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36e congrès - Le texte - Il est grand temps de rallumer les étoiles

Les statuts du PCF adoptés au 36e congrès

Discours de clôture par Pierre Laurent

Journal CommunisteS n°507 - Spécial 36e congrès - 13 février 2013

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Vivre et lutter ensemble, riches de nos différences par André Landrain

La base commune de discussion appelle à combattre tout discours ethnicisant  la société, remplaçant les luttes de classes par des conflits de « races », de cultures, d’origine, par une opposition entre « français de souche » et immigrés ou « héritiers de l’immigration ». Des questions en effet des plus urgentes à débattre, sur lesquelles toute capitulation idéologique et politique d’un gouvernement de gauche, face à la droite de la droite et au FN, constituerait un danger aussi grave que la politique économique néo-libérale de capitulation devant le grand patronat et les marchés financiers.  

Racisme, xénophobie… pas plus acceptable que sous Sarkozy !

Nous n’avions peut-être pas encore, sous Sarkozy, connu le pire, en matière de propagation des préjugés et des phobies, de la peur, de la haine de l’autre, sous prétexte de sa couleur, de sa religion, de sa nationalité, de son lieu d’habitation, et, pour les Rroms en particulier, en raison même des conditions indignes dans lesquelles des discriminations font vivre des milliers d’entre eux. Une grande partie de la droite fait siennes les thèses xénophobes du Front national, et le gouvernement social-libéral emboîte le pas du précédent. L’amalgame est constant, avec Manuel Valls comme ministre de l’Intérieur, entre immigration, Islam, délinquance, terrorisme… Le droit à la sécurité, sociale et républicaine, est mis à mal par le système capitaliste en crise pour ceux qui en sont les victimes, travailleurs salariés ou privés d’emploi, habitants de quartiers populaires urbains ou relégués loin des villes. Pas plus que sous Sarkozy, la mise en scène obsessionnelle de mesures « sécuritaires », de traques de « l’ennemi de l’Intérieur », de dénonciation de l’étranger « communautariste» ou « clandestin », d’expulsions de familles Roms, ne peut évidemment en rien changer la mal-vie dans les banlieues. Elle ne peut au contraire que créer ou attiser des tensions entre ceux qui y vivent.

  La stigmatisation, la mise sous contrôle policier, les contrôles d’identité au faciès, les discriminations notamment pour l’accès à l’emploi, selon l’origine de son nom, son lieu d’habitation, aggravent les conséquences du chômage massif, des bas revenus des familles, du système scolaire inégalitaire, du manque de logements sociaux et de leur répartition ségrégative … Des personnalités en construction en sont profondément déstructurées, entre recherche d’une identité fantasmée, modèle libéral individualiste illusoire de l’argent roi, terrible humiliation de se sentir exclus et méprisés, réduits à la « débrouille ». Des milliers de jeunes sont en danger, proies rêvées de réseaux mafieux dont les vrais parrains ne vivent pas en HLM : une affaire récente, brièvement mise à la une des médias, a montré  à qui profite par exemple l’argent de la drogue, blanchi dans des paradis fiscaux.
(Re ?) conquérir une « hégémonie » de nos valeurs dans les cités populaires, faire de leurs habitants des citoyens actifs, majoritairement convaincus qu’investir la politique c’est possible et utile pour changer la vie, cela ne pourra pas se faire par des références nostalgiques au passé, ni seulement par des discours venus seulement de l’extérieur,  mais par une décision politique d’y investir des forces humaines et des organisations militantes de proximité, prenant des initiatives et travaillant avec les réseaux professionnels et associatifs qui y sont actifs.

Qu’est-ce qu’être citoyen ? qu’est-ce qu’être français ?

Nous devons réaffirmer et approfondir notre conception ouverte de la nation,  travailler le concept de citoyenneté de résidence, dont le droit de vote des étrangers résidents est une composante essentielle. La campagne pour gagner le droit de vote et l’éligibilité des étrangers résidents pour les municipales de 2014 doit mobiliser tous les communistes, aux côtés de militants d’autres forces de gauche, de syndicats, d’associations, de personnalités, qui sont aussi déterminés que nous à ne pas lâcher, à ne pas permettre que cet engagement soit encore une fois trahi. Ce qui ne s’oppose en rien à la bataille à mener pour un droit du sol intégral et pour faciliter, pour ceux qui sont nés ailleurs et qui le veulent, l’acquisition de la nationalité française.
  Les générations d’immigré-e-s successives qui ont constitué le peuple de France jusqu’à nos jours se sont-elles fondu-e-s, « assimilé-e-s » ou « intégré-e-s » dans un génie français originel à valeur universelle, ou au contraire notre nation comme les autres, nos valeurs, notre culture, sont-elles le produit sans cesse enrichi de l’apport de cultures, de valeurs différentes ?  Les « vrais français » seraient-ils tous coulés dans le même moule que leurs mythiques ancêtres les Gaulois ? Leur identité serait-elle éternelle depuis le baptême de Clovis ? La Révolution française de la fin du XVIII ème siècle a produit une conception politique, ouverte, de la nation et de la citoyenneté, et la devise « liberté, égalité, fraternité »,  en rupture avec ces fables aristocratiques de l’Ancien régime destinées à pérenniser privilèges et dominations. Mais cet héritage est continuellement à actualiser : conquête du suffrage universel masculin au XIX ème siècle, seulement au milieu du XX ème siècle pour les femmes…
 Notre pays a aussi hérité du racisme colonial, de cette idée, toujours présente, que la République et la civilisation françaises seraient des modèles tellement universels qu’il serait légitime de les imposer par la conquête armée à d’autres peuples, forcément beaucoup plus sauvages, et que ces barbares, sauvés parce qu’asservis à nos intérêts impériaux, ces indigènes plus ou moins francisés, ne pourraient qu’en être reconnaissants. Bien sûr, le discours a commencé à changer : plus question, comme sous Sarkozy, de vouloir imposer l’enseignement des bienfaits de la colonisation. La reconnaissance, même timide, du massacre du 17 octobre 1961, peut-être bientôt d’autres crimes commis il y a plus d’un demi-siècle, par le Président de la République, sont des avancées. Mais le colonialisme, encore revendiqué comme passé glorieux notamment par le FN et une partie de la droite, a produit un racisme et une xénophobie à la française, relancé aujourd’hui par l’échec d’une construction européenne sous la coupe du capital financier, qui alimente un nationalisme étroit, hostile au reste du monde.
  La peur de l’islamisme est l’argument à la mode  pour s’opposer au droit de vote des étrangers comme à la fin des humiliantes conditions qui empêchent encore un grand nombre de ceux qui le demandent d’obtenir la nationalité française. Choc et guerre des civilisations entre l’Occident et l’Orient, entre chrétienté et Islam, remplacent l’affrontement entre l’Ouest et l’Est, entre libéralisme et « communisme », dans une conception du monde qui ne peut paraître cohérente que parce qu’elle construit un ennemi mortel. Or, il est des intégrismes qui portent atteinte aux libertés et à l’égalité dans toutes les religions, - le refus du droit au mariage pour tous, dont il ne s’agit pas de priver seulement leurs fidèles, le montre -, et il n’en est aucune dont ne se soient réclamés de dangereux fanatiques. Il est aussi, et heureusement, bien d’avantage de femmes et d’hommes de progrès qui sont des fidèles de ces religions, y compris bien sûr de l’Islam.  Notre conception de la laïcité garantit l’indépendance des institutions de la République par rapport aux  instances religieuses, quelles qu’elles soient, et elle respecte toutes les croyances et les cultes, bien sûr à condition qu’ils ne contreviennent pas aux droits de la personne humaine et aux lois de la République, ce qui est valable pour toutes les religions et les idéologies. La laïcité ne peut pas être déformée en islamophobie sans nier ses principes mêmes, qui sont à défendre contre toutes les tentatives réactionnaires pour les affaiblir.
 
 Construire une mémoire commune, critique et partagée de notre histoire, avec les peuples et avec toutes les composantes de notre peuple ;  agir, coopérer   en solidarité avec les peuples du monde, contre la mise en concurrence des salariés, contre tous les fléaux du capitalisme mondialisé, sont nécessaires pour faire vivre notre nation comme espace d’exercice de la démocratie, de souveraineté populaire.

 Cette question de la nation et de la citoyenneté renvoie au fond à notre conception de l’être humain. Voudrions-nous être tous formatés à l’identique, ou voudrions-nous être définis comme seulement homo economicus, seulement selon son  origine sociale ou géographique,  seulement comme athée ou croyant, seulement comme appartenant à un sexe, à un genre, seulement comme héritier d’ancêtres nés en France ou comme héritier de l’immigration, seulement selon la couleur de notre peau ou nos choix vestimentaires… ?
Nous sommes tous porteurs au contraire d’identités plurielles qui constituent notre personnalité originale et unique, c’est ce qui rend possible l’engagement communiste pour l’émancipation de la personne humaine. C’est ce qui fait qu’il est possible de vivre et de lutter ensemble, riches de nos différences, riches d’une culture commune vivante de l’apport constant des générations nouvelles.
 Le XXIème siècle est celui d’une révolution informationnelle sans frontières. De plus en plus de jeunes, citoyens de nationalité française, veulent vivre aussi en citoyens du monde. Les entraves à la libre circulation des êtres humains  sont des anachronismes.

Solidarité avec les migrant-e-s, régularisation des sans papiers : on ne lâche rien !

Notre engagement pour la régularisation de tous les sans papiers est plus nécessaire que jamais. Les grèves de milliers de travailleurs ont changé la dimension de la lutte pour leur régularisation, avec l’engagement syndical qui en fait une affaire de droit des salariés, mettant en évidence que c’est d’une lutte de classe qu’il s’agit. Le Réseau Education Sans Frontières a réussi à faire de la régularisation des jeunes majeurs scolarisés, des familles d’enfants scolarisés, une grande cause nationale. Notre apport communiste est de montrer, dans les débats qui animent les militants des collectifs de sans papiers, que cela n’en donne que plus de force et de sens aux revendications d’égalité et de conquête de droits de la personne humaine dont cette lutte est porteuse, incluant liberté de circulation, droit à la vie privée et familiale...La circulaire envoyée en novembre aux préfets par le ministre de l’Intérieur tient partiellement compte des revendications portées par des luttes, mais elle est conçue pour ne pas permettre davantage de régularisations que les années précédentes. L’essentiel serait de tenir le rythme d’expulsions du territoire, affichage absurde, d’autant que l’on sait que ce sont les Rroms qui fournissent un gros contingent des expulsés, alors que ressortissants d’Etats européens, ils ont toute liberté de revenir. Laisser l’immigration, comme la sécurité, dans les attributions du Ministre de l’Intérieur, c’est continuer un amalgame insupportable, et une agitation politicienne sans efficacité autre que celle d’alimenter le discours de l’extrême droite.

Le droit d’asile est institué par le droit international pour les personnes victimes de guerres, de tortures, de traitements inhumains. L’OFPRA et sa cour d’appel doivent avoir les moyens d’examiner toutes les demandes, tous les recours, sans ingérence ni pression des autorités de l’Etat, des politiques migratoires des gouvernements. Raccourcir les délais pour accorder ou non le statut de réfugié est nécessaire, il faut pour cela créer des emplois qualifiés. Mais cela ne doit pas réduire les possibilités d’être entendus et écoutés dans les meilleures conditions. Un hébergement, une assistance, des ressources matérielles sont indispensables pour les demandeurs d’asile, qui devraient pouvoir avoir accès à un emploi salarié.
 
Si l’opposition inventée par Sarkozy entre « immigration subie » et « immigration choisie » n’existe plus dans les mots utilisés par le gouvernement, l’idée de quotas reste présente pour la préparation d’une nouvelle loi sur l’entrée et le séjour des étrangers. Au siècle dernier, l’armée française recrutait en Afrique, de gré ou de force, des soldats pour faire la guerre. Le  patronat organisait l’immigration massive d’une main d’œuvre, supposée docile, depuis les colonies et les ex-colonies. Aujourd’hui, considérer l’immigration comme une variable d’ajustement déshumanisée aux besoins du pays, comme une main d’œuvre jetable, ça devrait indigner tous les citoyens.
Encore plus insupportable : l’édification d’une Europe forteresse, grande ouverte aux marchandises et aux spéculations financières, mais fermée aux migrants ; les milliers de morts dans la Méditerranée ;  le chantage fait à des pays voisins qui hérissent leurs territoires de camps d’enfermement pour les migrants qu’ils capturent, quand ils ne les massacrent pas ; les réseaux mafieux de traite d’humains que ces murs  font vivre…

Un travail de déconstruction des discours « anti-immigrés » est nécessaire.

Non, la France ne risque pas d’accueillir « toute la misère du monde » ; régulariser les sans papiers, ce ne serait pas créer un « appel d’air », une « invasion ». Toutes les études des phénomènes migratoires montrent que leurs courants principaux se font entre pays pauvres, et que les plus pauvres des habitants de la planète restent de fait assignés à résidence. Une récente enquête de l’INSEE montre que la France accueille moins de nouveaux migrants que la moyenne des autres pays riches, en proportion de sa population. La même enquête montre que ce qui pose un réel problème pour la France, c‘est l’inégalité dans l’obtention de diplômes et dans l’accès à l’emploi qui frappe en particulier des garçons classés comme « immigrés de deuxième ou troisième génération »,  dont les familles sont originaires de certaines ex-colonies. Comment expliquer, autrement que par des discriminations dont ils sont victimes, ce qui n’est pas un problème d’immigration, mais une injustice de notre société à combattre ?

Non, ce n’est pas le « coût de l’immigration », pas plus que le « coût du travail », qui explique la crise de notre économie ; ce n’est pas la présence d’étrangers sur notre territoire qui provoque les destructions d’emplois, le chômage. Les immigrés sont des travailleurs qui produisent des richesses, qui cotisent pour la protection sociale, qui paient des impôts. Le vrai scandale, c’est la surexploitation de ceux qui, privés de tout droit, vivent une situation d’ « esclaves modernes ».

Oui, il faut changer l’ordre du monde, coopérer entre les peuples, extirper famines, guerres, dictatures, violences et discriminations ethniques et sexistes, la misère… Oui, cela évitera l’émigration de dernière chance, pour le migrant et les siens au pays, avec lesquels il partage ses maigres revenus. Cela évitera la déchirure de l’exil qui s’impose parce qu’on ne peut plus vivre sur le sol où on est né. Mais ne faisons pas croire que ce serait un moyen d’en finir avec les migrations. Plus d’échanges, plus de solidarités, plus d’ouverture au monde, c’est aussi plus de liberté de circulation et d’installation, de liberté d’aller ailleurs et de revenir, d’amours au-delà des frontières. Les deux millions de Français qui résident à l’étranger n’en sont-ils pas une preuve ? (1) C’est depuis la nuit des temps une dimension de l’émancipation humaine, c’est avec cette liberté que nos civilisations ont grandi .

 Il n’est pas ici question évidemment des riches qui passent les frontières pour échapper à l’impôt : la plupart de ces derniers n’auront probablement pas de scrupules à voter  pour des candidats « libéraux » et xénophobes aux prochaines élections !

André Landrain, adhérent à la section de Nanterre du PCF, habitant et militant dans un quartier populaire, militant du réseau Migrations-citoyenneté 92.

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le 21 décembre 2012

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