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36e congrès - Le texte - Il est grand temps de rallumer les étoiles

Les statuts du PCF adoptés au 36e congrès

Discours de clôture par Pierre Laurent

Journal CommunisteS n°507 - Spécial 36e congrès - 13 février 2013

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TRAVAIL OUVRIER ET PRATIQUE DE LA SOLIDARITÉ FACE À L'EXPLOITATION SONT LES VÉRITABLES SOURCES DE LA CULTURE DE L'ÉGALITÉ par Francis Brefort

Depuis longtemps (1789 ?) l'égalité entre humains nous paraît être un dû… théorique ? Avant tout, elle reste toujours un combat ! Et le titre ci-dessus, qui pourrait sembler un peu long, ouvre des précisions. Il faut ici l'expliciter, aussi simplement que possible.

 

Un rappel : l'interview de Jacques RANCIÈRE (L'Humanité Dimanche du J.25.10.2012, pp.44/45)

L'une des phrases-clés en est : "L'égalité n'est pas un futur promis. Elle est un point de départ qui définit le sens de ce que l'on fait". L'ensemble de l'article, avec ses commentaires ou ses annexes (entre autres sur l'esprit d'ouverture délibérée, les idées du socialisme, la laïcité et son dévoiement, l'émancipation "notamment des ouvriers"), a percuté mon expérience de vie, professionnelle, sociale, communiste militante, et déclenché en moi comme une nécessité de vous livrer ces quelques réflexions à la rencontre des vôtres. D'autant plus que si je trouve vivante et étoffée la base commune de discussion pour notre 36ème Congrès, je trouve que le principe de l'égalité doit y être vivifié beaucoup plus concrètement. Une remarque : même si l'intervieweur me dit de J.Rancière "sa rupture avec la science marxiste", je trouve cette formule bien excessive en raison même des idées exposées et elle ne saurait en rien constituer un obstacle à la pensée ni à l'action… Prenons, pesons, écoutons, discutons et agissons.

 

Autre rappel – permettez-moi - sur le cas de mon expérience personnelle s'insérant progressivement dans la lutte des classes : dans celle de la classe ouvrière d'aujourd'hui

Né en 1923, élève interne au lycée d'Arras (33-40), élève interne en maths spéciales au lycée de Lille (40-43) occupé aussi par des troupes allemandes, ouvrier-mineur par obligation (43-44), mobilisé toute l'année 1945 ("classe 43"), élève-ingénieur à Grenoble et salarié en usine (46-47), j'ai exercé la fonction d'ingénieur chez JOYA (groupe Bouchayer-Viallet, 1948 à 59) où j'ai été licencié pour mes idées syndicales. À partir de 1960, j'ai été ingénieur à la production, Service Aimants, et responsable de personnels à la SECEMAEU à Grenoble (groupe Ugine, puis P.U.K., aujourd'hui disparu, mais pas la fortune des gros actionnaires).

 

Je peux aujourd'hui affirmer que c'est la classe ouvrière, par son comportement au travail en toutes circonstances et ses multiples combats sociaux et humanistes, au service et au bénéfice de tous, qui m'a appris l'égalité. C'est ce qui m'a fait militer, maintenant dans tous mes échanges depuis quelques années, pour la nécessité de l'égalité entre humains, en essayant de m'adapter à chaque situation ressentie, mais aussi en m'appuyant toujours sur les capacités diverses de chacun, que la société empêche – par système – de se développer, et même de naître : "Ayez confiance en vous-même, cultivez vous-même vos capacités, et aussi informez-vous, vous verrez que nous sommes très nombreux à avoir en commun nos intérêts vitaux essentiels. La diversité, c'est par principe la vie même, et cultivons-la. Mais aussi, nos intérêts communs et le respect de la diversité (dans l'égalité de partage des biens communs) sont nos deux armes principales pour nous rassembler, battre la domination de la finance et toutes les autres dominations".

Cette détermination, à mon avis, provient de l'éclairage apporté avec le temps par l'action collective syndicale CGT – j'y ai adhéré en 1953 – et développé par le cheminement des idées politiques et actions communistes du PCF – j'y ai adhéré en 1963 -. Bien que seul ingénieur de ces idées et actions, qui est plus est de fabrication, dans l'entreprise, comme à ses portes en compagnie de salariés, ou dans des activités extérieures, il est certain que ce sont ces idées et actions de la classe ouvrière, de l'époque et à travers le temps (pensons au moins à la Résistance et au Programme du C.N.R., comme aux résistances d'aujourd'hui si difficiles), qui m'ont aidé à tenir : je n'ai pas fini de m'acquitter de ma dette. Mais c'est cela qui comble ma vie.

Sans doute, l'égalité, j'y avais goûté avant, avec mon père instituteur du Pas-de-Calais qui prônait l'égalité dans le savoir, rendait visite à tous les parents pour les convaincre de pousser leur enfants dans leurs études au maximum de leurs moyens, et organisait chaque jour son tableau noir avec, en exergue, souvent une phrase de morale laïque et une d'instruction civique. Avec aussi ma mère qui me disait "Mon fils, défends-toi dans la vie de ceux qui voudraient t'en imposer : tu n'es supérieur à personne, mais inférieur non plus !"

 

Classe ouvrière : évolution et pérennité ; lutte et conscience de classe

Face à la violence fondamentale de la domination et de l'exploitation capitalistes, la classe ouvrière, par ses objectifs même et par les deux critères de base qui la caractérisent, productrice des richesses matérielles et en rien propriétaire de moyens de production, mène en retour une lutte de classe exemplaire pour toute la société humaine. Bien sûr, avec l'évolution scientifique et technologique, cette classe change dans ses contours et inclut pour l'essentiel les ouvriers – en activité ou chômeurs -, les employés en grande majorité, la quasi-totalité des techniciens, jusqu'aux ingénieurs affectés à la fabrication ainsi participants des "collectifs de travail". Cela avoisine 45% de la "population active". On peut cependant réfléchir à la conscience de classe que certains de ses éléments peuvent perdre s'ils possèdent quelques "petites actions en Bourse" ou par exemple un ou des logements secondaires pour les louer ou spéculer au-delà de leurs revenus professionnels.

Mais énumérons quelques immenses services obtenus par le mouvement ouvrier et bénéficiant dans la plus totale solidarité aux autres salariés et parfois au peuple entier : augmentation des salaires, des congés, de la sécurité au travail, des droits syndicaux ; instauration et défense de la Sécurité Sociale, progrès sociaux dans la Santé, les services publics, avec tous les apports pour l'emploi.

 

Les biens communs, qui nous sont dus, en partage à chacun dans l'égalité

Il s'agit des biens communs nécessaires à la vie de tout le monde, et qui nous sont volés par la domination capitaliste,

- en provenance du monde naturel (tout en protégeant leur qualité) : l'eau, l'air, la terre et le sous-sol, l'énergie dont ils peuvent être la source ; 

- acquis depuis l'origine par le développement collectif des activités productives humaines et devenus un service au plus grand nombre : l'éducation, la santé, les transports sur les lieux de travail, les inventions et progrès scientifiques obtenus par nos ancêtres communs (car, du fait de l'unicité de la race humaine, qui pourrait affirmer qu'en remontant plusieurs générations nos ancêtres ne nous sont pas communs) et donc les moyens de production, un emploi tout au long de la vie et la formation évolutive nécessaire, l'information complète, les communications et les services publics.

 

Quelques conclusions

Réaffirmons encore : "L'égalité n'est pas un futur promis. Elle est un point de départ qui définit le sens de ce que l'on fait". D'où les réflexions suivantes.

1°) L'égalité, point de départ dans notre projet de société et nos propositions : 

Je ne développerai pas, car c'est bien ce qu'en général je retrouve par exemple dans nos propositions concernant une nouvelle Constitution, ou sur les plans économique, social et politique. Quoique ce soit ici et là à affirmer d'entrée encore plus clairement.

2°) L'égalité, point de départ dans nos échanges militants avec la population, ou dans nos rencontres personnelles, professionnelles, sociales ou autres dans quelque domaine que ce soit : 

Je pense, à l'expérience de ces dernières années, qu'il est vraiment possible d'affirmer progressivement une attitude personnelle qui, de fait, revendique auprès de notre interlocuteur, avec ses propres compétences, une "égalité citoyenne". Celle-ci permet de formuler nos idées et choix personnels, fait toucher du doigt l'égalité réciproque, en donnant au dialogue une vraie consistance que découvre lui-même l'interlocuteur.

Avec un intellectuel imbu de sa supériorité, ou de son label de maître à penser en tout domaine et non seulement dans sa matière de formation, ce n'est pas toujours immédiat. Mais cela paie. Et peut se pratiquer avec des technocrates, ou des spécialistes scientifiques, et d'autres bureaucrates impénitents. Il y a lieu de ne pas hésiter à s'affirmer auprès d'eux sans trop attendre, pour pouvoir progresser et mieux arriver à s'entendre, à se respecter, mutuellement : rendre plus compréhensifs les deux interlocuteurs...

La démarche est bien plus aisée et s'empreint de fraternité avec des êtres non encombrés d'idées de pouvoir ou de supériorité, ce qui est heureusement fréquent, réjouit et communique l'espoir : au-delà des différences de parcours et de situations sociales, encourager son interlocuteur à croire en ses propres capacités et à les développer, tout en renforçant en lui la perspective des possibles "tous ensemble".

3°) Il nous faut donc choisir (je citerai ici J.Rancière et reprends à mon compte) : "Penser, parler et agir en présupposant qu'on s'adresse à des égaux en intelligence, au lieu de penser qu'on s'adresse à des imbéciles à qui il faut apporter la science et qu'il faut guider",

Vérifions l'égalité par nos actes et permettons aux autres d'en faire la preuve pratique. Tous les humains sont à même de philosopher, de penser, de participer au gouvernement de la cité, et au partage du monde.

Merci donc à la longue lutte de la classe ouvrière pour ce qu'elle concrétise : l'égalité, la fraternité, la liberté même ainsi partagée. Ce qui représente pour moi le communisme. En effet, dans le refus de toute domination, où que ce soit, et le respect de la diversité humaine naturelle, il se fonde sur le partage égal du bien commun, pour un bonheur commun, permettant sur ces bases à chacune et chacun d'envisager, rêver et bâtir à son goût son bonheur personnel.

Et avec toute la force et l'urgence de rassembler qui lui sont maintenant nécessaires : vive la vie !

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