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36e congrès - Le texte - Il est grand temps de rallumer les étoiles

Les statuts du PCF adoptés au 36e congrès

Discours de clôture par Pierre Laurent

Journal CommunisteS n°507 - Spécial 36e congrès - 13 février 2013

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Faire de l’émancipation dans le travail l’instrument de la transformation sociale par Véronique SANDOVAL

Face à la véritable crise de civilisation à laquelle nous sommes confrontés, il ne s’agit pas seulement de changer la société pour tenter de sauver le capitalisme (« le changement c’est maintenant »), mais de favoriser le changement de société, et donc de faire de l’émancipation humaine dans le travail, non pas seulement le résultat espéré de la transformation sociale, mais son moyen, son instrument.

Avoir un travail ce n’est pas seulement avoir un emploi

Depuis plus de 30 ans, face à la montée puis à l’installation d’un chômage de masse permettant le développement de la précarisation des emplois et un partage de la valeur ajoutée favorable à la rentabilisation du capital financier, nous nous sommes laissés enfermer dans un discours focalisé sur l’emploi, la création d’emplois, la sécurisation des emplois…Le plus souvent, malgré des résolutions de congrès sur le travail source d’émancipation, nous n’avons parlé du travail qu’en tant que ‘travail abstrait’, concept marxien nécessaire à une appréhension comptable de l’exploitation, mais qui tend à ‘réïfier’ la spécificité de cette activité, à la fois source d’aliénation et productrice des conditions d’émancipation de l’humanité.

Nous avons laissé de coté dans nos discours, ignoré dans nos tracts, le contenu du travail de chacun, le contenu de cette activité organisée et sociale qui nous fait nous lever tôt le matin, mais de plus en plus souvent à reculons, à laquelle nous consacrons une grande part de nos journées, dans laquelle nous donnons le meilleur de nous-même et dont nous sommes fiers, tout en étant conscients de l’exploitation dont nous sommes l’objet et en cherchant à oublier dans le ‘hors travail’ le stress et les soucis qu’il occasionne et parfois même les humiliations qui l’accompagnent.

De fortes attentes auxquelles il nous faut répondre

Nous ne saurions ignorer plus longtemps les fortes attentes des salariés français à l’égard de leur travail et notamment des jeunes que l’on prétend individualistes, nomades, paresseux. Plus encore que leurs parents, ils attendent de leur travail un revenu correspondant à leur qualification, mais surtout la possibilité de s’exprimer pleinement, d’acquérir de nouvelles compétences dans le cadre de relations professionnelles et sociales enrichissantes, un moyen de se réaliser, et d’être utile à la société, et une reconnaissance sociale de leur contribution active à l’avancée de la société.

Ne laissons pas le patronat et le gouvernement, au nom de la lutte contre le chômage et pour une plus grande flexibilité de la main d’œuvre, obliger ceux qui sont à la recherche d’un emploi à accepter n’importe quel travail, quand la réponse à la question « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » est si importante pour trouver sa place au sein de la société

Seul le travail est créateur des richesses

Ne laissons pas non plus les médias assimiler le patronat, détenteur du capital, à la création de richesses et pleurer pour défendre, au nom de cette dernière, un ‘saut de compétitivité’, c’est à dire une plus grande exploitation du travail, alors que seul le travail est créateur de richesses. Redonnons au contraire leur fierté aux véritables créateurs de richesses et tirons en les conséquences, à savoir que transformer la société passe par la transformation du travail lui-même c’est à dire par la transformation de ‘la manière dont les hommes et les femmes produisent leur existence et, ce faisant, se produisent en tant qu’êtres humains’ (Jacques Durrafourg et Yves Schwartz).

Comment répondre aux défis posés par la crise écologique, la crise énergétique, l’accroissement des inégalités sociales et territoriales, la crise du vivre ensemble, sans permettre enfin aux ouvriers, aux employées, aux ingénieur(e)s, aux scientifiques, aux infirmièr(e)s, aux enseignant(e)s, aux juges…de bien faire leur travail ?

C’est en effet dans la confrontation continuelle entre le travail prescrit (celui défini par l’organisation du travail, les méthodes de management mises en place par la direction) et la mobilisation par les salariés de leur expérience personnelle et collective pour faire face à des situations très diverses, que se jouent les enjeux de santé au travail, d’émancipation des salariés, mais aussi celui de la qualité de la production ou du service rendu. Comment améliorer la qualité du système d’enseignement ou de santé sans partir de l’expérience des salariés concernés ? Comment assurer la sécurité d’installations nucléaires sans donner la parole aux salariés du secteur  et partir de leur expérience des dysfonctionnements auxquels ils ont du faire face ?

Permettons aux salariés de bien faire leur travail

Face à la mondialisation des échanges, au sein de laquelle la place prise par la connaissance et la circulation de l’information est déterminante mais les nécessaires coopérations contrariées par la mise en concurrence des salariés au nom de la rentabilité financière, face aux nouvelles méthodes de management par le stress, destinées à empêcher les véritables experts que sont les travailleurs de prendre conscience de leur possibilité de faire un travail de qualité en s’attaquant aux finalités de la production comme à l’organisation du travail qui leur est imposée, il nous faut dénoncer les méthodes de management et permettre aux salariés non seulement de reprendre la main sur la qualité de leur travail mais aussi sur l’organisation du travail, de débattre du sens de leur travail, de son utilité sociale.

Nous devons dénoncer haut et fort la prétention du MEDEF de faire de l’entreprise sa chasse gardée et de décider seul des finalités, du contenu du travail et de son organisation, en prétendant même, par des accords de compétitivité internes à l’entreprise, passer au dessus des lois. La démocratie ne saurait s’arrêter à la porte de l’entreprise, là où se construit notre avenir. Contrairement à l’idéologie diffusée par le patronat et les directions d’entreprise, les rapports sociaux de travail au sein de l’entreprise ne sont pas une question ‘technique’, l’organisation du travail n’est pas une ‘science’. Il s’agit d’une question politique fondamentale.

C’est dans l’entreprise que se joue notre avenir

C’est dans l’entreprise que se jouent, d’une part les changements de société envisageables, compte tenu des nouvelles possibilités de partage des savoirs, des informations, de coopération et de mise en commun, ouvertes par la révolution informationnelle et la mondialisation des processus de production et des échanges, et d’autre part la dynamique populaire et sociale qui peut enclencher le processus de transformation sociale, comme les freins, les obstacles auxquels elle doit faire face (mise en concurrence des salariés, individualisation des responsabilités, restructuration continuelle des collectifs de travail..).

Dès lors pouvons-nous attendre la mise en faillite de l’entreprise, ou des menaces de licenciements massifs, pour poser haut et fort dans le débat public la question des finalités de sa production, celle de l’impact de son processus de production sur l’environnement, ou de son organisation du travail sur la santé de ses salariés et donc aussi la question du pouvoir dans l’entreprise (qui doit diriger ?) et des limites à imposer au pouvoir des actionnaires ?

Réinvestir le champ de l’entreprise pour changer le travail

Le parti communiste ne doit-il pas réinvestir le champ de l’entreprise, non pas pour se substituer au syndicat, non pas non plus pour se contenter de distribuer à la porte de l’entreprise la propagande nationale, mais pour aider les salariés à prendre conscience que le collectif de travail qu’ils forment, de façon plus ou moins visible, est le mieux à même de soulever et de résoudre les problèmes de qualité, d’organisation du travail, mais aussi d’avenir de l’entreprise, et ceci dans son propre intérêt comme dans celui de la société ? Ne doit-il pas se fixer comme première priorité d’aider les salariés à conquérir des pouvoirs d’intervention dans l’entreprise et à dépasser ainsi leur sentiment d’impuissance face à une logique économique et financière présentée comme fatale alors que, dans leur grande majorité, ils souhaitent un changement profond de société ?

Et à partir de l’analyse du travail réel, bâtir une nouvelle économie politique

C’est en faisant de la qualité du travail, ou encore de ‘la manière dont les hommes et les femmes produisent leur existence et, ce faisant, se produisent en tant qu’êtres humains’, non seulement le moteur de la transformation sociale mais la mesure de la richesse, que l’on pourra dépasser l’économisme, cette philosophie officielle du capitalisme avec ses deux volets : d’un coté les réalités de l’économie auxquelles tout le monde devraient se plier, de l’autre la sphère du social avec ses droits.

La question de la primauté de la valeur marchande sur la valeur d’usage sera dès lors posée et avec elle celle de ce que l’on doit évaluer - l’essor de la capacités d’intervention des citoyens sur le monde ?- et comment.

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