, sans même que cette question n' ait fait l'objet d'un débat des composantes du FdG, Jean-Luc Mélenchon a rajouté de la confusion à la confusion, et porté un nouveau coup à l'édifice déjà suffisamment fissuré.

 

Cette annonce a été préjudiciable pas seulement du point de vue de sa symbolique, à savoir, la négation en actes de la 6ieme République au service de laquelle elle entend se mettre. Elle a aussi constitué un acte politique qui dans les conditions et au moment où il intervient, contribue à fragiliser plus qu'à aider la mise en mouvement des forces disponibles pour l'alternative, et hypothèque plus que ne sert les bases d'un grand mouvement populaire et citoyen.

 

Je trouve important de dire cela d'emblée et que nous en débattions, car il est important que le FdG sorte de la panne sèche l'immobilisant.

 

L'affirmation d'une autre politique comme la refondation de la gauche appellent à consolider et non à diviser l'unité des forces antilibérales. Elle appelle à renforcer au plan des luttes sociales, dans son assise politique et idéologique comme dans son périmètre de rassemblement, le combat anti-austeritaire.

 

L'acte de naissance du FdG est la campagne référendaire de 2005. Il est urgent qu'il s'adresse et vise à rassembler tous les déçus et victimes de la présidence Hollande pour ensemble ouvrir une autre voie que celle de la soumission aux marchés. L'Humain d'abord portions-nous en 2012, "un nouveau monde en commun" avons-nous écrit en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées lors des dernières régionales : c'est ce terreau là qui est d'actualité, et fédérateur.

 

Je voudrais ajouter un mot ici. L'extrême gravité de la situation politique nous demande de nous hisser au niveau de solutions, qu'il s agit de porter collectivement.

 

Le PCF est la force la plus importante du FdG, en terme militant d'ancrage local, et de bases électorales. Il nous incombe un rôle accru pour être collectivement force d'initiative et peser positivement sur les orientations à prendre.

L'avons-nous suffisamment fait, y compris entre les élections pour sortir de la notion de cartel comme nous en ambitionnions nous-mêmes?

Avons nous poussé comme il fallait, certains débats de fond qui avaient des incidences fortes sur notre existence de FDG ?

J-ai par exemple la conviction que nous aurions dû mieux ferrailler sur le fait qu'être autonomes des choix gouvernementaux, ne signifiait pas en rebaisser sur notre objectif politique de transformer toute la gauche. Aujourd’hui trop de militants dans nos rangs ont perdu de vue notre ambition majoritaire qu'ils vivent désormais comme une compromission.

 

Ce sont toutes ces questions qui méritent d'être approfondies dans la préparation de notre congrès.

 

Je voudrais ici en pointer cinq autres attenant au sens de notre action politique, et à notre implication dans le FdG.

 

- La première concerne la situation politique dans notre pays et notre capacité à bien l'apprécier pour en tirer nos responsabilités collectives.

 

La recomposition à l'œuvre fait table rase des repères communs, des solidarités existantes. Porte sur des terrains aussi structurants que le travail, la démocratie, la République, les cadres de vie et l 'écologie. Elle conduit à des nouvelles ruptures d'égalité qui signifient plus de déclassement, de discriminations et de violences sociales. On parle d'éclatements possibles en Europe, de nouvelle crise financière. Le pouvoir assume ces orientations, les revendique même, la différenciation avec la droite s'opérant moins sur le fond que sur la graduation et le rythme des réformes. Sur ce terreau de régression organisée le FN voit son rayonnement se développer exponentiellement à l'absence de perspective et de désespérance. Le scénario d'un match à trois dès le 1er tour de la Présidentielle n'est pas un leurre.

 

Si rien ne se passe, il sera la reproduction de scénarios que nous avons connus aux régionales, en PACA ou dans le Nord.

 

Cela conduirait à la disparition des radars politiques de la gauche et de sa fonction transformatrice. En terme électoral, de représentation institutionnelle mais également en réduisant son rayonnement culturel.

 

- C est pourquoi, deuxième point, le PCF pointe comme déterminante la convergence de toutes les forces disponibles à gauche pour la construction d'une autre politique.

 

Disant cela nous ne sommes pas sur une logique de cartels mais de construction populaire qui implique évidemment de travailler la question du rassemblement de partis et forces sociales mais nous demande également de lever les obstacles à l'unité de populations catégories sociales, de publics tous également touchés, exploités, discriminés et laissés pour compte du capitalisme. Dit autrement cela appelle à travailler le terrain de la lutte des classes et celui de l'unité sociale de toutes celles et ceux victimes du système.

 

Voilà plusieurs années que le FdG a fait ce même diagnostic, que la seule addition de nos composantes ne suffirait pas à donner une légitimité une assise et une vocation majoritaire aux exigences de transformation émergeant de la société. On a pointé le besoin de débattre, de lister et faire vivre ce qui faisait du commun avec ceux qui dans les rangs écologistes et socialistes contestaient les orientations gouvernementales. En même temps, de travailler les mêmes convergences avec les forces sociales et chercher à fonder des outils pour l'intervention citoyenne. Est-il besoin de préciser que cette question de rassemblement n'a de sens que si elle est liée à des batailles politiques et d'idées?

 

La question écologiste de ce point de vue est apparue comme une entrée universelle pour faire grandir les exigences de rupture avec le libéralisme ; pour ne citer que la conscience aujourd’hui mondiale de faire face au réchauffement climatique.

 

Cela a eu des conséquences dans notre pratique militante et de rassemblement comme nous l'avons vécu dans plusieurs départements et régions.

 

L'actualité du débat sur la déchéance de nationalité comme celle de la révision du code du travail, le remaniement gouvernemental et la stratégie de division de gauche par Hollande doivent nous pousser à faire encore plus œuvre de rassemblement et de mise en mouvement.

 

C'est pourquoi quelque soit la légitimité de la candidature de Jean-Luc Mélenchon on ne peut en rester en l'état du débat. S'il est une urgence aujourd’hui elle réside moins dans la personnalisation du combat à mener que dans la clarification des termes politiques de la Présidentielle, la confrontation de projet et la construction de ponts pour créer du lien et du commun entre les exigences portées, les femmes et hommes, forces qui se retrouveront dans cette démarche de contenu.

 

 

- L'urgence est aussi à construire et c'est mon troisième point, un cadre et un processus partagé pour une plate-forme et d'une candidature commune pour 2017. C'est ce qui a conduit le PCF mais également Ensemble! et également République et Socialisme à examiner les conditions de l'organisation de primaires.

 

Pourquoi ? Parce qu'il existe aujourd'hui une aspiration profonde et forte à gauche de voir émerger quelque chose d autre, de vivre un autre scénario que celui décrit plus haut d une candidature Hollande comme ultime recours face aux faux frères ennemis droite/FN.

Parce que cette aspiration conduit une partie importante de nos concitoyens à penser qu'une primaire pourrait être le bon moyen pour permettre la dynamique d'intervention utile à une telle construction.

 

Nous avons trouvé important de ne pas passer à côté de cette aspiration et de lui donner un contenu. Le PCF a ainsi rendu publique jeudi 18 février la proposition de l'élaboration citoyenne d'une plate-forme comme socle d'entrée dans le processus, et pour les candidats à l'investiture.

 

Il est clair dans notre esprit comme pour beaucoup d'autres, que cette plate-forme pour répondre aux exigences exprimées doit rompre avec les orientations conduites par le pouvoir lors de ce mandat. A commencer par l'Europe.

 

Dès lors une telle démarche de débats et recherche de convergences à gauche avec l'ambition à terme d'une candidature commun ne peut elle pas devenir le bien commun de tout le FdG ? Et pour JLM, intégrer un tel processus ?

 

Je crois qu'arriver à cette cohésion constituerait un point d'appui certain pour la démarche.

 

- Quatrième point. Il a trait au lien FdG / refondation de la gauche. Je suis bien consciente que ce dernier "terme" ne signifie plus grand chose pour toute une partie de ceux que nous voulons rassembler, et qu'il convient de le faire vivre par son contenu, ce qui est signifiant pour eux.

Par exemple, ce qui est facteur de progrès pour tous, de libération et émancipation, ce qui est facteur développant les bases existantes pour faire émerger et affirmer un autre monde...

 

De fait nous avons un travail d'écoute et de conviction à mener. Il ne s'oppose en rien à celui de rassemblement que nous voulons opérer. Dans son intervention politique le FdG n a pas à exacerber la fracture peuple et partis, citoyens et establishment comme je le lis parfois sur les réseaux sociaux. Les lignes de clivage existent, il n'est pas besoin de les accroître au risque de dresser un mur entre des forces qu'il y a urgence à faire se retrouver sans une ambition commune et positive.

Je suis consciente que ce débat traverse tout le débat alternatif européen et pour l'heure d'ailleurs demeure ouvert. Pour ma part, je reste convaincue qu'en France on ne peut faire l'économie d une convergence politique sociale et citoyenne.

 

- Mon tout dernier point très court concerne le congrès du PCF.

 

Je n ai jamais considérée le FdG comme une construction électoraliste qui pourrait ponctuellement combler nos propres manques dans notre réflexion stratégique et de projet. En fait je pense tout le contraire, à savoir qu'il est besoin que le FdG a besoin pour se développer que le PCF avance dans ces débats. Il me semble alors que le triple travail que nous menons sur le projet, les évolutions militantes et 2017 doit être autant de moyens de mieux définir la fonction communiste.

 

« Un de nos soucis politiques est de tenter de résister à l'altération de l'identité comme un petit magot que les autres viendraient grignoter » a souligné Patrick Boucheron sur Inter il y a quelques semaines. Il ne parlait pas du PCF en particulier, mais c est à lui qu'il m'a renvoyée. Je crois que la période nous intime d'être en capacité d'identifier, donner du sens et de la force à tout ce qui concourt à transformer la société. De fait à être une force ouverte à la diversité du monde... une force en mouvement. Il est temps que nous produisons les outils théoriques pour mieux l'inscrire collectivement au cœur de notre pratique militante.

 

Du Front de gauche à la construction d'un mouvement politique populaire - Igor Zamichiei - 75

 

Ce texte est la première partie d'une contribution en deux parties disponibles sur le site internet congres.pcf.fr

 

« Trois changements à opérer » 

Il est grand temps de faire un bilan du Front de gauche, d'analyser ce que nous avons réussi et ce que nous avons raté, et de travailler à partir de ce bilan à la relance de notre stratégie de rassemblement.

Je dis relance de notre stratégie car ce n'est pas elle qui est en question mais bien une expérience politique pour la mettre en œuvre. Devant la gravité des difficultés rencontrées, le Front de gauche en tant qu'expérience politique est durement affaibli mais l'ambition qui a nous a conduit à l'initier est plus que jamais à l'ordre du jour : créer un mouvement politique populaire à vocation majoritaire pour rompre avec le libéralisme, renouveler profondément la vie politique de notre pays et donner un nouveau souffle à l'originalité du communisme français.

Les résultats des dernières élections régionales témoignent de ces graves difficultés. Pour la première fois, non seulement nous ne parvenons pas à capter l'électorat de gauche déçu de la politique de François Hollande mais c'est précisément le PS et EELV, pourtant tous deux également en crise profonde, qui captent une partie significative – environ un cinquième chacun - de l'électorat du Front de gauche !

Et ces résultats tordent par ailleurs le cou à l'idée que nos difficultés viendraient d'un déficit de radicalité, d'une trop grande proximité avec le Parti socialiste, puisque à cette échéance aucune région n'a vu d'alliance au premier tour entre nos formations. Et d'ailleurs, toutes les enquêtes le montrent, le cœur de l'électorat de gauche que nous visons nous reproche non pas des alliances à géométrie variable avec le PS mais plutôt d'être une force uniquement critique du pouvoir en place !

Vouloir réduire les problèmes du Front de gauche aux questions de tactique électorale est révélateur de deux tendances contre lesquelles il nous faut lutter : premièrement, celle d'assigner au Front de gauche une ambition uniquement électorale ; deuxièmement, celle de mettre sous le tapis quelques grands changements pourtant indispensables à toute ambition de renouvellement politique en France au XXIe siècle.

J'identifie trois grands changements à opérer. Le premier, c'est de construire un nouveau récit émancipateur qui unisse les 99% et ouvre un espoir leur permettant d'investir le champ politique et de reprendre le pouvoir aux 1% qui l'ont confisqué. Un récit qui contribue à déplacer le débat politique national de l'affrontement identitaire à l'affrontement de classes aux intérêts antagonistes. Nous avions commencé à le faire avec le programme l'humain d'abord. Jean-Luc Mélenchon lui-même avait su en 2012 porter une parole collective dans laquelle des millions de Français se reconnaissaient, retrouvaient de la force et de la dignité, avant de s'isoler dans une logique uniquement contestataire du social-libéralisme. Syriza ou Podemos ont su par exemple construire un tel récit capable de mobiliser les millions de leur concitoyens grecs et espagnols souffrant de la crise.

Le deuxième changement est d'agir pour une nouvelle complémentarité d'action entre forces politiques de gauche, forces syndicales et associatives, avec l'ambition d'un front populaire de notre temps.

Au lendemain des élections de 2012, nous aurions dû consacrer l'essentiel de notre travail politique à élargir les fronts d'idées et d'actions que nous avions initiés sur le nécessaire partage des richesses, sur la possibilité de l'augmentation des salaires, sur la reprise du pouvoir aux banques et aux marchés, sur un nouveau mode de développement qui donne la priorité à l'emploi de qualité et à la transition écologique, sur la VIe République, la refondation de l'UE et le changement de politique extérieure de la France… Sur tous ces enjeux, les fronts devraient permettre, dans le respect du rôle de chaque composante du mouvement social et grâce à leurs efforts conjugués, de faire progresser la bataille idéologique et d'obtenir des avancées immédiates pour les populations.

Le troisième changement consiste à construire un mouvement politique qui renouvelle réellement la vie politique de notre pays.

Un mouvement et pas une force car une force politique unique n'aurait pas manqué, si elle avait vu le jour, de s'organiser en tendances et de s'effondrer sous le poids de querelles politiques intestines. Les composantes du Front de gauche et d'autres forces, écologiste par exemple, qui pourraient partager notre ambition devraient faire de leurs cultures politiques différentes un atout et non un problème. Le PCF est un atout pour le Front de gauche.

Et surtout ces forces rassemblées devraient avoir pour objectif d'encourager l'investissement citoyen. D'abord en montrant notre utilité immédiate en réalisant des actions de solidarité concrète. Ensuite en donnant de réels moyens et pouvoirs à chaque femme, chaque homme, qui veut rejoindre notre mouvement, de la définition des projets, aux luttes à mener et aux candidatures pour les représenter. Des pouvoirs qui ne se substitueraient pas à la souveraineté propre des composantes politiques mais qui seraient complémentaires. Les assemblées citoyennes étaient une belle idée qui plutôt que d'être la tribune des divisions du Front de gauche auraient dû être le lieu pour cela.

Alors que la France est dans l'impasse et à la veille d'échéance essentielles pour son avenir, travaillons à franchir une nouvelle étape de notre ambition stratégique en s'appuyant sur le meilleur ce que nous avons expérimenter avec le Front de gauche.

Cliquer ici pour lire la partie 2 de cette contribution

Contre les visions misérabilistes des classes populaires - Florian Gulli - 25

 
Depuis 2012, le Front de Gauche s'est enlisé dans des débats stratégiques sans fin. L'autonomie à l'égard du PS a été vendue comme la recette miracle, la clef de la victoire électorale; alors que ladite autonomie était mise en œuvre depuis des décennies par la LCR puis le NPA, sans aucun succès. Suivait la question de l'alliance avec EELV: tantôt l'avenir de la gauche française, tantôt le dernier des soucis du Front de Gauche. Le point commun de toutes ces positions contradictoires?  Elles mettent la charrue avant les bœufs. Ou plutôt: elles font passer pour cruciale une question qui n'est pas, pour le moment, décisive. Ainsi, on peut être partisan de l'autonomie à l'égard du PS, sans aller s'imaginer que celle-ci nous apportera le soutien des classes populaires et nous ouvrira les portes du pouvoir.

Les deux tâches d'actualité pour le Front de Gauche sont le projet et l'enracinement dans les classes populaires. Ces deux tâches sont intimement liées.
 
Beaucoup de contributions, dans le cadre du Congrès, soulignent la nécessité d'aller travailler dans les quartiers populaires. Ce qui va dans le bon sens. Reste à savoir ce que nous allons y faire et ce que nous allons y dire. Car il ne saurait être question pour nous d'aller prendre la place du Secours Populaire, ni de créer des relations intéressées, de type clientéliste, entre des populations et nous (« on vous aide, pensez à voter pour nous ! »).

L'objectif est de politiser, dit-on. Politiser, c'est partir de difficultés du quotidien (par exemple le pouvoir d'achat et l'alimentation) pour montrer que ces difficultés ne viennent pas de nulle part mais d'un monde économique qui exploite producteurs et consommateurs. Cette politisation a ses limites : d'abord, il n'est pas rare que le public visé ait déjà parfaitement conscience de se faire exploiter, ici par les grandes surfaces. Ensuite, l'exposition de la preuve peut très bien ne produire aucun effet politique positif ; par exemple, elle peut renforcer la résignation. Enfin et surtout, si les gens des classes populaires rencontrent des problèmes quotidiens, leurs préoccupations ne sauraient évidemment s'y réduire, sauf à s'en faire une représentation méprisante.

Trop souvent, et malgré les plus sincères intentions, nous réduisons les individus des classes populaires à leur intérêt matériel (libéralisme, quand tu nous tiens!). Et nous leur présentons sur cette base de futurs projets de loi bien ficelés qui seront un jour défendu à l'Assemblée par nos députés, et qui protégeront leur pouvoir d'achat. Cette démarche -si courante- est vouée à l'échec. Elle repose sur une image négative de ceux à qui elle d'adresse : « Vous êtes dans la misère ? Nous savons pourquoi ! Faites nous confiance en votant pour nous » (je caricature volontairement). Intérêt strictement matériel, misère, passivité, impuissance ; on comprendra que pour des populations déjà victimes de mépris social (« racailles », « jeunes de banlieues », « bidochons », « sans dents » et autres « Deschiens »), ce discours soit peu attractif.

L'engagement politique a toujours eu une dimension morale et quasi héroïque, que nous avons parfaitement assumé naguère, mais que nous n'assumons plus aujourd'hui. S’engager, c'était retrouver sa dignité, sa fierté. Avant même l'issue de la lutte, l'engagement était payant parce qu'il permettait de reconquérir une image positive de soi-même. C'était le héros de la classe ouvrière, le métallo, le résistant communiste, etc. Il n'y a qu'à regarder les représentations des prolétaires dans l'histoire du mouvement ouvrier : menton haut, regard confiant, physique puissant, etc. Pas une once de misérabilisme. De cet ouvrier stylisé, il ne viendrait à l'esprit de personne de dire qu'il est un « pauvre » ou un « jeune défavorisé ». Cette imagerie héroïque n'avait que peu de rapport avec la réalité ? Peu importe. Elle n'avait pas vertu sociologique ; elle fournissait un idéal valorisant conçu comme un puissant moteur d'engagement. L'intérêt matériel, bien présent, n'était donc pas seul présent ; et sans doute ne venait-il pas en premier.

Malheureuse actualité du procédé : la prédication salafiste s'appuie sur ce ressort moral. Le salafiste se pense comme le représentant d'une aristocratie religieuse (selon Samir Amghar), il promet à ceux qui le rejoignent de partager les bénéfices moraux de ce nouveau statut. Et se faisant, il convainc.

Il ne s'agit pas pour nous, bien entendu, de ressortir les affiches jaunies d'hier, mais de réfléchir à la façon de réactiver la dimension morale et héroïque de l'engagement dans le monde d'aujourd'hui.

 

Débat n°3 : Quelles perspectives pour les échéances électorales de 2017 ?

2017 : subir ou agir ? - Olivier Dartigolles - 64

Le Congrès aura des décisions à prendre et les communistes exprimeront leur souveraineté sur la manière d'aborder 2017. Pour la présidentielle, les législatives et les sénatoriales. Il convient donc de se poser les bonnes questions, dans le bon ordre, et créer les conditions d'un débat le plus ouvert possible, à partir d'un réel fait de diversité, de complexité et de contradictions. J'ouvre ici quelques questionnements.

  1. Sommes-nous d'accord pour dire combien la situation politique est nouvelle, totalement  inédite ? Il nous est régulièrement arrivé de dire que les processus idéologiques, politiques et électoraux en cours pouvaient conduire à la catastrophe. Nous y sommes. Si rien ne se passe dans la toute prochaine période alors notre pays, la gauche, le parti pris de l'émancipation, celui des combats progressistes sont en danger. J'entends parfois dire « la présidentielle est perdue, c'est mort, occupons nous du parti, préparons les législatives... ». Que cela nous plaise ou non, les résultats de la présidentielle auront des conséquences lourdes et durables. Comment porter avec force dans les prochains mois l'urgence d'en finir avec un régime, un système institutionnel à l'agonie tout refusant un scénario écrit à l'avance ?

  2. Période inédite quant au niveau des menaces et des périls mais, dans le même temps, sur l'arc des forces considérables – politique, associatives, syndicales, citoyennes- qui n'acceptent pas les adieux à la gauche du clan gouvernemental et de la direction du PS. On le mesure avec les journées de mobilisation contre l'état d'urgence, pour la solidarité aux Goodyear, avec les tribunes et les contributions publiés, les initiatives de débats et d'échanges - c'est le cas avec les invités qui participent aux « lundis de gauche » -, il y a désormais un paysage qui bouge dans la bonne direction. Le débat est enfin déverrouillé et Hollande ne sera donc pas le « candidat naturel ».

  3. Dans un tel moment charnière – c'est l'avenir de la gauche qui se joue -, le débat porte notamment sur l'organisation de primaires. Discutons-en. Nous savons bien que des primaires qui se réduiraient à une confrontation sur du casting auraient comme traduction une aggravation de la crise politique et démocratique. La question aujourd'hui n'est pas de savoir qui sera candidat ou pas mais de ne surtout rien produire qui peut entraver les premiers pas d'une espérance collective. C'est pourquoi tout processus de primaire doit d'abord susciter un débat et des choix de contenu. Plus qu'un programme, il s'agit dans un premier temps de faire émerger un cadre d'exigences partagées, et le faire en lien aux luttes, aux mobilisations. Nous le savons, rien ne sera possible sans une appropriation par le plus grand nombre.

  4. Possible ? Discutons-en en car le niveau de notre ambition conditionne tout le reste. Il s'agit en quelques mois de remobiliser dans une démarche nouvelle des millions de femmes et d'hommes aujourd'hui mis hors jeux par le quinquennat Hollande, l'usage qui est fait d'une climat de peur, par les atteintes portées à la dignité des femmes et des hommes qui luttent. Sommes-nous, oui ou non, à un tournant de l'histoire politique de notre pays ? Si c'est le cas, notre Congrès devra prendre une initiative de rassemblement telle que le PCF a su les prendre au grand moment de son histoire. Il n'est pas uniquement question de l'avenir de la gauche mais aussi de celui de la société française. Sans oublier que tout cela va s'inscrire dans un paysage international de crises amplifiées, avec des secousses considérables.

  5. Une dernière question : si ce processus échoue, si rien ne change et que la chronique de la catastrophe annoncée va à son terme....c'est quoi le plan B ? Subir ou agir ?

La France sera en élections en 2017. À nouveau. Trois scrutins – présidentielle, législatives et sénatoriales – auxquels les Français-e-s sont appelés, eux qui, élections après élections, expriment autant de colère et d'inquiétudes face à la politique gouvernementale que d'insatisfaction des institutions et des pratiques politiques. Pour nombre de nos concitoyen-ne-s, la question de « 2017 », lorsqu'elle est systématiquement réduite au « match » de la présidentielle, eh bien, une seule certitude : on ne rejouera pas 2012. Les Français-e-s ne veulent ni de Hollande, ni de Sarkozy » et massivement, ils s'interrogent, non pas sur « qui » mais sur « quelle politique ».

C'est dans cet interstice du ni Hollande-ni Sarkozy que s'est installé, d'ailleurs poussé par Hollande comme Sarkozy, un Front national dont la stratégie de conquête du leadership à droite et de prise de pouvoir progresse d'échéances en échéances. L'ultraprésidentialisation de nos institutions et les conséquences destructrices des choix gouvernementaux qui n'en finissent pas de soumettre la société française aux projets du patronat et de la finance nourrissent des rejets sans perspective et sans espoir, et d'abord à gauche. Les remaniements gouvernementaux successifs ne peuvent qu'être perçus que pour ce qu'ils sont : un mélange de basses tactiques et d'ambitions personnelles.

Le peuple de gauche, méprisé, démobilisé, désuni, se tourne vers une abstention de plus en plus large. Il a même du mal à se reconnaître tant il a été floué par trop de femmes et d'hommes d'appareil socialistes et écologistes qui sont allés de concessions en concessions au libéralisme et même à l'occidentalisme alors que le chômage progresse, que les services publics périclitent, que les divisions et les discriminations minent la cohésion nationale. Le Front de gauche dont l'existence est reconnue manque d'envergure, de capacités de rassemblement dans toute la gauche pour en devenir le cœur ce dont, je crois, il nous faut affirmer l'ambition en poursuivant le dialogue avec toutes ses composantes actuelles et y inclure toutes celles intéressées par un tel projet. Enterrer le Front de gauche avec pertes et profits reviendrait à renoncer à la responsabilité de mobiliser une majorité d'actions et d'idées autour d'un projet de gauche pour ouvrir en France un processus de transformation sociale progressiste.

62 % des partisans de gauche (et 65 % des Français-e-s) quand ils sont interrogés le disent : la politique du gouvernement n'est pas de gauche. C'est dire à quel point ce gouvernement et sa majorité parlementaire sont minoritaires et isolés à gauche, et pour cause mais le brouillage des repères n'aura pas réussi à l'occulter. C'est dire le potentiel de rassemblement, majoritaire, qui existe dans notre pays auquel doit contribuer un Front de gauche renforcé et ouvert à des forces qui aujourd'hui ne se retrouvent ni dans, ni autour d'un PS en phase de recomposition libérale. N'avons-nous pas à travailler à ce que ces millions de femmes et d'hommes s'unissent, s'engagent, retrouvent confiance en eux-mêmes et en leur capacité à changer de politique, amorcer un processus de changement progressiste profond de la société, de l'Union européenne ?

Parce que le PS au pouvoir mène une politique de droite et que la droite court après l'extrême-droite, si le mouvement populaire reste exclu du débat et des conditions dans lesquels il doit se tenir, si le mouvement populaire s'interdit de lutter, le pays peut se retrouver dans une situation à l'américaine comme les Etats-Unis ont connu jusqu'ici et que les promoteurs du bi- et tripartisme veulent installer en France : une gauche de transformation sociale éliminée durablement, éparpillée, discréditée, quand seuls les courants plus ou moins conservateurs, plus ou moins libéraux se succèdent au pouvoir. Nous avons tous une idée assez nette de ce que cela peut donner. Mais aux États-Unis précisément, ce système verrouillé est aussi maintenant confronté à ses limites.

On ne peut indéfiniment tenir le mouvement populaire hors du débat politique, ni tenir ce débat hors des préoccupations et exigences populaires, a fortiori quand il s'agit pour le peuple « de choisir une politique et ses représentants ». La campagne de Bernie Sanders – que nos médias ont négligé pour lui préférer Donald Trump – bouscule les scenarii et les codes de la politique américaine. Quel que soit le résultat qu'il atteindra, Bernie Sanders, le « socialiste », est non pas « un homme seul contre le système » mais bien la voix d'une convergence populaire (#NotMeUs) : celle qui se bat contre les bas salaires et la précarité, contre les spéculateurs qui détournent les richesses créées par les travailleurs, et les banques qui ont expulsé de chez elles des millions de familles, celle qui se bat pour la justice fiscale, l'université et l'éducation publiques, contre la privatisation de l'eau, et celle qui s'est révoltée contre l'impunité de cette police qui tire à vue sur les Afro-Américains et les discriminations d'une justice aux ordres des puissants... un « nous » qui ouvre de nouveaux horizons. Bernie Sanders n'a pas créé ce mouvement populaire, il a agi avec d'autres pour en faire un acteur du débat politique et non plus un spectateur, pour lui offrir une perspective politique de gauche.

Les luttes dans notre pays, les résistances ne sont pas inexistantes, loin de là. La question qui nous est posée est celle-ci : ces femmes et hommes auront-ils leur mot à dire aux élections ? Pourront-ils envoyer à l'Assemblée nationale la majorité dont ils auront besoin pour gagner la bataille contre l'austérité et pour la reconquête des pouvoirs ? Le mouvement social peut-il s'inviter dans le débat politique et y imposer son ordre du jour ? Que proposons-nous à ceux qui se mobilisent pour les Goodyear, les Air France, contre les coupes budgétaires, l'état d'urgence constitutionnalisée ou la déchéance de nationalité ? C'est cet objectif de mobilisation démocratique populaire que nous devons viser : la primaire peut-elle permettre de favoriser un rassemblement le plus large et massif possible à gauche ? Si elle ouvre un processus d'élaboration collective d'une plateforme programmatique offensive non seulement contre l'austérité mais pour des politiques publiques de progrès humain, social et écologique. Et de conquêtes démocratiques. Ces élections seront une étape. De quoi sera faite la France « d'après » ? La 5e République est à bout de souffle ; sa logique, le présidentialisme, poussé à l'extrême a généré une sérieuse crise de représentativité et peut la transformer en régime autoritaire. Le rassemblement qui doit se mettre en mouvement pour empêcher la droite et l'extrême-droite de conquérir le pouvoir porte en lui l'exigence d'ouvrir un nouveau stade démocratique dont il est impératif de poser les jalons. De cette dynamique d'élaboration commune, alors, en son temps, viendra le choix du ou de la candidate de la gauche à la présidentielle auquel nous pourrons apporter notre soutien.

2017 : match retour ou nouvel élan ? - Cécile Dumas - 06

Se poser cette question et vouloir y répondre nous oblige à dire rapidement ce que nous voulons pour cette séquence électorale de 2017, présidentielles et législatives. Nous ne pouvons pas nier le fait que cette séquence électorale pourrait être destructrice pour les idées de progrès.

La réponse à cette question ne peut pas être donnée sans une étude sérieuse de la situation politique, de l’état de la société et de l’indispensable nécessité de reconstruire une gauche qui a du sens, qui a l’ambition de se confronter aux politiques européennes, qui déclare un état d’urgence contre la précarité et la pauvreté, qui initie une vraie réforme de la fiscalité au service du partage des richesses, qui construit un nouveau mode de développement respectueux des humains et de la planète,…. Une gauche qui ose être un moteur de l’égalité des droits et source de nouveaux progrès.

Dans cet objectif, il est question de répondre à toutes celles et ceux qui se mettent en marge de la société car se sentant oubliés, abandonnées ou discriminées ou en marge de la vie démocratique car convaincus de l’inutilité de leur choix.

Définir un tel objectif revient à s’obliger à se mettre à la recherche d’un nouvel élan politique de Gauche, d’une dynamique mobilisatrice au travers d’ une candidature aux présidentielles qui rassemble des intérêts communs définis précédemment et avec une grande ambition de changer les choses et jouer « la gagne ».

Alors comment faire pour mettre dans une même dynamique les militants des partis politiques, des citoyens, des militants associatifs, des intellectuels, des artistes, toutes celles et ceux qui veulent le progrès et l’acquisition de nouveaux droits. Cela ne passera pas par des propositions de candidature spontanée, ni par la suprématie de l’avis de citoyen non encarté sur les adhérents de parti politique, cela devra forcément faire l’objet d’un grand débat public qui permet de faire du commun.

Alors oui pourquoi pas des primaires pour faire du commun, pour débattre publiquement, pour faire naître cette Gauche dont on a tant besoin et aboutir non pas à la candidature de l’homme ou la femme providentiel mais à l’homme ou la femme qui incarne un projet commun accepté de la majorité des personnes qui participent à ces primaires et souhaitons que des millions de personnes participent à ce débat. Avec un tel objectif politique, cette primaire ne peut pas concerner toutes celles et ceux qui soutiennent les renoncements sociaux, démocratiques et environnementaux du gouvernement actuel.

La Gauche que nous voulons ne peut pas s’accommoder de quelconque renoncements sociaux, écologiques ou démocratiques. Alors osons participer à ce débat, osons dire oui aux primaires, osons écrire une charte de définition des primaires que l’on pourrait faire partager aux adhérents de notre parti le plus rapidement possible. Une charte qui pourrait définir des conditions politiques à la définition du mot Gauche et des conditions d’attitude dans le débat.

Osons débloquer le débat politique en lançant un appel à une primaire d’une Gauche qui veut changer la politique européenne, redonner du sens à la fiscalité et au partage des richesses, s’engager dans la bataille écologique nécessaire à la survie de notre planète , imposer une nouvelle politique pour l’emploi et redonner du sens à notre démocratie et nos institutions. Dans ce débat public, n’ayons pas peur de mettre nos propositions et faisons confiance à notre capacité de permettre un débat constructif, respectueux qui dégagera un candidat à la fin de l’année 2016 pour mener la bataille politique des présidentielles.

En effet, les pièges sont multiples et le résultat incertain mais il me semble que la période n’est en aucun cas à la certitude sauf peut-être : la nécessité de donner un nouvel élan aux idées de progrès et de Gauche !

Débat n°2 : quel sens du combat communiste et quel projet ?

Pas d’avenir sans projet ! Marc Brynhole

L’invitation à écrire un projet de transformation sociale pour la France qu’est le texte « La France en commun » passe maintenant dans sa phase active.

Nous faisons du projet un des trois axes de notre congrès avec une feuille de route claire : dire pourquoi nous agissons ? Exprimer avec la plus grande force et lisibilité dans quelle type de société voulons-nous aller et bien sûr comment y parvenir ?

Avec d’autres camarades du Comité du projet, nous rencontrons actuellement beaucoup de communistes partout où nous sommes invités : pour y présenter la proposition du Comité : « la France en commun » et pour inciter chacune et chacun à s’investir, réfléchir, écrire, participer au travail qui est dorénavant devant nous : franchir une nouvelle étape tous ensemble pour que sorte de notre Congrès un texte de sens qui puisse devenir un outil politique fort au service du rassemblement.

Dans toutes ces rencontres, l’intérêt est là, bien présent, et les débats sont passionnants. Chacune et
chacun sent qu’une pierre d’achoppement de nos difficultés réside aussi dans notre capacité à exprimer  ce qui nous fait agir, et ce dont la France, mais bien sûr l’Europe et le Monde ont besoin pour s’extraire des gravissimes crises qu’elles et ils traversent.

 Identifier les obstacles à franchir, n’est-ce pas déjà s’engager pour chercher réponse ?

Et puis, il y des découvertes qui nourrissent l’envie de se mêler de ce travail. Découvertes, quand, avec une relative simplicité, notre texte fonde notre objectif fondamental sur l’émancipation humaine, face à toutes les dominations. Nous ouvrons, avec cette prise de parti, un vaste et riche débat: quelle place pour les femmes et les hommes dans les décisions, quelles couleurs à la démocratie et à la République si  abimée par les tenants de l’ordre établi ? Quelle Europe et quel monde ? Quelle notion de progrès ?

Intérêts évidents quand les échanges tournent sur notre objectif d’une société débarrassée du chômage et qui met en pleine lumière la nécessité d’y apporter toute la crédibilité des chemins pour y parvenir. On y débat de réindustrialisassions, d’égalité, de culture ou de formation, bref de tout ce ce qui fait la vie des femmes et des hommes. Mais le fait d’en débattre en terme de projet dépasse largement l’exposé de propositions (et il en faut !) Mais ces débats structurent une pensée de changement, lui donne sens et cohérence, globalisent tout étant précis, construit l’imaginaire sur les possibles en donnant envie.

Ces débats sont passionnants aussi sur des questions comme le nouveau mode de développement que
nous promouvons, mariant social, économie et écologie. Les échanges sont extrêmement enrichissants
sur les enjeux de la révolution numérique, et tous les paramètres d’un monde en mouvement….qui peut basculer dans le malheur mais qui offre aussi les points d’appui pour la libération humaine.

Les débats de projets peuvent aider considérablement à sortir du strict examen des seuls constats et nous placer en réponse donc en positif et utiles dans les interrogations sur l’avenir.

Ce travail est en lui-même un début de réponse à TINA ( There is no alternative de Madame Thatcher)
qui veut boucher toute issue à la crise systémique du capitalisme et du libéralisme comme moyen de
gouverner.

Mettre en mouvement des milliers de communistes, mais aussi leurs ami.es, toutes celles et ceux que la démarche intéresse est en soi un acte politique de grande portée.

Je vous y invite avec enthousiasme. A vos plumes….. ou à vos claviers ; c’est au choix, mais ensemble soyons, avec le travail sur ce texte, au rendez-vous et au niveau des changements de ce siècle.
 

Quel sens du combat communiste et quels identifiants de notre projet ? - Marine Roussillon

La qualité de notre intervention dans la société dépend d'abord de notre capacité à définir avec clarté le sens de notre combat. Que veut dire être communiste aujourd'hui ? Pour quoi et pour qui combattons-nous ? Comment donner sens à l'héritage de la pensée marxiste, des combats révolutionnaires et des luttes émancipatrices, dans le contexte d'aujourd'hui ?

Nous sommes les 99% : ceux qui font, par leur travail, leur créativité, la richesse de la France et du monde. Nous nous battons pour reprendre le pouvoir à une minorité, 1 % d'individus, une oligarchie, qui détient désormais la moitié des richesses de l'humanité, nos richesses, pour reprendre le pouvoir sur nos vies.

Crise écologique, prolifération des guerres, montée de l'autoritarisme...: plus personne ne peut ignorer que le capitalisme nous mène à la catastrophe. La peur gagne du terrain et la tentation du repli sur soi est grande. Mais en même temps, dans une société où les savoirs et l'information jouent un rôle de plus en plus important, le partage et la mise en commun tendent à s'imposer comme les solutions les plus efficaces.

Il y a dans le capitalisme d'aujourd'hui les germes d'un autre modèle de société. A nous de les faire grandir.

Pour cela, il nous faut porter des propositions capables de transformer radicalement la société. Mais cela ne suffit pas : il nous faut rendre ces propositions majoritaires pour prendre le pouvoir. Notre congrès peut y contribuer en répondant à deux questions : quelles sont les positions originales que nous sommes les seuls à porter et qui permettent de nous identifier ? Quelles sont les batailles qui peuvent nous permettre, dans l’année à venir, de réaliser l’alliance entre les couches les plus populaires du salariat et les couches moyennes cultivées ?

En défendant le droit à un emploi qualifié pour tous, en luttant dans un même mouvement pour le développement de l’emploi, celui de l’éducation et de la formation, en posant la question des emplois de l’avenir, ceux qui seront utiles à la société parce qu’ils répondront aux nouveaux défis sociaux et environnementaux, nous pouvons rassembler dans un même combat les jeunes confrontés à la précarité et au chômage et les travailleurs qualifiés qui craignent les effets de la crise sur leur travail. C’est l’objectif que doit se donner notre bataille sur l’emploi.

À ceux qui veulent réussir, construire une vie meilleure pour eux et leurs enfants, comme à ceux qui craignent de voir leurs conditions de vie se dégrader, nous disons que la solution n'est pas de "travailler plus pour gagner plus", d'être toujours plus rentable, plus compétitif que le voisin, dans une guerre économique sans fin. La dictature de la rentabilité épuise les hommes et la planète. Elle conduit le monde à sa perte. Au contraire, nous voulons rendre notre travail et nos richesses utiles pour répondre aux besoins des hommes et aux défis écologiques. Cela suppose de développer les services publics, d'en conquérir de nouveaux, et de reprendre le pouvoir sur la finance.

L'aspiration au respect, à l'égalité, est largement partagée. Elle est trop souvent instrumentalisée pour nous opposer les uns aux autres. Nous affirmons au contraire que la construction de l'égalité passe par la mise en commun : le développement de services publics universels, le partage des cultures dans une nouvelle culture commune, le combat non pas pour telle ou telle identité mais pour une société libérée de toute forme de domination.

Face à la crise démocratique, assez de donneurs de leçons ! Aux abstentionnistes, aux déçus de la politique, à tous ceux qui n'y croient plus, disons clairement : oui, vos voix ont été détournées, manipulées, utilisées par des ambitieux qui ne servent qu'eux même et leur clique. Est-ce une raison pour vous taire ? Nous sommes le parti de ceux qui veulent reprendre le pouvoir sur leur vie. Cela ne peut se faire que collectivement : mettons nos forces en commun pour transformer la République, faire entrer la démocratie dans l'entreprise, refonder les institutions nationales, européennes et internationales.

Après les attentats de l’année dernière, nous sommes la seule force politique au sein de la représentation nationale à se mobiliser pour la Paix. Le chaos du monde est la conséquence de la course irresponsable au profit et du pillage de la planète. Nous affirmons que la sécurité, c'est d'abord la paix, et que le combat pour la paix est un combat contre le capitalisme, un combat pour la coopération et le partage. Même si nos positions ne sont pas aujourd'hui majoritaires dans la société, elles sont d'ores et déjà des points de repère pour tous ceux qui cherchent une réponse aux peurs qui traversent le pays. Défendons les clairement.

 

Ces débats qui nous traversent – Guillaume Roubaud Quashie

Un congrès du Parti communiste, c’est le moment, face aux problèmes mis à l’ordre du jour par l’état de notre monde, d’approfondir, d’instruire voire de trancher des débats qui nous traversent. Ceux-ci, et c’est bien normal, sont nombreux. Dans le mince espace ici alloué, je n’en évoquerai – à la serpe, si ce n’est la hache… – que deux.

La question écologique

La question écologique est chaque jour politiquement plus centrale. L’enjeu est massif, des évolutions climatiques aux graves pollutions de tous ordres. La prise de conscience est large et touche ici des millions de personnes – des centaines de millions, de par le monde. Les dizaines de milliers de communistes sont-ils présents sur ce terrain majeur, bataillant dans le même sens ? Tendanciellement oui, sans doute, et le travail actif de la Commission Écologie y aide résolument. Pour autant, soumis aux vents dominants de l’idéologie dominante, certains ne sous-estiment-ils pas cette question vite rangée au rayon « bobo », quand d’autres finissent par se laisser séduire par les sirènes malthusiennes d’une certaine « décroissance » qui associe « productivisme » et « capitalisme » ? Il faut dire que les journalistes y vont rarement par quatre chemins associant Parti communiste et productivisme. Productivistes, nous ? Antiproductivistes, alors ? Et si la question était mal posée ?

Soyons clairs, le capitalisme n’a qu’une boussole : l’augmentation du taux de profit. Cela le pousse à produire bien des marchandises inutiles, dès lors qu’elles peuvent être sources de profits (et c’est la criminelle obsolescence programmée qui épuise tant les ressources naturelles que celles et ceux qui se tuent à produire ces biens inutiles) ; mais cela le pousse aussi à ne pas produire des biens et à organiser la rareté si celle-ci lui est profitable (des médicaments génériques pour la trithérapie à toutes les spéculations alimentaires (techniquement, nous pourrions nourrir la planète, si la loi d’airain capitaliste ne condamnait pas à la famine tant et tant d’êtres humains !). La question que nous pose le capitalisme n’est donc vraiment pas celle du productivisme, tant la logique productiviste du « produire pour produire, n’importe quoi, n’importe comment » lui est résolument étrangère. Quel beau cadeau lui faire que de le présenter comme le système qui assure l’abondance à tous et chacun quand il mêle sinistre gaspillage et criminelle pénurie ! Le difficile de notre tâche est de formuler une position politique qui sorte à la fois de la logique actuellement mise en œuvre (la logique capitaliste) et en même temps des logiques métaphysiques qui hantent bien des réflexions (la fameuse alternative : produire plus ou produire moins). Il nous faut décaler la question pour la penser au regard des possibles du monde réel et des principes émancipateurs.

Ainsi, notre position politique en matière d’écologie ne doit-elle pas fondamentalement reposer sur la notion de « besoins » ? Si ce sont les besoins humains que nous mettons au cœur, dès lors, tout peut se réarticuler : produire plus, produire pour produire ? Folie hors sujet ! Produire moins, y compris là où il manque tant ? Déraison tout aussi hors sujet. Démocratiser la production pour l’orienter en fonction des besoins humains, en l’inscrivant dans le même mouvement dans une perspective de long terme, prenant en compte le caractère fini des ressources terrestres. N’est-ce pas là le véritable défi écologique, économique, social et politique de notre temps ? Autrement dit, penser ensemble, dialectiquement, les questions écologique, sociale, économique et politique : n’y a-t-il pas là matière à petits, moyens, grands, immenses projets utiles et nécessaires ?

La République, la France, l’identité.

La République, la France, l’identité. Ces thèmes sont l’axe fort de l’assaut des droites. La France, disent-elles en chœur : elle est chrétienne et blanche. Les historiens riront peut-être de ces affirmations proférées au moment même où notre peuple correspond sans doute le moins à ce portrait (qui n’a de toute façon jamais été le sien). Il n’y a pourtant pas encore matière à rire car le succès de cette très inquiétante campagne tient, pour une bonne part, à ce que les forces de gauche – du NPA au Parti socialiste – n’opposent pas une vision aussi cohérente de la question. Quand le Front national associe nationalité, couleur de peau et religion, certains, à gauche, par esprit d’inversion mécanique, reprennent les mêmes catégories mais inversent les valeurs.

Exemple : il y a 6 millions de musulmans, donc de gens foncièrement différents de nous, dit-on à l’extrême droite, chassons-les ! Certains répondent : oui, il y a 6 millions de musulmans, foncièrement différents de nous, proclamons et fêtons leur identité principiellement autre ! Et voilà comment les meilleurs ennemis sont amenés à créer deux belles catégories étanches : « nous », les Français, non immigrés, blancs et non musulmans et ces 6 millions d’Autres, ramenés à une essence profonde, leur religion… supposée ! Car d’où sort ce chiffre qui revient comme un serpent de mer ? Il vient des un peu plus de 5 millions de personnes en France qui viennent du Maghreb. Mais, si on veut bien regarder les choses en face, c’est très (très !) différent ! Parmi ces millions d’immigrés, nombreux ne sont pas musulmans et nombreux sont français ! Ils ne forment pas un bloc : entre l’ancien ouvrier agricole devenu ouvrier il y a 50 ans, le fils de ministre venu en France pour ses études, l’émigré qui vient d’arriver en France et celui (qui n’est pas de ces millions démographiques mais qui est de ces millions symboliques que l’extrême droite (notamment) a en tête) qui, né en France, ne connaît qu’elle, quel monde !

Il y a dans cette façon d’enrégimenter tous les immigrés derrière la bannière de l’Autre Musulman quelque abject relent de colonialisme, quand l’administration française établissait deux catégories d’habitants de l’Algérie, les « Européens » (sic) et les FMA (Français musulmans d’Algérie), que ceux-ci soient musulmans ou non (l’administration coloniale aussi retorse que Finkielkraut et Zemmour avait inventé, pour parler de certains chrétiens kabyles la notion de « Français chrétiens musulmans d’Algérie » !). Je pense que beaucoup d’entre nous ne se rendent pas compte de la violence en ce moment déchaînée sur ce thème : entre l’appel haineux à l’expulsion qui vous rend responsable de tous les maux et la bonne conscience folklorisante qui vous repeint en imam du VIIe siècle, quel cocktail !

Un mot encore, car la médaille a deux faces : 1) ce discours a des effets puissants sur ceux qu’il désigne, qualifie, définit 2) il a des effets non moins terribles sur ceux qu’il regroupe par effet mécanique de délimitation de cet Autre : créer un « eux » musulman, c’est en même temps créer un « nous » chrétien, regroupant salariés et grands patrons dans ce même clan fâcheux… Quand la lutte des classes est travestie en « lutte des races », le pire est certain. On rappellera, au passage, que c’est très littéralement le sillon que creusa, naguère, Hitler (Mein Kampf est une lecture pleine d’instructions : ce n’est pas pour rien que le communiste Vilner, qui devait participer à la création du MRAP à la Libération, entreprit sa traduction et son édition critique dès avant la guerre et que Maurice Thorez en lisait des passages entiers dans ses meetings des années 1930). Bref, la question là encore est complexe mais urgente et l’idéologie dominante souffle à pleins poumons, de tous côtés.

Contre le racisme qui discrimine et tabasse, contre l’assignation identitaire qui enferme et renforce les réactionnaires de tous poils, il faut faire cesser cette communautarisation à fondation religieuse de la vie politique et sociale qui étouffe les libres richesses individuelles et asphyxie la lutte des classes. Qu’ils le veuillent ou non, la France de 2016 est de toutes les couleurs : ni de 2 ni de 3 ni de 4 couleurs mais de 1 001 couleurs car les races n’existent pas et, pour notre plus grand bonheur, les draps de l’amour assurent un infini et permanent brassage général (à l’exception, peut-être, de quelques branches malades de la noblesse vendéenne…). La République que nous voulons, fidèle à celle de Robespierre n’a ni couleur de peau ni religion ni arbre généalogique dont les racines (?) seraient enfouies depuis X générations (combien en faudra-t-il ?) dans tel ou tel terreau du pays. Laïque et sociale, elle a besoin de toutes et tous. Notre combat contre le racisme – enjeu décisif pour qui entend mener, toutes forces unies, le combat de classe – est donc rassembleur et fraternel, il n’en doit pas moins être résolu et conquérant et sans doute sommes-nous, dans la confusion galopante de la période, bien en-deçà de ce que la situation appelle… et sans doute bien en-deçà de notre riche histoire.

Évidemment, il faudrait aborder bien d’autres questions tout aussi urgentes : comment effectivement rassembler l’ensemble des salariés, à l’heure où, actifs et retraités confondus, il n’y a sans doute jamais eu tant d’ouvriers dans ce pays et jamais moins dans les forces politiques – dont la nôtre, de la base au sommet ? Mieux, quelles mesures (politiques, organisationnelles, discursives) prendre pour unir l’ensemble des salariés et ce petit peuple des indépendants que le capitalisme, après les avoir éradiqués en deux siècles, fait soudain ressurgir pour contourner les conquêtes sociales obtenues de haute lutte par les salariés (cf. UBER, auto-entrepreneurs, etc.) ? Comment déployer, à présent que les débats sclérosants des années 1990 sur « la forme Parti » sont derrière nous, un parti communiste de l’efficacité militante, de l’action coordonnée ? Oui, le monde tel qu’il va appelle décidément un grand congrès communiste : nous n’aurons pas trop de quatre mois de travail déterminé pour le lui offrir.

Débat n°1 : Quelles initiatives du PCF en direction des classes populaires ?

Reconstruire du lien social, politique et idéologique

La dégradation de la vie des classes populaires est, avant tout, le résultat des politiques libérales menées depuis trente ans, c’est-à-dire le résultat de la lutte de classe menée par les classes dominantes. Des classes qui vivent par ailleurs une ségrégation spatiale et des discriminations insupportables.Pour ces classes, la société se vit en «  eux »et « nous », mais le « eux »ce ne sont pas les classes dominantes, le « eux » ce sont les immigrés, les bobos, les fonctionnaires, les migrants, les roms, les intellectuels, les assistés, les habitants des villes ou ceux des banlieues…. Alors que les divisions sont aussi importantes, comment reconstruire une conscience de classe dans les milieux populaires ? Cela pose bien sûr la question de notre projet politique et de notre travail de rassemblement mais mon propos se concentrera plutôt sur le « comment » : de quels types de pratiques politiques avons-nous besoin pour reprendre pied dans les classes populaires ?

Regagner le coeur des classes populaires

Les mutations de la société ainsi que celles du monde du travail ont modifié en profondeur les classes et les quartiers populaires. Le lien PCF / classes populaires a perdu de son évidence.

La question est donc aujourd'hui de travailler à recréer ce lien. C’est une question essentielle à l’aboutissement de notre projet politique puisqu’ un combat pour une société de partage des richesses sans les classes populaires n’aurait pas de sens.

Le premier constat est que nous ne sommes pas identifiés à de grandes idées (comme le FN est facilement identifié au combat contre l’immigration). Nous devons travailler notre projet pour que nous soyons identifiés à des perspectives d’une vie meilleure pour les classes populaires. L’espoir d’un monde meilleur est pourtant le moteur de la mobilisation des classes populaires.

Les quartiers populaires

Historiquement implanté dans les villes populaires, le PCF conserve un lien important et indispensable avec les quartiers populaires. Dans le Rhône, les deux villes à direction communiste –Vénissieux et Givors- sont, sans grande surprise, des villes de banlieue.

Toutefois, force est de reconnaître une érosion à la fois de notre implantation dans les quartiers populaires, et, de notre capacité à nous adresser à l’ensemble de la population de ses quartiers.